dimanche 19 juillet 2009

Des sondages au service du pouvoir politique et du patronat


Comme chacun sait l’opinion publique n’existe pas, elle est le produit « commercial » du monde politico-économique qui domine !

Dans l’affaire OpinionWay nous pouvons reconnaître, en partie, qu’elle met en lumière les théories de Pierre Bourdieu.
Le sociologue, en son temps, n’a eu de cesse d’avertir que l’opinion publique n’existe pas. Si ce n’est dans les sondages, de surcroît, non représentatifs de la société.

Voilà que le rapport de la Cour des comptes sur le budget 2008 de la présidence de la République, publié jeudi 16 juillet, épingle le "Politoscope, enquête grand public omnibus réalisée par l'institut OpinionWay, dont les résultats sont publiés dans Le Figaro et LCI", qui aurait été facturé au cabinet de l’Elysée au prix faramineux de 392.288 euros.

L’affaire OpinionWay c’est, d’une part, du pain béni pour le Parti Socialiste qui s’est empressé de l’instrumentaliser, et de l’autre, pour l’ensemble de l’opposition pavlovienne à Nicolas Sarkozy.

Car, l’instrumentalisation de l’opinion, en soi, n’est pas un scoop malheureusement. Et la connivence d’une grande partie de la presse avec le pouvoir et les puissances financières, ne date pas d’hier. La classe politique s’emballe: ça crie au loup, à tous azimuts, pour railler l'institut de sondage OpinionWay, et au passage, fustiger deux rédactions réputées et connues pour leur rigueur (Le Figaro et LCI).

OpinionWay: un bouc émissaire de choix?

Pourquoi tant d'hypocrisie de la part de ceux qui profitent eux aussi des bienveillances des sondeurs ?
Le système politique peu démocratique, qui prévaut aujourd’hui dans le monde occidental, est ainsi fait, il n'y a donc pas lieu de parler de « manipulation » de sondages.

Car par essence même les organismes de sondages ont pour mission (donnée par la puissance de l’argent) de manipuler !

D’autant que la règle ne veut que les sondages n’expriment que les contours d’une réalité au lieu de rendre compte de la complexité des contextes sociaux. Pour ce faire, interroger 1000 personnes c’est dérisoire pour prétendre évaluer l’opinion publique. Pour qu’un sondage soit représentatif, il en faudrait 25.000 sondées.

Les instituts de sondages sont, pour la plupart, détenus par les patrons de presse qui sont plus ou moins de mèche avec le pouvoir, mais qui ont surtout à maintenir en place un pouvoir politique qui sert leurs intérêts.

Nous n’allons pas ici recenser les instituts de sondages qui appartiennent aux mêmes groupes de presse qui publient leurs résultats.

Un exemple notoire : L’IFOP (Institut français de l’opinion publique) n’est ni plus ni moins la propriété de Laurence Parisot. La présidente du MEDEF (syndicat des patrons de France) a sa vision de la société - pour le moins libre-échangiste - et, naturellement, se rapprocher du pouvoir et contrôler un organe de fabrication de l’opinion publique : c’est un cas d’école.

On se demande pourquoi, soudainement, l’affaire OpinionWay retentit. Si la présidence de la République n’avait pas sommé la Cour de comptes d’évaluer ses dépenses pour l’année 2008 (une grande première depuis deux siècles), ce tollé général n’aurait pas eu lieu. Le président Sarkozy est tout sauf masochiste.
Manœuvre politique ?

Les instituts de sondages: le vrai quatrième pouvoir au service des puissants ?

Très proche du pouvoir et du monde économique, les instituts de sondages font figure de spin doctors. Ces conseillers en communication et en marketing chargés de donner de l’effet aux messages. Les sondeurs opèrent de la même façon que les médias, mais, avec plus d’efficacité.

"La sélection des infos à laquelle ils procèdent, attirent l’attention du public sur certains termes plutôt que d’autres. Leur influence ne consiste donc pas à dire aux gens ce qu’ils doivent penser, mais ce à quoi ils doivent penser (…)" met en garde Rémy Rieffel sur les méthodes de désinformation et de propagande des médias.

Les instituts de sondages agissent de la même sorte : un sondage, a fortiori non représentatif, est biaisé d’avance. Les sujets choisis, les tournures de questions, les réponses à choix multiple proposées influencent considérablement les résultats.

Donc, à l’instar des médias, les sondeurs "ont tendance à renforcer les convictions préexistants des récepteurs mais ils ont également la capacité de provoquer des déplacements de vote", souligne le sociologue des médias.

François Bayrou : le dindon de la farce ? … Oui et Non !

Comme Olivier Besancenot, François Bayrou a été monté de toute pièce par les médias et les sondeurs, il ne représente pratiquement rien politiquement et d’un seul coup il est positionné virtuellement à des scores vertigineux… jusqu’au moment où il a été lâché par ceux qui l’ont fait pour un bien meilleur autre produit commercial politique, plus libéral, plus ‘gauche’, plus servile !

L’émission "A Vous de juger", du jeudi 11 juin 2009, n’a fait que mettre en lumière l’hégémonie des instituts de sondages dans l’échiquier politique hexagonal. Dorénavant, ils sont à considérer comme des hommes politiques à part entière.

Entendre François Bayrou, au pied du mur, vociférer de la sorte n’est qu’un révélateur de l’impuissance des partis politiques mis à l’écart de la bipolarisation classique.

Oui les sondages ont participer à faire perdre le président du MODEM, aux élections européennes, ils ont exacerbé l’écart de points entre le leader du centre et Daniel Cohn-Bendit, le patron d’Europe Ecologie.

Dans ces conditions, il faut bien reconnaître qu’un parti politique ou une liste à une élection politique aura bien du mal à s’en sortir si elle ou il est évincé des médias et laminé par les sondeurs.

Nous prendrons comme exemple le « Front de Gauche », si cette liste aux européennes n’avait pas eu un réseau et un maillage militant fort, il n’aurait jamais fait le score si élevé de 6,5%.

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Le monde célèbre les 91 ans de Nelson Mandela, "héros de l'humanité"

Nelson Mandela, le premier président noir sud-africain, fêtait samedi ses 91 ans, entouré de proches et de fidèles chez lui à Johannesburg, tandis que des milliers d'inconnus lui rendaient hommage et que des concerts en son honneur étaient organisés dans son pays.

Nelson Mandela, symbole de la réconciliation dans un pays marqué par des années de ségrégation entre Noirs et Blancs, a réuni dans sa maison du quartier de Houghton (dans le nord de Johannesburg) des amis et des fidèles de la lutte anti-apartheid, dont son compagnon de lutte devenu président, Jacob Zuma.

De santé fragile, les déplacements du prix Nobel de la paix sont désormais rares.

Des dizaines d'invités triés sur le volet étaient reçus dans un petit chapiteau blanc d'où a résonné "Happy birthday" (joyeux anniversaire) chantée en anglais et en xhosa, la langue de l'ethnie de Nelson Mandela. L'air serein et souriant, celui-ci a soufflé les bougies plantées sur un gâteau aux couleurs du drapeau national.

"Grand-père est de très bonne humeur et se réjouit de cette journée, il est si content d'être entouré de ses amis et de sa famille et de l'ensemble des dirigeants du parti au pouvoir", le Congrès national africain (ANC), a déclaré l'aîné de ses petits-fils, Mandla Zwelivelile, sorti à l'extérieur de la maison.

"Profite de ta retraite à la maison et ne t'inquiète pas, l'ANC est entre de bonnes mains", a dit M. Zuma à l'intention de son mentor.

Parmi les autres invités, l'écrivain Nadine Gordimer s'est réjouie de partager ce moment avec son "vieil et bon ami".


Symbole mondial de pardon et de liberté, "Madiba", comme l'appellent affectueusement les Sud-Africains, a été inondé de messages, signés de personnalités comme d'inconnus.

"S'il y a une seule histoire qui doit être racontée sur une icône qui inspire le monde, se caractérise par l'humilité et une vraie humanité", c'est celle de M. Mandela, avait auparavant déclaré M. Zuma.

Depuis New York, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a salué en Mandela "l'incarnation vivante des plus grandes valeurs des Nations unies".

Leader de la lutte des Noirs contre le régime raciste blanc d'Afrique du Sud, M. Mandela a passé 27 ans en détention.

Une fois libre en 1990, il a négocié avec le régime ségrégationniste et a été élu triomphalement président lors du premier scrutin multiracial en 1994, avant de se retirer cinq ans plus tard. Il a réussi le tour de force d'amener sans heurts son pays violenté par l'apartheid vers une démocratie multiraciale et stable, ce qui lui a valu une reconnaissance mondiale.

Dans les journaux sud-africains cette semaine, des lecteurs ont envoyé des messages à leur héros: "Merci d'avoir fait disparaître la peur entre les Noirs et les Blancs", "Au plus grand héros de l'humanité", "Je voyage dans le monde la tête haute comme les girafes car je suis fier d'être Africain et Sud-Africain".

En Afrique du Sud, des célébrations étaient organisées dans tout le pays où la population a été appelée à rendre hommage à M. Mandela en consacrant du temps aux autres.

Cette "Journée Mandela" est une initiative de la Fondation Mandela, qui veille au respect de l'héritage intellectuel et politique du prix Nobel. Selon la Fondation, l'Afrique du Sud souhaite que cette journée soit reconnue par l'ONU.

Le président de l'Assemblée générale de l'ONU, Miguel d'Escoto Brockmann, a salué "chaleureusement (cette) campagne".


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Manuel Valls illustre la profonde crise d’un PS déboussolé


Le député Manuel Valls a opposé une sèche fin de non-recevoir à Martine Aubry qui lui demandait de cesser ces critiques ou de quitter le parti

Plutôt que la plage, les pavés.


Alors que l’heure est à la détente estivale, le PS a décidé de s’offrir une nouvelle crispation à coups de missives belliqueuses. Sommé par Martine Aubry de « cesser ses propos publics » contre le PS ou de « quitter le parti socialiste », Manuel Valls lui a répliqué sans tarder qu’il n’allait ni se taire ni partir : « J’entends bien rester fidèle à mon poste, à ma famille politique et à mes valeurs. »

Le député et maire d’Évry (Essonne) a même mis au défi la direction d’aller au bout de ses intentions, assurant que le PS n’avait «jamais exclu quelqu’un pour délit d’opinion ». Voilà donc Martine Aubry contrainte de s’accommoder de la liberté de parole du remuant député. Ou de tenter de l’exclure, au prix d’une procédure hautement aléatoire vu le fragile équilibre des courants sur lequel repose la direction du PS.

Avec ce coup de semonce, Martine Aubry espère au moins avoir marqué les esprits. Ses proches assurent que les retours venus des profondeurs du PS sont très favorables à cet acte d’autorité. « Les Français nous demandent d’arrêter la valse des egos entre socialistes, les petites phrases assassines et les candidatures lancées à la presse chaque matin », défend ainsi Pascal Buchet, le patron de la fédération des Hauts-de-Seine.

Mais d’autres voix sont aussi venues soutenir Manuel Valls, dénonçant l’autoritarisme de la patronne du PS. « Je ne crois pas que la réponse disciplinaire soit la bonne », a ainsi lancé hier lancé Pierre Moscovici sur France Info.

Manuel Valls, de son côté, peut se féliciter d’avoir marqué des points dans sa stratégie. Depuis la défaite présidentielle de 2007, celui-ci multiplie en effet les déclarations tonitruantes sur la nécessité de transformer en profondeur le PS. Ouverture au centre, changement du nom du parti, regard favorable sur certaines réformes de Nicolas Sarkozy, annonce de sa candidature pour les primaires en vue de 2012… aucun dogme du parti d’Épinay n’a été épargné.

« Il a bien compris que pour percer dans l’opinion, il fallait soit miser sur une grande victoire électorale soit s’installer dans le paysage médiatique avec une voix singulière. C’est ce qu’il a fait et les résultats se voient dans nos études », note Jérôme Fourquet, de l’institut de sondage Ifop.

Dans le dernier indicateur, paru hier dans Paris Match, Manuel Valls est ainsi crédité de 34 % d’opinions favorables, devançant deux autres espoirs du PS, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg. Mais, son positionnement jugé plus à droite lui vaut en revanche un peu moins de soutien parmi le seul électorat de gauche. « Pour qu’il soit désigné candidat, il faudrait que les militants de droite votent à la primaire du PS », raille un poids lourd du parti.

Au-delà de cet énième bras de fer, la virulence des échanges entres « camarades » illustre les tensions grandissantes au sein du PS. L’élu d’Évry n’est pas, loin s’en faut, le seul à pilonner régulièrement la direction de son parti. Depuis des mois, Gérard Collomb vitupère la garde rapprochée de Martine Aubry, accusée de concentrer le pouvoir comme dans « le comité central du Parti communiste de l’URSS ».

Depuis des semaines, Arnaud Montebourg pousse les feux de son offensive pour arracher à Martine Aubry – qui n’en veut guère – l’organisation rapide de primaires pour désigner le futur candidat du PS à la présidentielle. Membre de la direction, il menace pourtant de prendre à revers la rue de Solferino et de s’appuyer sur les fédérations et les militants afin d’obtenir un référendum interne sur la question et bousculer « l’immobilisme systémique d’un parti devenu très vieux ». C’est dire si l’ambiance est bonne.

« Comme il n’y a plus ni règle acceptée par tous, ni autorité capable d’en imposer, chacun joue sa propre carte. »

« Ces tensions sont le produit de la faiblesse d’une direction mise à mal par l’échec des élections européennes, et de l’envie de la nouvelle génération de ne plus subir de tutelle. Comme il n’y a plus ni règle acceptée par tous, ni autorité capable d’en imposer, chacun joue sa propre carte », analyse Gérard Grunberg, politologue spécialiste du PS.

À ses yeux, tout cela ressemble étrangement à « l’ambiance de la SFIO à la fin des années 1960 ». Juste avant la disparition du parti. Pour faire retomber la tension, l’ancien ministre socialiste Michel Sapin suggère à ses camarades de succomber à une invitation bien de saison : « Il n’y a qu’une seule
solution, les vacances. »

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La tourmente financière vue d’un paradis fiscal


Un inextricable maquis de filiales

Démantelé début octobre, le groupe belgo-néerlandais Fortis ne laissera pas seulement le souvenir endeuillé d’un géant de la banque et de l’assurance abattu en vol par la crise financière. Il lègue aussi à ses nouveaux propriétaires une prodigieuse cascade de filiales dans les paradis fiscaux.

Selon un document tenu à jour par le Centre for Research on Multinational Corporations, Fortis détiendrait en effet pas moins de trois cents établissements enregistrés dans les meilleures places offshore de la planète. Quelques-uns portent fièrement leur blason : Fortis Intertrust (îles Vierges britanniques), Fortis Investment Management (îles Caïmans), Fortis Commercial Finance (Luxembourg), Fortis Private Wealth Management (Antilles néerlandaises), Fortis Foreign Fund Service (Suisse)...
Dans la plupart des cas, cependant, rien ne laisse deviner le fil qui relie ces structures exotiques à leur maison mère. Ainsi de JEB Ltd au Liberia, de Comanche Ltd aux Bahamas, de Jasmette Valley Inc au Liechtenstein, de Swilken Holdings au Panamá, etc. La liste court sur dix pages.

Un pareil empire n’a rien d’exceptionnel. « Depuis au moins une décennie, les grandes banques ont toutes eu recours aux paradis fiscaux pour créer toutes sortes de filiales aux noms confus qui visent à maquiller une partie de leurs comptes, à échapper aux contrôles et à drainer des actifs en quantité illimitée », remarquait récemment le journal écossais The Sunday Herald. Est-ce en raison de leur banalité que ces montages n’ont soulevé aucune interrogation de la part des autorités ?

Avant de vendre ses activités bancaires à BNP Paribas pour 9,4 milliards d’euros, Fortis avait pourtant une semaine avant englouti 11,2 milliards d’euros d’argent public, payés rubis sur l’ongle par les Etats du Benelux. Les conditions de la cession du groupe belgo-néerlandais à la banque française ont suscité quelques remous en Belgique.

Cette vente a également épaissi le brouillard qui entoure les dépendances offshore du groupe déchu : à qui appartiennent-elles aujourd’hui ? A BNP Paribas, qui déclare n’avoir mis la main que sur les « activités saines » de Fortis ? Aux actionnaires minoritaires toujours en lice, comme le groupe chinois d’assurance Ping An ? Ou aux Etats du Benelux, qui détiennent des participations dans le groupe ?

La question pourrait intéresser les contribuables belges, hollandais et luxembourgeois, de même, éventuellement, que les clients accablés d’agios de BNP Paribas. Mais elle ne laisse pas non plus indifférente l’île de Jersey, où Fortis possède une filiale très active, Scaldis Capital Ltd. Créé en 1999, ce fonds d’investissement de 23 milliards de dollars (18 milliards d’euros) excelle dans l’art de la titrisation, une technique raffinée qui permet des placements à haute valeur spéculative.

L’un des charmes de ce dispositif étant, comme l’indique le site maison Fortisbusiness.com, qu’il garantit un financement « totalement anonyme : la banque, les avocats et les bureaux de rating sont les seuls à être au courant ».

Peut-être ces gens bien informés connaissent-ils l’identité de leur nouvel employeur ? Mais, même à Jersey, Scaldis n’a pas pignon sur rue. Juste une boîte aux lettres chez un cabinet d’avocats et un site Internet auquel on n’accède que par mot de passe.

Le 2 octobre dernier, le quotidien néerlandais De Volkskrant a quelque peu écorné cet anonymat en révélant que Fortis avait omis d’intégrer le bilan de Scaldis dans ses comptes de 2007 — et ainsi maquillé une perte sèche de 500 millions d’euros.

« C’est normal pour ce genre de fonds, que nous appelons des “conduits” », a expliqué un porte-parole du groupe, tandis que le ministre néerlandais des finances, M. Wouter Bos, assurait n’avoir aucune raison de nourrir des soupçons envers une banque que tout le monde sait honnête.

D’ailleurs, l’aurait-on sauvée de la faillite si elle ne l’était pas ? Une semaine plus tard, ragaillardie par toutes ces bonnes nouvelles, la direction de Fortis invitait une cinquantaine de courtiers au restaurant Le Louis XV, l’établissement le plus cher de Monaco, pour une dégustation de caviar à 3 000 euros le couvert. Car, comme le dit le slogan de la banque : « Nous sommes fiers de vous emmener plus loin. »

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Cette richesse était virtuelle


En effet, la valeur des biens pouvait se déprécier à tout moment.

Depuis la crise des prêts hypothécaires (subprime), on sait que l’intérêt de l’industrie financière pour l’immobilier ne résidait pas uniquement dans l’octroi de prêts aux particuliers. Une fois titrisés, ces crédits ont alimenté un marché secondaire de la dette et ont servi d’élément de référence à l’élaboration de produits dérivés divers, dont les fameux Credit Default Swap (CDS), qui permettaient à des investisseurs de s’assurer, entre autres, contre les risques de non-remboursement des emprunteurs.

Ce marché a enflé en dehors de tout contrôle, et l’incapacité de certains ménages à faire face à leurs engagements a provoqué la brutale dépréciation des CDS, entraînant par ricochet d’importantes pertes pour le secteur bancaire.

Toutefois, la crise immobilière aurait pu être évitée ou moins importante si la Réserve fédérale américaine (Fed) n’avait pas mené une politique monétaire aussi laxiste au début des années 2000. Des taux directeurs passés de 6,25 % à 1 % en moins de deux ans ont permis aux banques d’emprunter facilement et d’être plus disposées à accorder des crédits aux ménages.

Dans ses Mémoires, l’ancien président de la Fed Alan Greenspan se défend d’avoir voulu alimenter à dessein une bulle immobilière et explique ses choix par des raisons politiques : « L’augmentation du nombre de propriétaires renforçait le soutien au capitalisme de marché. »

Plusieurs économistes de renom, dont le « Prix Nobel » Paul Krugman, accusent l’ancien président de la Fed d’avoir sciemment transformé ce secteur immobilier en levier pour doper de manière artificielle la consommation et la croissance.

Le mécanisme utilisé est très simple. Pour le détenteur d’un prêt hypothécaire, la baisse des taux signifiait la possibilité de renégocier ce crédit de manière avantageuse et de dégager des liquidités pour consommer. C’est d’autant plus important que la consommation des ménages équivaut aux deux tiers de l’économie américaine. On comprend dès lors l’importance pour Washington de maintenir son dynamisme par tous les moyens.

« La Réserve fédérale, déplore l’économiste américain Jeff Faux, a fait de l’immobilier et du désir de propriété un prétexte pour que les ménages s’endettent en permanence. Le but du jeu était de leur permettre de continuer à consommer dans un contexte où il leur était impossible d’obtenir des hausses de salaire. Cela peut paraître irrationnel, mais les gens se sentaient riches après avoir acquis un bien immobilier, même à crédit. Rares sont ceux qui les ont mis en garde en leur expliquant que cette richesse était virtuelle et que la valeur de ce bien pouvait se déprécier à tout moment en fonction de l’évolution du marché. »

En France, M. Sarkozy a lui aussi défendu le recours aux prêts hypothécaires rechargeables dans le débat autour de l’augmentation du pouvoir d’achat des Français. En simplifiant, ce dispositif repose sur l’hypothèque d’un prêt immobilier — laquelle sert de garantie à un ou plusieurs prêts à la consommation. Au fur et à mesure des remboursements, d’autres prêts peuvent être obtenus, ce qui présente le risque d’aggraver les cas de surendettement.

La combinaison entre taux bas, irruption des fonds spéculatifs dans l’immobilier et endettement récurrent des ménages a finalement conduit à la catastrophe aux Etats-Unis, puis dans le reste du monde. La spéculation a poussé les opérateurs à construire toujours plus (40 % des emplois créés aux Etats-Unis entre 2001 et 2007 l’ont été dans le bâtiment) et, lorsque les logements en surnombre n’ont plus trouvé preneurs, les ménages à faibles revenus ont été encouragés à entrer dans la danse pour alimenter la bulle en achetant des logements qu’ils n’avaient même pas la possibilité de louer. Cet enchaînement a conduit à la crise des subprime, puis à la quasi-faillite de plusieurs grandes banques qui avaient spéculé sur ces produits risqués.

Mais tous les pays développés n’ont pas été touchés de la même manière. Cette crise a montré que l’environnement sociologique peut constituer de sérieux obstacles aux stratégies politiques recourant à l’endettement immobilier pour soutenir la consommation et la croissance. La France et surtout l’Allemagne ont jusqu’à présent limité les dégâts car une majorité de ménages y considèrent qu’il est plus sûr de louer son logement que de l’acheter. Outre-Rhin, par exemple, seuls 44 % d’entre eux possèdent un actif immobilier, les autres préférant éviter de s’endetter, même si le nombre de crédits hypothécaires progresse de 5 % chaque année. Dans ces deux pays, la notion d’hypothèque revêt un aspect social dévalorisant, contrairement aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni.

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Quand la pierre se transformait en or...


« Quand le bâtiment va, tout va », dit-on, tant ce secteur contribue à doper la croissance. Mais quand les classes moyennes sont à la peine, quand les possibilités d’emprunt des acheteurs éventuels se réduisent, alors rien ne va plus.

« Quand on évoque l’immobilier, on pense immédiatement à la bulle spéculative, relève Adam S. Posen, économiste au Peterson Institute, à Washington. Mais, à la base, il y a bel et bien une demande réelle. Sans elle, il ne pourrait y avoir de phénomène spéculatif. » De fait, on constate une hausse continue de la demande en logements. Selon une étude statistique établie par Euromonitor International, « les classes moyennes dans le monde sont en augmentation constant », ce qui se traduit par une pression accrue sur le marché immobilier dans les villes.

Tensions démographiques et amélioration sensible du pouvoir d’achat dans nombre de pays émergents concourent ainsi à faire progresser l’ensemble mondial de 8 % en moyenne annuelle.

Bien entendu, cette demande est loin d’être satisfaite totalement, et le manque de logements est une réalité que partagent plusieurs nations riches (Italie, Grèce, Royaume-Uni...) ou non (Algérie, Egypte, Argentine...). De plus, cette tendance est renforcée par l’augmentation, constante elle aussi, des ménages composés d’un seul adulte, notamment en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest et au Japon.

C’est ce déséquilibre global entre la demande et l’offre qui est, entre autres, à l’origine du développement extraordinaire de l’activité immobilière dans le monde. Comme le note une étude du cabinet Xerfi, depuis le début des années 2000, « la croissance continue du chiffre d’affaires mondial des activités immobilières » a été sans précédent.

Avec un taux moyen de progression de 4 % par an (et un pic record de 10 % en 2001), ce secteur a été l’un des plus dynamiques, contribuant au maintien de l’essor de l’économie mondiale malgré le dégonflement brutal de la bulle des nouvelles technologies à partir de mars 2000.

L’immobilier étend sa sphère d’influence dans plusieurs domaines : l’activité économique « réelle », le crédit, la consommation des ménages et l’emploi de l’épargne en vue de se constituer un patrimoine. Selon les évaluations les plus fréquentes, le secteur immobiler — expression qui regroupe les agences, les financements et le courtage, d’une part, et la construction hors travaux publics, d’autre part — est le huitième employeur du monde, et 80 % des postes qu’il crée concernent le bâtiment.

« Tout repli de l’immobilier est synonyme d’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi »

En France, où il contribuerait à 18 % de la croissance du produit intérieur brut (PIB) selon l’Institut de l’épargne immobilière et foncière (IEIF), l’immobilier représenterait le principal moteur de l’économie, le deuxième producteur de richesses — derrière les services aux entreprises — et le sixième employeur, avec 7 % des effectifs.

Aux Etats-Unis, il totalise 15 % de l’activité économique ; avec une vingtaine d’indicateurs la concernant, c’est l’activité la plus surveillée par les instituts de conjoncture américains. « Une loi simple s’applique à la majorité des économies développées, rappelle l’économiste américain William Fleckenstein. Tout repli de l’immobilier est synonyme de ralentissement de la croissance et d’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi. »

Il reste que, dans de nombreux pays, il est très difficile d’évaluer sa contribution exacte à l’économie nationale en raison de l’absence de statistiques fiables. On a par exemple tendance à minorer l’importance du travail non déclaré sur les chantiers. Le bâtiment est, avec l’hôtellerie et la restauration, l’une des activités qui emploient le plus de travailleurs « au noir ».

Cette immixtion dans l’économie informelle est une aubaine pour les trafiquants en tout genre, qu’il s’agisse des réseaux de passeurs de clandestins ou de groupes mafieux à la recherche d’activités légales pour blanchir une partie de leurs ressources.

Plus de 10 000 milliards de dollars placés dans ce secteur par les investisseurs institutionnels

De surcroît, l’immobilier est une activité essentielle pour la consommation et les dépenses d’équipement. Dans les pays industrialisés, il figure au premier rang de la consommation des ménages, qui y consacrent en moyenne entre 20 % et 30 % de leur revenu. Outre le loyer, ce poste englobe toutes les dépenses concernant le logement (crédit, assurance, etc.) et son équipement, dont la part ne cesse de progresser. Il devrait même continuer à croître de façon importante au cours des prochaines années car le secteur va attirer plusieurs centaines de milliards de dollars d’investissements au titre de la lutte contre le réchauffement climatique. Les bâtiments existants émettent la moitié des émissions de dioxyde de carbone et absorbent 40 % de la consommation énergétique.

L’émergence annoncée d’une « économie verte » — piste de plus en plus évoquée pour contrer la récession — devrait être à l’origine du lancement de travaux de modernisation et de mise aux normes environnementales ; les premières estimations de ce marché tablent sur un minimum de 1 000 milliards de dollars pour les seuls pays développés.

Mais l’immobilier n’est pas qu’un simple acteur économique, si important soit-il. C’est aussi un produit d’investissement puisque plus d’un tiers de l’épargne mondiale des particuliers lui est dédié, à des fins d’acquisition ou de constitution d’un patrimoine (l’immobilier représente 70 % de celui des Français).

Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les ménages qui sont à l’origine de la bulle spéculative, mais essentiellement les investisseurs institutionnels et les fonds divers : alimentant la tendance haussière naturelle de ce marché, ils ont placé à travers le monde plus de 10 000 milliards de dollars dans le secteur (y compris les investissements dans l’immobilier de luxe) au cours des huit dernières années.

Comme l’explique un gérant de fonds parisien qui tient à garder l’anonymat, la bulle spéculative trouve son origine dans la convergence de deux mouvements d’importance : le premier est le désir, spontané ou non, de nombreux ménages d’accéder à la propriété ; le second est celui de l’industrie financière, dont la stratégie consiste, ces dernières années, à recycler une partie de ses liquidités dans des prêts très rémunérateurs à destination des particuliers.

Pour convaincre les premiers, les sociétés immobilières et les lobbys financiers ont encouragé les pouvoirs politiques à tenir des discours favorables à l’accession à la propriété. Cela a été le cas par exemple aux Etats-Unis lors des campagnes présidentielles de 2000 et 2004. Lors de celle qui a précédé sa réélection, M. George W. Bush avait même plaidé pour une « société de propriétaires » (ownership society).

L’argument est repris par M. Nicolas Sarkozy, en septembre 2006 : « Notre projet est de rendre possible l’accès à la propriété pour tous », a-t-il indiqué dans un discours électoral.

En Chine, les autorités ont légiféré à la fin des années 1990 pour permettre aux Chinois d’accéder aux prêts hypothécaires ; la part des ménages qui ont contracté un tel crédit est passée de 1 % en 1998 à 13 % en 2006, cette proportion devant atteindre 24 % en 2015.

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Les espoirs déçus du plan "Marschall"


Lancé il y a tout juste un an, le plan "Espoirs banlieues" promis par le candidat Nicolas Sarkozy pour les cités n’a presque plus de réalité. À Paris comme à Vaulx-en-Velin, dans les associations, on considère que les effets négatifs l’emportent largement.

Nicolas Sarkozy, candidat, avait promis un plan « Marshall » pour les banlieue. Fadela Amara, il y a un an et demi, l’avait transformé en un plan « Espoir banlieue » qui avait déçu d’emblée par son manque d’ampleur et d’objectifs chiffrés. Aujourd’hui, Mohamed Mechmache, du collectif AC Le Feu, n’hésite pas une seconde et le qualifie de « plan désespoir banlieue ».

A Vaulx-en-Velin (Rhône), le maire (PCF) Bernard Genin, ne lui reconnaît qu’un effet dans sa ville : l’ouverture de l’école de la deuxième chance… avant de préciser que le projet, bouclé par la municipalité, « était une aubaine pour le plan plutôt que l’inverse ».

A Paris, Gisèle Stievenard, élue socialiste du 19ème arrondissement, cherche encore les éventuels effets du plan : « le conseiller spécial de l’Élysée, Henri Guaino lui-même, vient d’avouer qu’il n’a pas abouti. » Premier engagement du plan : 45.000 jeunes accédants à l’emploi en trois ans grâce au contrat d’autonomie. L’échec n’est pas encore patent mais presque.

A Paris, 800 contrats sont programmés ; 144 sont à ce jour - à mi-chemin - signés. Les difficultés sont telles que le secrétariat d’État n’hésite pas à détourner le travail des missions locales pour arranger la situation. Pourtant, la crise frappe durement la jeunesse des quartiers populaires. Le chômage a progressé de 16 % dans les zones urbaines sensibles et chez les moins de 26 ans la hausse est de 27 %.

A la Mission locale de Bagneux (Hauts-de-Seine), sa directrice, Valia Robin, se désole : sur les trois premiers mois de 2009, 67 jeunes sont entrés en emploi ; l’an dernier à la même époque, ils étaient 123.

Si le plan Espoir banlieue n’a pratiquement pas d’influence sur le chômage, à La Courneuve, l’équipe municipale rappelle qu’il n’a pas plus d’effet sur le décrochage social des populations : « le plan, comme, globalement, la politique de la ville, n’a en rien amélioré la situation des familles qui sont, aujourd’hui, durement touchées par les conséquences de la crise ».

Second engagement, avec l’appui de l’ANRU : la rénovation urbaine. Si l’État assure - en ponctionnant au passage le 1 % logement - ses engagements, les élus s’inquiètent des différences énormes entre le montant estimé des projets et le montant réel des travaux.

L’Association des maires d’Ile-de-France s’inquiète des « projets qui vont rester en panne ».

Chargé de mission à Sevran (Seine-Saint-Denis), Bruno Dumond insiste sur le désir contrarié de la secrétaire d’État d’assurer la mixité sociale : « sa volonté est démentie par la loi Boutin qui, par le système des surloyers, est en train de faire fuir des cités toutes les classes moyennes. Dans les faits, les plus pauvres sont rassemblés entre eux dans ces cités ».

Même discours du côté du 19 ème arrondissement où Gisèle Stievenard, du fait de la loi sur le droit au logement opposable, voit des familles en difficultés lourdes remplacer systématiquement celles qui partent parce que leur avenir professionnel s’éclaircit.

L’effet de ghettoïsation est garantie.

Côté école, personne ne délivre de tableau d’honneur à Fadela Amara. Daniel Robin, du SNES, estime que l’accompagnement scolaire, décidé par le plan, a eu des effets limités et, surtout, répartis de façon très inégale. « Il repose, en fait, beaucoup sur les assistants d’éducation… dont les contrats de six ans arrivent à échéance et qui ne seront pas renouvelés. La logique du CDI n’est pas celle de l’État aujourd’hui. C’est un potentiel humain important qui va disparaître ».

Quant au busing - adapté des États-Unis où des enfants sont amenés chaque jour de leur quartier pauvre vers des écoles des quartiers moins défavorisés - il a fait un flop mémorable.

Les associations, soi-disant choyées, devaient toucher des chèques en cas de besoin le jour-même, avait clamé Nicolas Sarkozy, à l’annonce du plan. Elles souffrent aujourd’hui, y compris dans les quartiers populaires. Au centre social du 18ème arrondissement de Paris, l’association Accueil Goutte d’Or, sur le front de l’emploi, a perdu 7.000 euros de subvention. « Pourtant, dit sa directrice, Christine Ledesert, les gens que nous recevons sont très loin de l’emploi ».

Pour Mohamed Mechmache, la logique même du plan, qui « concentre » son action sur une centaine de quartiers, est une grave faute. « Tous les quartiers de banlieue ont besoin, en fait, d’une politique générale avec des moyens importants. Les quartiers populaires sont dans un tel état que la tension y est grandissante. La moindre étincelle et ils s’enflamment comme en 2005. »

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Somalie : les deux otages français jugés selon la loi coranique


Les deux agents français enlevés mardi à Mogadiscio seront jugés par la loi coranique pour espionnage. Une annonce faite ce samedi par les extrémistes islamistes du mouvement Al-Shabab à l’origine de cet enlèvement. Trois humanitaires étrangers ont également été enlevés la nuit dernière.

La loi coranique et le tribunal islamique jugeront les deux agents français kidnappés mardi à Mogadiscio. C’est en somme ce qu’ont déclaré les extrémistes islamistes ce samedi à travers un communiqué officiel. Le haut responsable du groupe somalien Al-Shabab ajoute que les deux Français sont “ jugés pour avoir aidé les ennemis d’Allah ”.

En d’autres termes, les membres du groupe extrémiste accusent les deux agents d’avoir établi des liens avec l’actuel gouvernement soutenu par la communauté internationale. Les auteurs de l’enlèvement avaient tenté à plusieurs reprises de renverser le pouvoir somalien.

“On s’achemine vers des tractations de libération un peu tortueuses et qui peuvent durer” , a déclaré pour sa part le secrétaire général de la présidence française, Claude Guéant.

Selon une source proche d’un ministre du gouvernement somalien, les deux Français ont été “éloignés” de la capitale, Mogadiscio.

Le mouvement islamiste Al-Shabab est réputé pour être proche d’Al-Qaïda. Il est également critiqué pour pratiquer l’amputation, la lapidation et les exécutions publiques.

Trois humanitaires également enlevés

Trois employés étrangers d’une organisation humanitaire sont retenus par des hommes armés depuis la nuit dernière. Ils ont été enlevés au Kenya, près de la frontière somalienne. Ces derniers ont été rapidement emmenés sur le territoire somalien peu après leur enlèvement. “Il y a eu une fusillade à leur bureau qui a été attaqué par des hommes armés” , a précisé un responsable des services de sécurité kényans.

Les enlèvements de journalistes ou d’humanitaires se multiplient ces derniers mois en Somalie. Une journaliste canadienne, Amanda Lindhout, et un photographe australien, Nigel Geoffrey Brennan sont détenus par des inconnus armés depuis le 23 août 2008.

En novembre dernier, quatre humanitaires de l’association Action contre la faim (ACF) et leurs deux pilotes kényans avaient été kidnappés. Ils sont toujours retenus par leurs ravisseurs.

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L’effondrement d’un immeuble à Elbeuf


Un habitant a été gravement blessé. Mais le bilan aurait pu être plus lourd. 10 personnes se trouvaient à l’intérieur quand l’immeuble s’est écroulé.

Selon les 70 pompiers mobilisés avec des chiens pour fouiller les décombres de l’immeuble, il n’y aurait plus personne ensevelie. Les recherches ont d’ailleurs été arrêtées samedi matin.

Cet HLM de 3 étages, situé dans la rue du 11 novembre à Elbeuf près de Rouen, s’est littéralement écroulé hier soir vendredi vers minuit. Les habitants de l’immeuble et les voisins ont entendu un grondement et l’ensemble de la façade de briques rouges est tombée au sol. On ne connaît pas pour le moment les raisons de cet effondrement. Le bâtiment n’était apparemment pas vétuste. Une enquête est en cours pour déterminer l’origine de l’accident.

La catastrophe semble avoir été évitée. Une dizaine de personnes se trouvaient en effet à l’intérieur du bâtiment. Les occupants du rez de chaussée et des deux premiers étages étaient toujours dans leurs appartements béants quand les secours sont arrivés et ont été évacués par des échelles.

Mais les deux adultes et deux enfants qui se trouvaient dans l’appartement du troisième étage se sont retrouvés projetés au sol. Le père a été dégagé des décombres. Un message cardiaque a été pratiqué sur place et il a pu être ranimé. Grièvement blessé, il a été emmené au CHU de Rouen.

Choqués, sa femme et ses deux enfants ne sont que légèrement blessés et ont été cependant hospitalisés à Elbeuf.

Les autres occupants de l’immeuble ont été relogés chez des amis ou dans des hôtels mis à disposition par la mairie.

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Six ans pour restructurer et moderniser l’armée


Le projet de loi de programmation militaire 2009-2014 a été définitivement adopté hier, le Sénat l’ayant voté dans les mêmes termes que l’Assemblée nationale en juin. Ce texte définit une armée restructurée sur la base du « livre blanc » et de la nouvelle carte militaire rendus publics voilà un an. Par ailleurs, il élargit le champ d’application de la notion juridique de « secret défense ».

Pourquoi une armée restructurée ?

Le fonctionnement de l’institution militaire doit être rationalisé. En effet, les structures de soutien (réparations de véhicules…) et d’administration (gestion des carrières…) font l’objet de doublons entre les diverses armées (terre, air, marine), voire entre les unités d’une même arme. D’autres peuvent être externalisées (alimentation). D’où la disparition d’environ 80 sites militaires et une trentaine de déménagements prévus par la loi de programmation, dont les premiers se réaliseront en ce mois de juillet.

Les régiments, unités ou bases doivent être regroupés en 70 bases de défense d’ici à 2011. Par ailleurs, en 2014, le ministère de la défense, les états-majors et les grandes directions (armement, etc.) seront regroupés sur un seul site, place Balard, dans le 15ème arrondissement de Paris. Plusieurs services seront en outre mutualisés : les trois commissariats d’armées fusionneront ainsi en 2010. En fin de programmation, 54 000 emplois civils et militaires devraient être supprimés sur un total de 320 000 actuellement.

Comment seront investies les sommes dégagées ?

Les sommes dégagées doivent être réinvesties dans la défense dont le budget ne diminuera pas, comme le président de la République l’a rappelé le 14 juillet. Le développement du terrorisme international et la multiplication des crises régionales de par le monde justifient la priorité accordée au renseignement humain (effectifs supplémentaires pour la Direction générale de la sécurité extérieure) et au renseignement technologique (construction de drones ou avions sans pilote, programme de nouveaux satellites d’observation, etc.).

Parallèlement, la modernisation des matériels sera accélérée, notamment pour l’armée de terre (véhicules blindés de combat d’infanterie, équipement numérisé dit « Félin » pour les fantassins…).

Des dispositions ont, en réalité, déjà été prises en ce sens dans le cadre du budget de la défense 2009 : le gouvernement pensait pouvoir faire adopter la loi de programmation militaire à l’automne dernier, mais l’encombrement du calendrier parlementaire en a décidé autrement.

Pourquoi une extension du secret défense ?

Les récentes perquisitions menées par des juges d’instruction dans des centres sensibles du renseignement (Élysée pour l’affaire Borrel, DGSE pour l’affaire Clearstream) ont incité le pouvoir exécutif à profiter de la loi de programmation militaire pour mieux encadrer juridiquement la notion de secret défense.

À l’Assemblée nationale en juin, le dispositif proposé, qui visait à élargir le champ d’application de ce concept, avait soulevé une polémique parmi les députés de l’UMP, certains craignant des abus nuisibles à la justice. Finalement, un accord est intervenu, permettant de fixer des garde-fous, que le Sénat a entérinés par son vote.

Ainsi, les magistrats instructeurs ne pénétreront dans les lieux classifiés que sous le contrôle de la Commission consu ltat ive du secret de la défense nationale (CCSDN), celle-ci s’assurant que les documents saisis concernent bien l’objet de l’instruction et les conservant ensuite – sous l’autorité de son président, également magistrat – jusqu’à la décision ministérielle de les déclassifier ou pas.

Mais la liste de ces lieux sensibles devra être revue tous les cinq ans et une incrimination pénale est prévue (trois ans de prison) pour toute personne les utilisant pour dissimuler des documents.

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Le médiateur propose le retour au Honduras de Zelaya jusqu'à sa fin de mandat


Le médiateur dans la crise au Honduras, le président du Costa Rica Oscar Arias, a proposé samedi aux deux camps le retour au pouvoir de Manuel Zelaya, le président destitué, jusqu'à la fin de son mandat, ainsi qu'une élection présidentielle anticipée et une amnistie générale.

"Il est assez possible que nous parvenions à un accord dans les 48 heures", a indiqué un diplomate avant la révélation du contenu de l'offre de M. Arias aux délégations des deux camps réunies à San Jose.

M. Arias, dont la médiation a le soutien de la communauté internationale, propose le retour de M. Zelaya à la tête d'un gouvernement d'union nationale jusqu'au terme prévu de son mandat, le 27 janvier 2010.

Le rival de M. Zelaya, Roberto Micheletti, l'ex-président du Congrès désigné chef de l'Etat après le coup d'Etat du 28 juin, a répété à plusieurs reprises son opposition résolue à un retour du président déchu.

M. Zelaya dirigerait un "gouvernement d'unité et de réconciliation nationale, composé de représentants des principaux partis politiques", compte tenu d'une "amnistie générale appliquée exclusivement à tous les délits politiques commis à l'occasion de ce conflit, avant et après le 28 juin dernier".

Dans ce contexte, M. Zelaya et son gouvernement doivent "renoncer expressément" à leur projet de consultation par les urnes sur le projet de réforme de la Constitution, qui aurait pu autoriser un mandat présidentiel supplémentaire.

C'est pour empêcher cette consultation, prévue le 28 juin, que les militaires et le camp de M. Micheletti ont réagi en arrêtant M. Zelaya et en l'expulsant du pays. La Constitution du Honduras stipule que le président est élu pour un mandat unique.

M. Arias propose aussi d'avancer l'élection présidentielle prévue le 29 novembre, et de confier le commandement de l'armée au Tribunal suprême électoral "un mois avant le scrutin".

Une commission internationale, où l'Organisation des Etats américains (OEA) aura des représentants, "veillera au respect de ces accords et supervisera le retour à l'ordre constitutionnel", prévoit enfin M. Arias.

M. Arias avait avancé cette proposition de gouvernement d'union nationale et d'amnistie quelques jours avant ce deuxième rendez-vous de médiation à San Jose. Le premier, samedi dernier, avait tourné court, avec un départ anticipé de M. Micheletti, qui avait évité de rencontrer M. Zelaya.

Samedi, les partisans de M. Zelaya avaient maintenu la pression à distance, en manifestant à Tegucigalpa et en bloquant encore comme la veille les principaux accès à la capitale et d'autres routes à travers le pays.

De brefs incidents ont mis aux prises des partisans des deux camps dans le nord du pays, faisant quelques blessés légers.

M. Zelaya, soutenu par la communauté internationale, a souvent répété qu'il comptait revenir au Honduras en président. Il avait lancé à la fois un "ultimatum" à ceux qui l'ont évincé et un appel à "l'insurrection" au "peuple du Honduras".

Il avait également laissé planer la menace d'un retour par surprise, mais les Etats-Unis, très présents dans le dossier du Honduras, ont manifesté vendredi leur désapprobation d'un tel projet.

M. Zelaya avait tenté de revenir par avion au Honduras le 5 juillet, mais n'avait pu atterrir à Tegucigalpa, où la piste avait été rendue impraticable par les militaires.

Le coup d'Etat du 28 juin a isolé le Honduras, pays pauvre de près de huit millions d'habitants, auquel les Etats-Unis et les organismes financiers internationaux ont suspendu leur aide.

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samedi 18 juillet 2009

Polémique autour du rappeur Orelsan

Est-il légitime d'interdire une chanson ?
Est-il légitime de s'en prendre à la femme ?

C'est la question que l'on doit se poser après la polémique qui a suivi l'éviction par les Francofolies du rappeur auteur de Sale Pute.


Regrettons d'abord que la sanction se substitue au débat dans notre système de communication instantanée autant qu'hypocrite. L'oukase de Ségolène Royal ne vaut pas mieux que les justifications oiseuses et verbeuses du ministre de la Culture ou, on croit rêver, le rapprochement stupide avec Rimbaud.

La liberté d'expression est une et indiscutable. Mais le malaise que déclenche la violence des mots de ce sale sexiste méritait un large débat plutôt que cette interdiction sommaire ou que les outrances de ses défenseurs démagogues.

Les soutiens mondains ne peuvent par suffire pas à transformer une expression vulgaire en œuvre d'art.

Pourtant il n'y avait aucun intérêt à condamner tout le répertoire du rappeur en lui interdisant de monter sur scène alors qu'il avait retiré la chanson contestée.

Déprogrammer le jeune chanteur, était-ce la bonne solution ?

N'était-il pas préférable de maintenir l'invitation et de demander au rappeur de garder le texte litigieux dans sa besace ? Questions légitimes.

Mais une fois encore, la polémique a pris le dessus, enflammant le petit monde du show-business, du spectacle et de la ‘mauvaise’ culture. Illico, certains ont crié à la censure et déplacé la querelle dans le champ politique.

Ceux qui s'interrogent sur la chanson peuvent toujours se référer au texte intégral, qu'on trouve facilement sur internet. Ils se feront leur propre idée.

Le paradoxe, dans l'affaire, tient maintenant à la répartition des rôles, même si la polémique divise aussi les partis en interne.

La communiste Marie-Georges Buffet et la socialiste Ségolène Royal appellent à boycotter sinon le chanteur, du moins sa chanson.

À droite, le nouveau ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, soutient qu'Orelsan a "le droit de composer sa chanson et de la chanter où il veut".

C'est le monde à l'envers.
Ou plutôt à y perdre son rap !


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Menace à la "bonbonne" et le conflit social qui s'enlise


C'est bien cette indifférence des autorités, les torpeurs médiatiques et l'absence de dialogue social que secouent des formes de lutte inhabituelles. Certaines relèvent du désespoir et de la fureur ressentie quand des directions biffent des dizaines de vies d'un trait de plume pour assurer de coquets dividendes aux actionnaires.

Comment ne pas éprouver de la colère quand, chez New Fabris, les grands constructeurs automobiles réclament une modernisation et qu'une fois les investissements réalisés ils retirent leurs commandes et étranglent la PME ?

S'il y a de la rage dans certaines formes d'action, elles relèvent aussi de stratégies de communication destinées à briser les murs du silence édifiés autour de conflits sociaux. Il a fallu des patrons retenus dans l'usine, des manifestations spectaculaires et même des grèves de la faim pour que la plupart des grands moyens d'information posent une caméra ou tendent un micro vers ce qu'ils considèrent comme des événements minuscules.

Les salariés de Nortel ont menacé de faire sauter leur entreprise à l'aide de bonbonnes de gaz. Leur but était d'attirer l'attention et d'obtenir de meilleures compensations pour leur mise à pied. Il y a une «stratégie de la bonbonne", plus médiatique que physique, qui pose d'ailleurs aux médias la question de la hiérarchie de l'information sociale.

Faut-il mettre en exergue les plans sociaux les plus massifs, ou bien ceux qui donnent lieu aux réactions les plus violentes ? Inégalité du traitement journalistique, choquante et pourtant inévitable.

Ce qui est sûr, c'est qu'en se situant dans un monde coupé du commun des mortels, la classe dirigeante a ressuscité une forme d'aristocratie qui suscite les mêmes réactions de violence que les nobles de l'Ancien Régime en leur temps. L'avidité indifférente des dirigeants crée une situation explosive. Dans tous les sens du terme.

Alors, avec le traditionnel fatalisme qui atteint ceux qui voient disparaître leur outil de travail ou la colère de ceux qui n'acceptent pas d'être jetés à la rue par les actionnaires d'un quelconque fonds de pension, est revenu, au printemps, le temps des séquestrations.

Et puis, inspirée peut-être par l'obtention des parachutes dorés de patrons d'abord regardants sur l'aspect financier de leur départ, la formule des salariés : des primes pour " payer pour la casse " !

Totalement inimaginable il y a quelques années. Même les soixante-huitards n'y auraient pas pensé !

Quant au " coup " des bonbonnes de gaz, acte de désespoir suprême et assurance d'une médiatisation extrême, est-il l'arme absolue des recalés de la crise ? Peut-il faire tache d'huile et traduire par une mise en scène inquiétante la radicalisation du corps social ? Si oui, MM. Darcos, Estrosi et consorts devront beaucoup jouer aux pompiers. L'été sera explosif.

Plus un conflit est médiatisé, plus les salariés y retrouvent leur compte.

Les Contis de l'équipementier Continental ont su populariser leurs revendications en bloquant totalement la production de leur usine de Clairvoix depuis le 22 avril. La direction vient de décider de leur octroyer une prime supplémentaire de 50.000 euros, s'ajoutant aux indemnités conventionnelles de licenciement.

A l'inverse, les couturières de l'usine de Confection de L'Alloeu, dans le Nord, dont le conflit n'a pas été médiatisé, n'ont que leurs yeux pour pleurer avec une misérable prime de licenciement de 1.500 euros.

Avec la CGT combattante, mais affaiblie et seule aux avants postes pour défendre les salariés et les autres centrales syndicales aux abonnés absents, le gimmick "la prime ou la casse" risque de faire florès. Le risque majeur est le passage à l'acte avec ensuite des répliques inéluctables qui pourriront encore davantage un
climat social déjà tendu comme un arc.

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La baisse du Livret A

L'épargnant moyen ne comprend pas pourquoi, alors que la rémunération de son cher Livret A est tombée si bas et que toutes les banques se partagent désormais cette manne, les taux d'intérêt de ses emprunts ne suivent pas le mouvement ou si peu !

Le " placement favori " des Français plus fourmis que cigales est donc menacé d'être détrôné. Pour la première fois cette année, la Caisse des dépôts a mesuré au mois de mai une " décollecte " autrement dit des retraits supérieure de 1,6 milliard d'euros aux dépôts, ce qui risque de poser à terme un problème de ressources disponibles pour le logement social dont le Livret A est le coffre-fort.

La CGT a accusé hier le gouvernement de porter " l'estocade " à l'épargne populaire. De là à suspecter Nicolas Sarkozy de vider le Livret A pour remplir son prochain grand emprunt en faveur de la relance, il y a un pas vite franchi !
Il est vrai que si l'État s'aligne sur EDF et sert du 4,5 %, la "décollecte" du Livret A risque de décoller !

Pourquoi s'interroger sur les placements quand il reste quatre sous à la fin du mois ?

Le gouvernement nous y incite. Cet été, roulons donc avec du carburant moins cher ; mangeons dans la moitié des restaurants qui appliquent la TVA à 5,5% ; invitons les amis à des garden-parties ; voyageons en saisissant les offres alléchantes de dernier moment. Bref, puisque tout le monde solde et plus rien ne rapporte : DEPENSONS.

A bas le bas de laine. Halte à l'avarice. Haro sur la rigueur !

L'exemple vient d'ailleurs d'en haut. En 2008, l'Elysée a dépensé 11 millions de frais de bouche et de cérémonies et 14 millions pour les voyages présidentiels. Le président a remboursé de sa poche 14 123 euros soit 1% de la somme, soit aussi 7% de son salaire annuel (240 000 euros). Il reste donc au moins un bon placement en France : l'Elysée.


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La drôle épidémie de grippe A/H1N1


Les dangers, les véritables dangers de ce virus H1N1 ont beau être rabâchés sur tous les tons par les autorités sanitaires nationales (précaution, précaution chérie), le citoyen français donne l'impression d'être assez peu concerné.

Et pour tout dire indifférent. L'achat par le gouvernement de deux doses de vaccins par habitant n'y change rien - d'ailleurs, seront-ils seulement efficaces ?

Pas plus que la succession d'annonces de cas dispersés un peu partout sur le territoire. Après un petit coup de chaud au début de la crise et une ruée sur les pharmacies pour acheter masques et Tamiflu, l'inquiétude est vite retombée.

L'air des vacances, peut-être; d'autres soucis (sociaux, notamment) qui paraissent à la fois plus proches et plus fondamentaux; le sentiment que la France, qui n'a eu à déplorer, pour le moment, aucun cas mortel, n'est pas encore dans l'oeil du cyclone; la certitude que, de toute façon, le remède miracle n'est pas prêt.

Autant de raisons bonnes ou mauvaises qui expliquent cette attitude apparemment décontractée.

Ce n'est pas parce que l'Organisation mondiale de la santé a déclaré le monde en état de pandémie qu'il faut entretenir une psychose, alarmer et stresser inutilement les gens, considérer que tout va de mal en pis.

S'il est indispensable de continuer à informer pour que chacun enregistre les gestes simples à accomplir afin d'éviter d'être contaminé, les pouvoirs publics doivent envisager les mesures à prendre dans les collectivités si l'épidémie atteignait un niveau exceptionnel.

Il est temps de conjuguer réalisme avec sérénité alors que la mondialisation des échanges et la grande mobilité des gens favorisent la circulation de tous les virus. C'est par une analyse systématique des données et la responsabilisation des usagers, des industriels et de tous les acteurs de la chaîne sanitaire que l'on affrontera le mieux possible cette grippe, dont on n'a pas fini d'évoquer les stratégies les mieux à même de freiner la contagion.

Et vlan, une bonne grippe et un milliard d'euros dans la poche de l'industrie pharmaceutique. Sans parler du jackpot des fabricants de masques. Les marchands de peur se frottent les mains.

La France a déclaré la mobilisation générale. Elle se prépare au pire. La résistance s'organise. Le plan de prévention et de lutte contre la grippe aviaire est recyclé.

Tout sera prêt, l'automne venu. Chaque administration, chaque entreprise contribuera à l'effort de guerre. Les scénarios même les plus noirs ont été imaginés. Pas question de laisser notre activité économique en rade.

Pendant la guerre, les affaires continuent

Nous avions eu droit au bug informatique de l'an 2000. Vinrent ensuite les trous de la couche d'ozone. La canicule de 2003 laissa vite la place au réchauffement climatique. Les tsunamis à la grippe aviaire. Oublié le virus West Nile. Et le chikungunya.

Et les coups de soleil ?

Le principe de précaution s'est taillé la part du lion dans nos lois et nos conduites.
Nous voilà bien dressés à avoir peur.
Même de notre ombre.

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Un certain effet bonbonnes


Le ministre de l’Industrie a fini par se réveiller et se rendre, mercredi, sur le site de Nortel, dans les Yvelines, où les salariés, des cadres pour la plupart, avaient reproduit la menace brandie par les Fabris à Châtellerault. Les bonbonnes de gaz (vides) avaient été retirées afin que Christian Estrosi ne perde pas la face.

N’avait-il pas martelé, avec la subtilité qu’on lui connaît, qu’il « refusait tout dialogue sous la menace » ? « Nous sommes dans un État de droit », s’indignait-il, comme si le problème n’était pas de remettre l’État à l’endroit, quand il regarde sans réagir filer les emplois comme une hémorragie.

Durant ces dernières semaines, 1 093 suppressions de postes ont été annoncées chez Michelin, 1 000 chez Alcatel-Lucent, 540 chez Hewlett-Packard, 850 chez Sanofi-Aventis, 4 480 à Air France, 230 chez Accor, 239 chez Arkema, 380 chez SKF, 368 chez Mecacorp, 398 chez Bosal, 560 chez Manitowoc, 700 chez Marionnaud, 798 chez Néo Sécurité, 500 chez Altran, 435 chez DHL… La liste noire s’allonge. Sans que le gouvernement adopte des mesures de salut public.

C’est bien cette indifférence des autorités, les torpeurs médiatiques et l’absence de dialogue social que secouent des formes de lutte inhabituelles. Certaines relèvent du désespoir et de la fureur ressentie quand des directions biffent des dizaines de vies d’un trait de plume pour assurer de coquets dividendes aux actionnaires.

Comment ne pas éprouver de la colère quand, chez New Fabris, les grands constructeurs automobiles réclament une modernisation et qu’une fois les investissements réalisés ils retirent leurs commandes et étranglent la PME ?

Cette histoire est en quelque sorte la parabole de la crise où les multinationales pressurent les sous-traitants et adressent l’addition finale aux ouvriers. Et le ministre de l’Industrie ne s’est pas honoré en attribuant « la brutalité et le chantage » aux salariés ! Estrosi tombe du côté où ce pouvoir penche.

On est bien loin des bouffées d’indignation de Nicolas Sarkozy contre les patrons voyous qui émaillaient ses campagnes électorales. Désormais, il promet les gardes mobiles à ceux qui retiendraient les directions… pour des négociations nocturnes dans les entreprises.

S’il y a de la rage dans certaines formes d’action, elles relèvent aussi de stratégies de communication destinées à briser les murs du silence édifiés autour de conflits sociaux. Il a fallu des patrons retenus dans l’usine, des manifestations spectaculaires et même des grèves de la faim pour que la plupart des grands moyens d’information posent une caméra ou tendent un micro vers ce qu’ils considèrent comme des événements minuscules.

Alors, les ingrédients d’une bonne histoire sont rajoutés pour attirer enfin l’attention de médias, qui laisseraient sans cela des territoires mourir en silence. D’ailleurs, ces luttes, comme toutes les autres, ont besoin pour aboutir de réunir autour d’elles les populations alentour, les élus, les autres salariés. L’exemple de la SBFM, la fonderie bretonne d’abord condamnée par Renault et Peugeot et obtenant finalement son intégration dans la firme au losange, mériterait d’être mieux mis en valeur.

Les autres sous-traitants de l’automobile - les constructeurs les utilisent pour comprimer encore les prix et la rémunération du travail - ne manqueront pas d’en prendre de la graine et de la semer…

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“La créolisation concourt à l'évolution des sociétés modernes”


Avec et par Edouard Glissant,

Rencontre avec un intellectuel du nouveau monde, celui de la pensée “archipélique” et de la diversité dans la mondialisation.


“Agis dans ton lieu, pense avec le monde.” Edouard Glissant, doyen des intellectuels martiniquais, s’est toujours mêlé de ce qui le regardait, c’est-à-dire des affaires publiques, qui concernent tout le monde et chacun d’entre nous. Il rencontre un écho certain chez des indépendantistes et des écologistes, mais pas qu’ici. Il est aussi très écouté de New York à Tunis en passant par Madrid et Tokyo pour ce qu’il a à dire du monde, qu’il façonne en imaginaire autant qu’il en est façonné, et de la recomposition des identités dans le contexte de la mondialisation.

La France l’écoute et le lit un peu moins. La France a toujours autant de mal à concevoir sa créolisation. “J’écris en présence de toutes les langues du monde. Elles résonnent des échos et des obscurités et des silences les unes des autres”, écrit-il dans son très beau livre Philosophie de la relation (Gallimard), un texte poétique mais aussi un essai politique : ces mots-là convoquent les relations humaines, sociales, et les utopies durables. Edouard Glissant n’est pas un intellectuel insulaire, mais “archipélique” : décentré et métissé.

Dans ses prises de position politiques et ses textes, il veut convaincre que l’archipel, entité géographique, peut fonctionner comme métaphore utile pour porter un regard neuf sur le nouveau monde en mutation. Qu’il s’agisse de la culture, de la littérature, des relations humaines et bien entendu de la politique et de l’économie. Et il convainc.

Indépendantiste martiniquais mais aussi penseur du monde, Edouard Glissant fait l’éloge des petites nations, des micro-pays. Il en est certain, de là surgira, dans ces nœuds complexes de relations concentrées, le nouveau souffle du monde. “Comme il y a eu des Etats-nations, il y aura des Nations-relation”. Résonne également sa notion de “créolisation” qu’il préfère à la “négritude” d’Aimé Césaire. Cette identité-là est ouverture et non pas fermeture.

« Contrairement à ce que laissait entendre le silence de la Métropole, les peuples de Guadeloupe et de Martinique, depuis trois cents ans, n’ont cessé de se révolter. Il y a eu des massacres, des fusillades et des répressions que les Français de la Métropole n’ont ni vus ni entendus. Une histoire s’est pourtant formée là, et que l’on aurait pu connaître depuis longtemps. En 1981, j’essayais de la décrire dans un essai, Le Discours antillais (Gallimard, poche 1997/NDLR), qui n’a suscité aucun écho dans l’opinion française, ni d’ailleurs par ici.

“Pwofitasion” et “lyannaj”

Le mouvement sans précédent dans les Antilles, de janvier à mars, qui est parti de la Guadeloupe, puis a entraîné la Martinique, la Guyane, et au loin la Réunion, s’appelle “Lyannaj kont pwofitasion”. Les médias se sont attardés, s’agissant de ce LKP, sur “pwofitasion”, mais beaucoup moins sur “lyannaj”. La “pwofitasion” est la source de la colère, le “lyannaj”, ce qui allie, lie et relie cela qui était désolidarisé. La dynamique du “lyannaj” nous rappelle la solidarité non discriminante du rhizome, tel que considéré par Deleuze et Guattari. Aux Antilles, le discours porte certes la marque composite d’un syncrétisme des cultures. Les mots bougent comme l’argile, se transforment, s’inventent sans cesse et disent un monde nouveau. Le créole n’est pas une langue fixée en toutes choses. Il faut savoir écouter ses glissements de sens et les formations poétiques de ses mots. Ces mots-là par exemple, “pwofitasion” et “lyannaj”, viennent de loin et ont précédé puis symbolisé une colère mais aussi un espoir inédits aux Antilles.

Produits de “haute nécessité”

J’ai rédigé et signé avec des intellectuels antillais, dont Patrick Chamoiseau un manifeste, Pour les produits de haute nécessité (Galeade). Que disent-ils ? Qu’aux Antilles, nous avons besoin, tout autant que du souci du panier de la ménagère à prix enfin vivable, d’utopies où le politique serait en premier lieu un art qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun. Ce sont ces produits de nature politique, intellectuelle, spirituelle, que nous appelons de “haute nécessité”. Les premiers de ces produits concernent la fin de l’irresponsabilité collective dans la vie du pays, l’appréciation de la “gratuité” (s’éloigner des obsessions du profit), qui entraîne aux actes partagés. Les Antilles, avec la créolisation, tout comme de nombreux “lieux” de notre univers, sont bien équipées pour aborder le nouveau cadre moderne des relations et des contacts, dans ce que j’appelle le “Tout-monde”.

Le “Tout-monde”

Nous sommes tous multilingues aujourd’hui, même si nous ne savons pratiquer qu’une langue ! On ne parle plus vraiment sa propre langue comme autrefois, de manière monolingue, car on n’ignore plus qu’il y a bien d’autres manières d’exprimer les choses. Notre sensibilité à la mondialité a créé un nouvel imaginaire, une nouvelle poétique de la Relation. Je peux saisir le sens et m’émouvoir d’une déclaration dont je ne comprends pas la langue. Le monde, même sous la régie de la mondialisation économique, n’est plus ce bloc de cinq continents, de quatre races, et de quelques grandes civilisations et mythes unificateurs qu’on nous a enseignés. Nous sommes entrés dans son infini détail. Nous vivons des relations indémêlables, un “lyannaj” de cultures, des rhizomes d’identités, une multiplicité incessante. Pour moi, ce processus du “Tout-monde” est inextricable, on ne peut en dégager le chemin de manière claire et immédiatement efficace. Le monde n’est plus seulement un ensemble d’Etats-nations qui se juxtaposeraient, s’opposeraient et en même temps, tendraient tous vers un objectif commun, la domination universelle. Ce monde-là se renforçait dans les grands mythes unificateurs qui faisaient le ciment des nations et la calamité collective des guerres et des conquêtes. Au contraire, le “Tout-monde” que nous commençons à peine à découvrir, en nous et autour de nous, est semblable à un tissu vivant, non de semblables qui s’opposent, mais de différences qui s’accordent. Le “ Tout-monde” a besoin d’une nouvelle philosophie de la Relation, où l’on ne chercherait pas le semblable, mais le différent.

Avenir “archipélique”

La France, dans son expansion, a eu le génie d’imposer ou de suggérer des formes variées d’acculturation. Sa culture incline et sa politique force à imposer l’assimilation. Elle n’a pas pu le faire en Indochine et en Algérie, mais durant des décennies, les Antilles moins résistantes (moins étendues, moins peuplées, moins ancrées dans des traditions millénaires, moins pourvues en richesses naturelles) ont subi une tentative d’assimilation intégrale. Or, cette année, la métropole et la République “une et indivisible” ont reçu un écho inédit de la part des Antilles. La poussée des prix du pétrole et des produits de première nécessité, le rétrécissement permanent des salaires, ont déclenché le mouvement LKP, qui a rappelé aussi aux Antillais que nous avons d’abord la nécessité de nous vivre comme tels et d’en soutenir la responsabilité. C’est bien là une révolution. Comment pourrions-nous par exemple organiser cette vie autonome, si nous ne contrôlions pas de près les circuits de l’import-export ? Plus, il faudrait nous penser dans notre environnement des Amériques, pour faciliter notre autosuffisance alimentaire et énergétique. Cette assimilation française nous a démunis, tous, face à ce que j’appelle le “Tout-monde”. C’est le métissage et, plus avant, la créolisation, qui soutiennent la fraternité à l’ère de la globalisation, et non plus l’idéal républicain donné comme valeur universelle. Je le propose depuis longtemps : “Je peux changer, en échangeant avec l’Autre, sans me perdre pourtant ni me dénaturer.” Notre problème et notre travail communs, anciens colonisés comme anciens colonisateurs, est de soulever les valeurs non contraignantes adaptées à ce monde pluriel qui, pour moi, est un archipel. Je crois à la force des petits pays et à leurs frontières : plus il y aura de vraies frontières, plus il y aura de points de passage entre nous tous. Je parle de vraies frontières qui, à mes yeux, ne constituent pas des murs infranchissables, ni des barrières indignes. Les vraies frontières ne séparent pas pour distinguer, elles distinguent pour relier. Comme il y a eu des Etats-nations, il y aura des Nations-relation. Les petites unités sont l’avenir du Tout-monde. Créer mille “lieux” plutôt que deux cents : cela permet, grâce à une différenciation grandissante, de produire de l’inédit là où l’on voudrait imposer avec plus ou moins de brutalité, une uniformisation globalisée de la consommation, de l’économie et de la culture. La pensée archipélique autorise et renforce tout ce qui est diversité.

Obama et la “créolisation”

La “créolisation” du monde s’est traduite de manière spectaculaire par l’élection à la présidence des Etats-Unis de Barack Obama. Cet événement politique considérable (et qui était d’abord poétique), figure moins une “obamisation” de l’Amérique qu’une créolisation du monde, c’est-à-dire un avènement de la diversité enfin consentie. Cette créolisation concourt à l’évolution des sociétés modernes. Elle s’oppose aux poussées traditionnelles de l’exclusive religieuse ou étatique, à la prétention de suprématie raciale ou ethnique. Ce que j’appelle les processus de créolisation est cette combinaison des rythmes et des différences du monde. Les Antilles jouent ainsi avec des influences multiples, celles des visions insulaires, celles des cultures issues des plantations de la canne, du maïs et du piment, celles des héritages africains, hindous, amérindiens et européens. La créolisation n’est pas à confondre avec le métissage. D’ailleurs les Etats-Unis sont faiblement métissées en comparaison du Brésil et des pays de la Caraïbe. Cela n’a rien à voir non plus avec le multiculturalisme, le melting-pot ou encore l’hybridation. La créolisation réintroduit la réelle multiplicité du peuple des Etats-Unis qui n’est pas seulement blanche ou noire, mais également latino, coréenne ou asiatique – populations qui ne sont pas encore “métissées”. Barack Obama est inattendu dans un pays où toute idée de rencontre et de mélange paraissait inconcevable, et était repoussée violemment par les populations blanche et noire. Les Noirs se sont d’ailleurs et d’abord méfiés de ce phénomène politique qui n’était “pas assez noir” à leurs yeux. Barack Obama est inattendu parce que sa victoire électorale ne signifie pas seulement la victoire des Noirs, mais le dépassement de l’histoire du pays par le pays lui-même. La créolisation dont Barack Obama est le porteur prouve qu’il est désormais possible d’entrer dans la pluralité de nos identités sans sombrer dans la guerre civile.

La mémoire de l’esclavage

Cette créolisation, qui n’est pas un angélisme, permet de mieux suivre les chemins de nos diversités, qui sont souvent inattendus. J’ai participé au mois de mai 2009 à un colloque à Tozeur (Tunisie) sur les interactions culturelles entre l’Afrique noire et le monde arabo-musulman. Nous y avons abordé un thème longuement tabou, relégué dans l’ombre de l’histoire du monde arabe, celui de la traite et de l’esclavage des Noirs. Jusqu’alors, on se concentrait surtout sur la traite atlantique. Or, fait peu connu, la Tunisie, dès le XIXe siècle, a fait aboutir sa décision d’abolition, en 1846. J’ai cosigné la Déclaration de Tozeur avec un historien français d’origine tunisienne, Salah Trabelsi, et un historien tunisien, Abdelhamid Larguèche. La Déclaration condamne l’épisode dramatique de l’esclavage et demande que “cette trace soit acceptée et reconnue dans nos livres d’histoire”. Dans le “Tout-monde”, la créolisation permet de mettre en relation tous les imaginaires, et autorise la rencontrede leurs différences.
»

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Les fausses évidences sur les retraites

Allonger la durée de cotisation, surtout dans le secteur public, est illusoire

Lors de la réforme Fillon de 2003, on avait amené l'opinion à se focaliser sur un unique paramètre censé tout régler : la " durée de cotisation ". Il fallait, souvenez-vous, que les fonctionnaires et assimilés cotisent désormais aussi longtemps que les salariés du privé, et ainsi l'égalité serait enfin réalisée entre eux.


On opposait de la sorte artificiellement un régime des fonctionnaires présenté comme unique - le même pour tous -, à un régime du privé, présenté lui aussi comme unique. Cela avait l'avantage de passer outre les inégalités les plus choquantes, celles qui prévalent entre les différents régimes du privé, aussi bien qu'entre les régimes publics.

Le contraste est ainsi particulièrement éclatant entre les régimes spéciaux qui cumulent tous les privilèges et le régime ordinaire du fonctionnaire ne comportant aucun avantage retraite particulier (par exemple, celui des enseignants).

Et voilà que, cette fois-ci, nous disent les experts du gouvernement (dont aucun n'est actuaire - spécialiste des retraites - ), le financement de l'augmentation de l'espérance de vie va se résoudre par magie grâce au même paramètre, un paramètre décidément réponse-à-tout : la durée de cotisation !

Gare aux fausses évidences. Nos experts gouvernementaux ne savent pas que la durée de cotisation est un paramètre qui joue un rôle exactement opposé dans l'équilibre des régimes, selon qu'ils sont privés ou publics.

A quoi sert en effet l'allongement de la durée de cotisation ? Il sert uniquement à augmenter la population des cotisants. S'il ne remplit pas ce rôle, il ne sert à rien. Dans un régime par répartition, on peut concevoir en première analyse l'effet bénéfique d'un tel allongement : plus de cotisants font plus d'argent pour les retraites. Mais ce à quoi les experts n'ont pas prêté attention, c'est que c'est le contraire qui est vrai dans le public.

C'est évidemment quand il y a moins d'actifs dans le secteur public, donc moins de dépense salariale, qu'il y a plus d'argent pour les retraites publiques. C'est en effet à partir d'une même masse, le budget de l'Etat, que sont financés et les salaires et les pensions.

L'augmentation de la durée de cotisation, qui n'est utile que si elle permet d'accroître le nombre d'actifs du régime, est donc néfaste pour le public où ce qui compte, du point de vue du financement des retraites, c'est d'alléger les effectifs. Réduire les effectifs, c'est, répétons-le, dégager de l'argent pour les retraites. Autrement dit, il ne faut pas, dans le public, allonger la durée de cotisation, mais au contraire la diminuer.

C'est la raison pour laquelle la politique du ministre du budget, Eric Woerth, consistant à ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, a des effets exactement annulés par la politique de M. Hortefeux consistant à augmenter leur durée de cotisation : au total, on peut constater que le nombre de fonctionnaires n'a aucunement diminué (qui le sait ?) et que, parallèlement, la charge des pensions explose dangereusement. Dans mon livre La Grande Duperie, la vérité sur vos retraites (Plon, 2003), je l'annonçais dans un chapitre intitulé : " Comment ruiner l'Etat : augmenter la durée de cotisation ".

Le gouvernement n'est de toute façon pas à une contradiction près en matière d'allongement de la durée d'activité. Il a fait adopter par l'Assemblée nationale, le 7 juillet, une loi sur la mobilité des fonctionnaires dont une des dispositions, passée inaperçue, consiste à encourager les agents publics à partir à la retraite cinq ans sinon plus avant l'âge normal.

L'Etat est même prêt à leur payer un pécule pouvant aller jusqu'à deux années de traitement brut pour qu'ils cessent sur-le-champ de travailler, autrement dit de " cotiser ". Sans doute s'est-il rendu compte que prolonger toujours plus l'activité de fonctionnaires arrivés au faîte de leurs rémunérations et frais annexes était ruineux ; puisque de toute façon il doit payer un agent public jusqu'à sa mort, autant lui servir à la place une retraite modérée.

Pourquoi tant de contradictions dans la politique gouvernementale ? C'est qu'il faut faire vivre à toute force le mythe de la répartition dans le secteur public. Le discours sur la répartition sert entre autres à justifier que les régimes spéciaux continuent de ponctionner les autres régimes.

Le discours officiel est un non-sens économique et une duperie : parce que nous avons réduit les effectifs dans les services publics, prétend-il, nous n'arrivons plus à payer les pensions ; du coup, les régimes qui ont un meilleur rapport démographique ont un devoir de solidarité envers les régimes spéciaux : il faut qu'ils les subventionnent.

Alors que c'est le contraire qui est vrai : parce que les effectifs ont été réduits dans les régimes spéciaux, il y a plus d'argent pour les pensions. Tout simplement parce que ces régimes spéciaux n'obéissent pas au schéma de la répartition : salaires et pensions y sont financés à partir de la même masse, celle des recettes annuelles, et c'est une excellente chose que la masse salariale se réduise avec la diminution des effectifs : cela fait plus d'argent pour payer les pensions.

Quel peut bien être d'ailleurs le sens du paramètre " durée de cotisation " dans la fonction publique et le secteur public non concurrentiel, où les cotisations sont fictives ? Sait-on à ce propos que l'Etat inscrit des cotisations " employeur " factices sur les bulletins de paie des fonctionnaires et assimilés ? Car que signifie un Etat qui se paie à lui-même des cotisations ! Cela revient à dire qu'il ne paie rien. Chacun peut en faire l'expérience, en se versant à soi-même tous les matins une somme qui lui plaira, même s'il n'a pas l'argent : après l'opération, il n'est ni plus ni moins riche.

C'est exactement ce que fait l'Etat, en décidant par exemple que le 1er janvier, le taux qu'il inscrirait désormais sur les bulletins de paie serait 60,44 % - quatre fois plus que dans le privé (15,9 %) - contre 55,71 % la veille. Admirez la précision, alors que les finances de l'Etat ne sont aucunement affectées par le taux choisi, car en réalité, absolument aucune cotisation n'est versée à quiconque. Cela fait joli, de grosses cotisations surtout très précises sur les bulletins de paie, mais il n'est qu'une vérité : ce ne sont pas ces écritures qui financent les retraites, ce sont les impôts.

Notons que, dans la mesure où les notions de cotisation salarié et de cotisation employeur sont de même essence (il s'agit en réalité d'une seule cotisation qui est conventionnellement découpée en deux avec ajustement par le salaire brut), il en va des " cotisations " des fonctionnaires comme des " cotisations " de l'Etat : ce ne sont que de l'encre " pour faire joli " sur des bulletins de salaire, pour imiter la répartition, mais sans aucune contrepartie concrète, ni économique ni financière. Aucun fonctionnaire n'a en réalité jamais payé ces cotisations.

Allez après ça comparer les taux de cotisation entre les régimes, comme le font doctement certains experts !

Dans le privé non plus, ça n'est pas travailler plus longtemps qu'il faut forcément, mais simplement travailler plus. Pourquoi laisser croire, alors qu'il n'y a pas d'activité avant l'âge de 25 ans et après 55, que l'équilibre des retraites pourrait être trouvé dans un allongement forcé de l'activité ?

Simplifions l'idée : travailler 70 heures par semaine entre 25 et 55 ans, c'est-à-dire seulement trente ans, cela est équivalent, du point de vue de l'équilibre des retraites, à travailler soixante ans dans le système actuel. Dans les deux cas on alimente des mêmes sommes les caisses de retraites.

Pourtant, le gouvernement, bien qu'adepte du " travailler plus pour gagner plus ", s'apprête à sanctionner plus lourdement encore les personnes dans ce cas, au motif qu'elles n'auraient cotisé " que " trente ans. Où l'on voit que pour le privé aussi il est vital que le gouvernement se débarrasse du fétichisme pernicieux de la durée de cotisation.


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Le Parti du sens du poil reste seul…


A l'issue des élections européennes, la droite triomphe, mais avec 12 % des électeurs, tandis que la gauche est explosée façon puzzle. En même temps, on a l'impression que les clivages politiques se brouillent.

Ce que nous observons avec un certain effroi, c'est la disparition progressive des réalités par rapport auxquelles, naguère, on pouvait se dire de droite ou de gauche : la nation, la culture, la langue, la civilisation même. Il y avait sur toutes ces choses un point de vue de droite ou un point de vue de gauche, mais qu'en est-il quand ces choses se dissolvent ?

Malheureusement, la gauche actuelle, que ce soit dans sa version purement politique ou dans ses différentes versions intellectuelles, la molle et la radicale, croit bon de légitimer, voire de glorifier cette liquéfaction. Alors, cela interroge : à quoi servent une action et une pensée politiques qui se contentent d'escorter les processus par lesquels nous sommes emportés ?

Ne serions-nous pas nous-mêmes emporté par notre caractère mélancolique et une certaine tendance à penser que «tout fout le camp?» ?

Il y a quelques semaines, Télérama a publié une enquête très instructive sur la réalité des collèges. L'écrivain Robert Bober, auteur de «Quoi de neuf sur la guerre?», était invité dans une classe du collège de Wazemmes, près de Lille. Il a montré des témoignages d'enfants juifs sous l'Occupation.

L'image d'une femme aux cheveux blancs est apparue. Elle évoquait ses souvenirs de gamine échappant à une rafle et elle concluait : «A cette époque, les enfants n'étaient pas déportables.» Rires dans la classe. «Comment ils faisaient, t'imagines, ils n'avaient pas de portables!» Et ce rire a duré toute la séance.

Des portables au lieu de «déportables» et de toute l'histoire du monde: c'est cela, la disparition de l'essentiel. Et notre plus grande tâche politique est de faire face à cette situation.

Après tout, il reste deux camps qui se confrontent lors des élections. Il reste peut-être deux camps, mais pas sur tous les sujets.

La gauche et la droite ont rivalisé dans le culte du génie de Michael Jackson, l'artiste hors normes qui a repoussé les frontières du kitsch, et les services culturels des magazines de droite comme de gauche ont exigé toujours plus de place pour commenter hyperboliquement l'émotion planétaire qu'a provoquée sa mort.

Pour ce qui est de la déculturation générale, il n'y a plus ni droite ni gauche, il n'y a qu'un seul parti : le Parti du sens du poil. En somme, c'est la culture qui faisait de vous un homme de gauche et c'est la culture qui nous éloigne de la gauche !

La grandeur démocratique de la gauche était de ne laisser personne à la porte : à la porte de la Cité, de la culture, de la beauté, à la porte de la langue elle-même. Mais maintenant, la gauche est, au mieux, indifférente au destin de ce qu'il y avait derrière la porte et, au pis, heureuse de voir s'effacer ces reliques du vieux monde.

Même les partisans de Nicolas Sarkozy ne pensent pas que sa première qualité est la distinction culturelle. Sans doute peut-on dire que Nicolas Sarkozy est le premier président de la société postculturelle. Mais quand nous voyons des professeurs s'indigner de ses attaques répétées contre «La princesse de Clèves» et, en guise de protestation, lire des extraits de ce livre sur la place publique, je suis partagé.

Depuis quelques années, en effet, on nous répète que l'enseignement du français doit d'abord former des citoyens et permettre à chacun d'acquérir l'autonomie dans le débat d'opinion. Or les personnages de «La princesse de Clèves» sont incurablement aristocratiques et leurs vertus citoyennes, nulles.

De surcroît, plus on «plaçait l'élève au centre du système éducatif», plus on mettait à l'écart la trop lointaine princesse. Et les mêmes qui appliquaient avec zèle ces nouvelles directives dénoncent aujourd'hui l'inculture du chef de l'Etat. Ce n'est pas très logique.

Si, cependant, l'antipathie de Nicolas Sarkozy pour le roman mystérieux du renoncement à l'amour conduit à sa réintroduction dans l'enseignement secondaire, ce serai une bonne chose.

Dans les chassés-croisés idéologiques, la «réforme» est devenue l'un des chevaux de bataille de la droite tandis que la gauche la dénonce comme le prête-nom de la régression sociale.

Faut-il réformer la France et est-elle «irréformable» ?

Ce qui paraît irréformable, malheureusement, c'est la politique au fil de l'eau de la culture et de l'éducation nationale. Il faudrait redonner forme à la culture en l'arrachant au fatras du culturel. Il faudrait réintroduire l'exigence et l'expérience des belles choses dans l'enseignement.

Au lieu de cela, un jeune espoir de l'UMP, Benoît Apparu, produit un rapport dans lequel il annonce triomphalement qu'il veut mettre toute l'école au régime des 35 heures, comme l'entreprise et le bureau, et cette idée effrayante fait tellement bonne impression qu'il est récompensé par un poste de secrétaire d'Etat.

Alors, oui, hélas, là où plus que la réforme c'est le sursaut qui s'impose, rien n'est possible. Les difficultés de l'intégration sont généralement traitées, par la droite et par la gauche, sous l'angle des discriminations contre lesquelles il faut lutter et de la diversité qu'il faut promouvoir.

L'affaire de la burqa paraît extrêmement révélatrice. On propose à nos sociétés un avenir multiculturel, et le grand paradoxe du multiculturalisme, c'est que toutes les cultures sont les bienvenues à l'exception d'une seule, la culture du pays hôte. Pour être authentiquement multiculturelle, pour accueillir la diversité comme il se doit, la France est tenue de ne plus être une nation substantielle, mais une nation procédurale simplement vouée à organiser la coexistence des communautés qui la composent.

Les députés qui ont dit non à la burqa refusent cet avenir. La France n'est pas seulement la patrie des droits de l'homme, c'est une terre de vieille civilisation. Au cœur de cette civilisation, il y a la mixité, une visibilité heureuse des femmes qui remonte à l'amour courtois et que nous devons absolument maintenir. Cessons de tout formuler dans l'idiome des droits de l'homme.

Plutôt que d'opposer le langage des droits de la femme à celles qui revendiquent fièrement leur droit culturel à vivre dans un linceul, il faut leur opposer nos mœurs. Seulement, les droits de l'homme nous ont appris que nous ne pouvions pas imposer notre culture aux peuples du monde entier.

Nous avons cru que notre civilisation était universelle. Le XXe siècle nous a contraints à renoncer à cette illusion. Nous savons que nous formons une civilisation particulière. Mais la modestie doit s'arrêter là. Elle ne saurait nous conduire à nous vider de notre être pour nous ouvrir à tous les vents de l'altérité. Cette civilisation particulière ou ce qui en reste et qui n'est pas grand-chose doit pouvoir continuer à régir la vie sur le territoire qu'elle a modelé.

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Les fonds de pension britanniques en déficit

Selon une étude de Deloitte, les entreprises du FTSE 100 font face à un besoin de financement de 300 milliards de livres pour combler le déficit de leurs fonds de retraite.

Jamais le déficit des fonds de pension britanniques n'aura été aussi élevé. Selon une étude de Deloitte, les entreprises du FTSE 100 doivent faire face à un besoin de financement combiné de leurs fonds de retraite atteignant 300 milliards de livres. Soit plus du double des 130 milliards observés au début de l'année.

« Si les fonds de pension devaient compter uniquement sur les contributions en cash des entreprises, il faudrait, au rythme actuel, cinquante ans pour éliminer le déficit cumulé », souligne David Robbins, associé chez Deloitte.

Les « trustees » qui supervisent ces fonds de retraite n'ayant pas l'intention d'attendre aussi longtemps ont demandé aux entreprises de verser d'énormes montants pour combler les pertes réalisées sur les placements. Du coup, nombre d'employeurs outre-Manche sont contraints à des mesures drastiques. Hier, la firme américaine American Express a ainsi provoqué un choc en suspendant ses contributions aux retraites de ses 6.000 employés britanniques. Ce moratoire a pris effet le 1 juillet 2009 et devrait durer jusqu'au 1 janvier 2011. Solutions alternatives

Jusqu'à présent, les employés d'Amex affectaient 3 % de leur salaire au fonds de retraite, tandis que le groupe américain abondait jusqu'à 6 %. « C'est ni plus ni moins une baisse de salaire », s'indigne le Trade Union Congress, la confédération des syndicats britanniques. La firme de services financiers est le premier grand employeur au Royaume-Uni à aller aussi loin. Les syndicats craignent que d'autres ne s'engouffrent dans la brèche. Cela ne peut être que transitoire toutefois, car la loi sur les retraites rendra obligatoire à partir de 2012 la contribution des entreprises à un plan de retraite de leurs salariés, à hauteur de 3 % minimum des salaires. Ces dernières années, les grands groupes ont, les uns après les autres, condamné l'accès pour les nouveaux entrants aux régimes à prestation définie - avec une retraite calculée sur le dernier salaire -, les basculant sur des régimes à cotisation définie. Il y a cinq ans, 40 % des entreprises du FTSE 100 offraient des retraites à prestations définies à leurs nouvelles recrues : seuls Shell, Tesco, Cadbury et Diageo le proposent encore.

En juin, la banque Barclays ou encore le distributeur Morrison ont franchi un pas supplémentaire en gelant pour tous leurs régimes « final salary » jugés trop coûteux. Ces fermetures, prévient David Robbins de Deloitte, évitent que le problème ne s'aggrave mais « ne résout pas la question des déficits et celle des exigences de cash ». Selon lui, faute de pouvoir supporter les paiements réclamés par les « trustees », les employeurs réfléchissent désormais à des solutions alternatives, comme des apports d'actifs immobiliers et autres brevets.


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Un rapport préconise de nouveaux sacrifices au budget irlandais


Encore des décisions difficiles à prendre pour le gouvernement irlandais. En publiant le rapport connu comme « An Bord Snip Nua » (1), hier, les pouvoirs publics ont prévenu les Irlandais des mesures budgétaires supplémentaires qui pourraient les attendre en 2010.

L'étude commandée par le gouvernement irlandais présente une panoplie de recommandations, qui vise une réduction d'environ 5,3 milliards d'euros des dépenses publiques.

Le mémorandum sur la stratégie budgétaire préparé par Colm McCarthy, économiste à l'université de Dublin, et un comité d'experts, propose, entre autres, la suppression de 17.300 postes de fonctionnaires, une baisse de 5 % des allocations sociales ainsi qu'une restructuration de certains départements de l'Etat.

Le rapport identifie également des économies potentielles dans les domaines de l'éducation, la santé et la justice et une réduction du nombre d'ambassades. Certaines mesures du rapport, décrit comme un « menu » par le gouvernement, pourraient être dures à avaler pour les Irlandais. Limiter les dégâts

La première lecture du document par le gouvernement, ce mercredi, a donné lieu à des délibérations sur les mesures à prendre lors du budget 2010 qui sera présenté en décembre. Déjà au plus bas dans les sondages après quatre collectifs budgétaires au cours de ces douze derniers mois, le Premier ministre irlandais, Brian Cowen, n'est pas au bout de ses peines.

Mardi, le chef du gouvernement a affirmé que « la relance économique sera centrée sur trois points : une restructuration du système bancaire, une compétitivité améliorée et une correction des dépenses publiques ». En effet, la croissance du « tigre celtique » s'est effondrée depuis l'an dernier.

En seulement quelques mois, les pouvoirs publics ont vu fondre l'assiette fiscale, en passant d'un surplus budgétaire de 3 % en 2007 à un déficit de plus de 7 % en 2008. John Fitz Gerald, professeur à l'Economic and Social Research Institute (ESRI) estime que, sans l'intervention du gouvernement, le déficit aurait pu atteindre 14 % du PIB.

Le gouvernement a frappé vite et fort pour limiter les dégâts. Les mesures prises ont permis de contenir le déficit budgétaire à moins de 12 %, mais selon Brian Lenihan, le ministre des Finances irlandais « la stabilisation des finances publiques reste essentielle » avec une nouvelle réduction des dépenses dans le budget 2010.

Jusqu'à aujourd'hui, les Irlandais sont restés de marbre. Même lorsque le gouvernement a introduit une « taxe de retraite », en mars, équivalent à une baisse de salaire de 7 % en moyenne dans le secteur public, aucun syndicat n'a appelé à faire grève.

Mais la colère des Irlandais s'est exprimée dans les urnes lors des élections locales de juin, avec la défaite du Fianna Fail, le parti au pouvoir au profit de l'opposition. Le ministre des Affaires étrangères, Michael Martin, a affirmé qu'il y aura « des décisions difficiles à prendre pour le budget de décembre ».

En effet, avec un nouveau referendum sur le Traité de Lisbonne fixé le 2 octobre, les délibérations sur « An Bord Snip Nua » s'annoncent complexes pour éviter que le référendum ne se transforme en vote de sanction contre les pouvoirs publics.

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Pourquoi l’Italie va-t-elle régulariser des milliers de clandestins ?


Cinq cent mille sans-papiers, employés en Italie comme aides à domicile, pourraient être régularisés dès septembre. Avec cette mesure, le gouvernement de Silvio Berlusconi cherche à contenter les familles italiennes, deux semaines seulement après une loi pénalisant durement l’immigration illégale.

Depuis la fin des années 1980, l’Italie a recours aux régularisations pour absorber la main-d’œuvre jugée utile. Dans le système italien, le secteur des soins à la personne est largement délégué aux familles. Et celles-ci sont très nombreuses à embaucher des travailleurs clandestins pour s’occuper des enfants et des personnes âgées. Ce phénomène s’explique en partie par l’arrivée des femmes italiennes sur le marché du travail.

Le caractère sélectif de la mesure de régularisation est intéressant : pourquoi viser une catégorie professionnelle ? La plupart des clandestins qui travaillent dans les familles sont des femmes, originaires de l’est de l’Europe. Certaines viennent de Roumanie et ont le droit de séjourner en Italie, mais pas d’y travailler. D’autres viennent d’Amérique centrale et d’Amérique latine. Dans la plupart des cas, ces femmes habitent avec les familles, ce qui crée des liens très forts.

D’un côté, le gouvernement cherche à mettre les familles de son côté, en régularisant une main-d’œuvre immigrée dont l’économie a besoin. De l’autre, il continue d’adopter des politiques de plus en plus répressives contre les clandestins, en interdisant par exemple les mariages mixtes avec des gens qui n’ont pas de papiers. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit des mêmes personnes.

Cette ambiguïté existe dans tous les pays européens, qui adoptent des stratégies différentes pour gérer leur immigration. La décision de régularisation italienne va certainement mécontenter d’autres États de l’Union européenne. Mais les États ont largement gardé leur souveraineté dans leur politique d’immigration. Des recours sont ainsi régulièrement déposés contre l’Italie, notamment sur la question des droits de la minorité rom. Il est cependant peu probable que l’Europe puisse imposer quoi que ce soit à un État dans ce domaine.

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Natalia Esterimova militante des droits de l'Homme assassinée en Tchétchénie


Le 15 juillet, une activiste de l’ONG Memorial, Natalia Esterimova, a été assassinée. Proche de la journaliste Anna Politkovskaïa, tuée en 2006, elle dénonçait la poursuite des exactions commises en Tchétchénie.

"Je sais, je suis sûr de l’identité du coupable du meurtre de Natalia Estemirova, nous le connaissons tous — son nom est Ramzan Kadyrov" : Oleg Orlov, responsable de l’ONG Mémorial où travaillait Natalia Esterimova, a directement mis en cause le président tchétchène, soutenu par le Kremlin.

Ramzam Kadyrov "menaçait Natalia, l’insultait et la considérait comme une ennemie personnelle", a-t-il poursuivi. "Nous ne savons pas s’il a lui-même donné l’ordre ou si ses collaborateurs l’ont fait pour faire plaisir à leur chef", a ajouté M. Orlov.

La militante des droits de l’homme, 50 ans, a été retrouvée morte dans la République d’Ingouchie dans le Caucase russe, après avoir été enlevée mercredi en Tchétchénie. Mère de famille, Natalia Estemirova avait été professeure, puis journaliste, avant de devenir militante de Memorial lors de la seconde guerre de Tchétchénie en 1999.

La communauté des militants des droits de l’homme pleure une collaboratrice d’un « immense courage » et d’« une grande ténacité », selon Anne Le Huérou, chargée de mission de la FIDH. « C’est elle qui avait révélé en 2002 le meurtre des civils brûlés vifs de Chatoï, une affaire qui, reprise par les écrits d’Anna Politkovskaïa, avait abouti à la condamnation de gradés russes. Rigoureuse dans ses enquêtes, elle avait fourni beaucoup d’éléments à Anna Politkovskaïa, avec laquelle elle partageait une sorte de complicité professionnelle ».

Après le meurtre de la journaliste Anna Politkovskaïa en 2006,dont elle était proche, Natalia Estemirova a été la première à recevoir le prix Anna-Politkovskaïa en 2007. Elle avait également été désignée pour participer à un conseil des droits de l’homme en Tchétchénie, mais elle avait été écartée par l’homme fort de la région, Ramzan Kadyrov, parce qu’elle refusait de porter le voile conformément à la charia instaurée en Tchétchénie.

"Remuer la boue"

Avant son assassinat, Natalia Estemirova enquêtait sur plusieurs affaires, notamment sur le meurtre d’une dizaine de jeunes filles, le meurtre la semaine dernière d’un présumé indépendantiste ainsi que les incendies de maisons de parents de rebelles.

Les médias russes ont également mis en cause les autorités tchétchènes. "Par coïncidence, juste avant l’assassinat, le commissaire tchétchène aux droits de l’Homme Nurdi Nukhazhiyev a appelé le chef du bureau de Memorial à Grozny pour se plaindre d’Estemirova qui ne voyait pas d’évolutions positives et insistait pour remuer la boue", écrit le quotidien Gazeta.

Ramzan Kadyrov a qualifié mercredi d’"inhumain" son assassinat et a promis de superviser personnellement l’enquête, selon l’agence de presse russe Ria-Novosti. "Ceux qui ont levé la main sur elle n’ont pas le droit de revendiquer le qualificatif d’être humain et ne méritent aucune pitié. L’emprisonnement à vie est une peine insuffisante pour les meurtriers d’Estemirova, ils doivent être jugés comme des être inhumains qui ont attaqué non seulement une femme sans défense, mais également tout notre peuple", a déclaré le président tchétchène.

Le président russe Dmitri Medvedev, actuellement en Allemagne, a réclamé une enquête. La communauté internationale a fustigé l’enlèvement et le meurtre de l’activiste russe.

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Deux siècles palestiniens


Histoire d’une domination

Les interactions entre les puissances européennes et la Palestine ont fait l’objet d’un programme d’études du Centre de recherche français de Jérusalem (CRFJ).


Deux gros ouvrages rendent compte des résultats de ces travaux. Edités sous la direction de deux chercheurs, l’un Français, l’autre Israélien, Dominique Trimbur et Ran Aaronsohn, ils réunissent des auteurs de différentes nationalités, avec une majorité de Français et d’Israéliens, mais aussi quelques Palestiniens. L’ensemble n’est évidemment pas exhaustif : il y manque en particulier la question de l’archéologie. Mais certaines des monographies sont probablement définitives sur le sujet traité.

Le premier volume, intitulé De Bonaparte à Balfour (
1), comporte une histoire diplomatique, des analyses économiques et, comme il se doit pour la Terre sainte, un large dossier concernant les œuvres missionnaires. Ces sujets sont étroitement mêlés : une œuvre missionnaire étant considérée comme un instrument d’influence, elle reçoit le soutien diplomatique de son pays d’origine. Elle dispose en outre de fonds déposés dans une banque européenne, et son impact peut être important en tant que fournisseur de services sociaux à la population. Enfin, elle n’est pas sans effet sur le développement urbain, en particulier à Jérusalem. Les rivalités des puissances autour des Lieux saints, avec pour conséquence la guerre de Crimée, apparaissent ainsi nettement dans les contributions.

La limite de l’exercice entrepris par le CRFJ, qui est aussi celle du sujet choisi, réside dans le risque de sous-estimer en permanence les évolutions internes de la société palestinienne et l’action de l’administration ottomane réformatrice. Si les témoignages européens constituent une source essentielle d’informations, ils doivent toujours être abordés de façon critique.

Le second volume — De Balfour à Ben Gourion (
2) — porte sur la première guerre mondiale et le mandat britannique.

Les questions internationales deviennent alors secondaires par rapport à l’intervention de l’administration anglaise. Si son échec politique a pris des dimensions catastrophiques, il n’en reste pas moins que son œuvre de développement a été très importante, exceptionnelle même dans l’histoire coloniale de Londres à cette période. Mais aucune action de développement ne peut être considérée comme purement « technique », elle constitue inévitablement un champ de bataille où s’opposent Juifs et Arabes. La question du droit en fournit la démonstration. Les Britanniques cherchent à étendre la Common Law ; les Arabes défendent un droit ottoman issu de la loi islamique mâtinée de droit français ; les sionistes veulent un droit juif national largement inspiré de la tradition allemande ; les chrétiens reconstruisent un droit de statut personnel mélangeant les sources byzantines et islamiques...

De ce fait, la poursuite de la lutte d’influence que livrent les autres puissances comme la France, l’Italie et l’Allemagne revêt un aspect presque dérisoire. Néanmoins on la retrouve autour d’institutions aussi différentes que le patriarcat latin ou l’université hébraïque de Jérusalem. En outre, la question de la formation des élites arabes catholiques ou juives et de la langue dans laquelle elle se fait demeure essentielle. On notera une très intéressante communication sur le sujet généralement peu étudié des chrétiens palestiniens. La dernière partie porte sur certains aspects diplomatiques du conflit de 1947-1949.

L’objet de ces deux livres n’est pas de souligner le rôle déterminant de l’Europe mais de montrer les interactions avec les acteurs et les logiques sur place. Cette ambition est largement réalisée et cette œuvre collective aborde des thèmes souvent peu ou pas du tout traités. Son apport paraît donc conséquent concernant l’histoire de la Palestine pour ce siècle et demi.

(
1) Dominique Trimbur et Ran Aaronsohn, De Bonaparte à Balfour. La France, l’Europe occidentale et la Palestine, 1799-1917, CNRS Editions, Paris, 2008, 435 pages, 35 euros.

(
2) Dominique Trimbur et Ran Aaronsohn, De Balfour à Ben Gourion. Les puissances européennes et la Palestine, 1917-1948, CNRS Editions, Paris, 2008, 517 pages, 35 euros.

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Valls-Aubry le duo de cet été


Après avoir lancé un ultimatum à Manuel Vals qui fait long feu, Martine Aubry paraît avoir beaucoup de mal à asseoir son autorité à la tête d’un parti qui, dépourvu de tout projet commun et sensible aux « coups de chaleur », tend à se décomposer…

Pathétique, pitoyable, dérisoire… La langue française a beau être fort riche en adjectifs, synonymes et faux amis, les mots en arriveraient presque à manquer devant le spectacle offert par le Parti socialiste, sa direction et ses divers représentants. Même les sympathisants les plus complaisants en restent sans voix.

Aussitôt après que Martine Aubry, en sa qualité de première secrétaire du PS, s’est adressée par lettre à Manuel Valls pour le sommer, sur un ton résolument grave, de rentrer dans le rang en cessant ses critiques ou de quitter le parti, les réactions, à mots couverts ou non, se sont multipliées.

Immobilisme systémique Ici, c’est Claude Bartolone, le député de Seine-Saint-Denis, qui juge « important » le message de Martine Aubry, à savoir : « Le parti, c’est pas une auberge espagnole » (sic).

Là, c’est Jean-Noël Guérini, le patron de la fédération PS des Bouches-du-Rhône, qui « ne comprend pas » la lettre de la première secrétaire adressée au candidat déclaré à d’éventuelles primaires au PS pour la présidentielle de 2012. « J’aurais préféré qu’ils se rencontrent en tête-à-tête plutôt que ça se fasse par écrit », déplore-t-il, avant de souhaiter que « la raison l’emporte » et « qu’on trouve les solutions adaptées ».

Là encore, c’est Arnaud Montebourg, le secrétaire national PS chargé de la rénovation qui refuse mordicus « d’en rester au constat de l’immobilisme systémique d’un parti devenu très vieux ». Le député de Saône-et-Loire évoque ainsi la convocation d’un référendum militant afin de trancher la question des primaires et prend l’initiative d’un coup de Jarnac en décidant d’organiser dans la commune charentaise un « séminaire » sur le sujet le 27 août…

C’est-à-dire la veille de l’université d’été du PS !

Les vacances comme solution !

Loin d’attendre pour faire fi de l’ultimatum dont il est l’objet, Manuel Valls, « très calme, très serein, très déterminé » jeudi matin sur Europe 1, y va lui aussi de ses petites phrases assassines au sujet de la « conception très datée du parti » et de l’aveuglement manifeste de son actuelle première secrétaire. Au point que Michel Sapin, le secrétaire national du PS à l’économie en est réduit à invoquer les vacances comme solution pour faire face à la crise !

Parallèlement, un ex-soutien de Ségolène Royal comme Gaëtan Gorce agite le spectre du Parti communiste des années 1980. « Il ne faut pas, susurre-t-il à l’Agence France Presse, un Parti socialiste qui se referme sur lui-même comme le Parti communiste d’il y a une vingtaine d’années. » Tandis que de son côté, Pierre Moscovici continue, l’air de rien, de recueillir des signatures dans le cadre de la pétition qu’il a lancée en faveur de « primaires ouvertes »… Camouflets

Le comble, c’est que ces signes manifestes de graves difficultés sont loin de ne concerner que l’intérieur du parti. La « maison commune » de la gauche qu’a prônée Martine Aubry fait plus que peiner à s’édifier. Non seulement le Vert Daniel Cohn-Bendit a accueilli plutôt fraîchement l’initiative, mais encore Jean-Luc Mélenchon, le fondateur du Parti de gauche a refusé tout net et la communiste Marie-George Buffet, allant jusqu’à réclamer un « échange sérieux », et non « une démarche de façade ou de replâtrage » ni des « appels miracles au rassemblement », a bien failli voir rouge…

A l’évidence, l’actuelle direction du Parti socialiste ne sort pas grandie de tous ces camouflets, qu’ils soient « internes » ou « externes ». « Voir Martine Aubry et ses amis du PS qui font une campagne absurde contre nous, nous accusent d’être liberticides, fait tristement sourire », a eu beau jeu d’ironiser Jean-François Copé, le chef de file des députés UMP, feignant un peu d’ « étonnement » devant le lamentable spectacle offert.

De fait, même si la période estivale paraît pouvoir se prêter à certaines fantaisies ou à des « coups de chaleur », le PS, avec son réseau d’intéressantes collectivités locales et d’apparatchiks souvent réputés intéressés, ressemble de plus en plus à une structure généreusement gratifiée de très substantiels financements publics, mais fort pauvre en idéaux… et, au bout du compte, foncièrement discréditée.

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Réinscription sans condition pour un lycéen bloqueur


Tristan Sadeghi, l’un des leaders du mouvement lycéen, fera bien sa rentrée au lycée Maurice Ravel dans le 20ème arrondissement de Paris.

Il a pu se réinscrire sans s’engager à ne plus participer à des blocages, comme l’exigeait au départ le proviseur de l’établissement.

Il a activement participé aux blocages de son lycée contre les réformes Darcos. Et cet engagement a failli lui coûter cher. Tristan Sadeghi, lycéen de première ES au lycée Maurice Ravel à Paris, a eu une mauvaise surprise le 7 juillet dernier.

Le proviseur de l’établissement a conditionné sa réinscription en terminale à la rentrée, à un engagement écrit de sa part de ne plus bloquer le lycée. "Je ne demande pas qu’il renonce à ses actions militantes, mais aux actions de blocage du lycée, qui sont illégales et coûtent cher à la société", a expliqué le proviseur Philippe Guittet, soutenu par le ministre de l’Education Nationale, Luc Chatel.

Mais la démarche a suscité un tollé. Le jeune homme de 17 ans, a refusé de signer un tel engagement. Une "mesure injuste et discriminatoire", a-t-il dénoncé, ne voulant pas se voir sanctionner seul "pour servir d’exemple", alors qu’il avait organisé les blocages avec d’autres lycéens.

Il a reçu dans son combat le soutien de nombreuses organisations, parmi lesquelles le PG, le PC, le NPA, les Verts, le PS, l’Unef, l’UNL, la FIDL et la FSU, ainsi que par les élus PG et PS qui sont intervenus auprès du proviseur et du rectorat.

Tristan Sadeghi a finalement obtenu gain de cause. Après une entrevue avec ses parents, le proviseur s’est engagé à le réinscrire sans condition. Son comité de soutien fait état du "soulagement" du jeune homme et de sa famille.

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Iran : nouvelle manifestation après le prêche de Rafsandjani


"Les autorités ont perdu la confiance du peuple" après la présidentielle en Iran, a déploré l’ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani dans un prêche très attendu à Téhéran, suivi par une manifestation de milliers de partisans du leader de l’opposition Mir Hossein Moussavi.

C’est la première fois depuis plus de deux mois que Akbar Hachémi Rafsandjani, qui soutient Moussavi, dirigeait la grande prière hebdomadaire à l’université. La première fois aussi qu’il livrait son analyse des semaines houleuses qui ont suivi la réélection controversée de Mahmoud Ahmadinejad.

"Un grand nombre de gens sensés du pays ont dit qu’ils avaient des doutes" quant au résultat du scrutin. "Nous devrions œuvrer à répondre à ses doutes" a déclaré, dans son prêche retransmis par des médias iraniens, l’ancien président iranien, qui dirige aujourd’hui deux institutions clés du régime, l’Assemblée des experts et le Conseil de discernement.

"Notre principale mission est de retrouver la confiance que le peuple accordait et qui, dans une certaine mesure, est perdue" , a poursuivi l’ennemi juré de Mahmoud Ahmadinejad qui l’avait battu à la présidentielle de 2005. "Il n’est pas nécessaire que des gens soient emprisonnés. (...) Nous devrions nous tolérer mutuellement", a t-il ajouté.

L’opposition iranienne entendait prouver sa force lors de cette prière, à laquelle a assisté Mir Hossein Moussavi pour sa première apparition publique depuis la validation officielle du scrutin le 29 juin. Des milliers de ses partisans étaient présents dans le secteur de l’université de Téhéran, arborant des brassards verts, "sa" couleur.

La police, déployée en nombre avec des bassidjis (miliciens islamiques), a fait usage de balles de peinture pour marquer les manifestants et procédé à "plusieurs" arrestations avant de disperser les milliers de personnes présentes sur le campus universitaire.

Cette manifestation, la première depuis celle du 9 juillet qui marquait le 10e anniversaire des émeutes étudiantes de 1999, intervient au moment où le président Ahmadinejad constitue son équipe en vue de son second mandat.

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Somalie : le rapt des deux Français serait lié aux pirates


Les deux agents sont désormais au mains d’un seul groupe islamiste, et leur captivité aurait un rapport avec la détention en France de pirates somaliens.

Ce sont donc - le ministre somalien des Affaires sociales l’ayant confirmé - les extrémistes des shebab qui détiennent désormais les deux agents français, enlevés mardi.

Jusqu’à présent, les deux membres du renseignement étaient détenus par deux groupes distincts, les shebab mais aussi la milice Hezb al-Islamiya du chef islamiste radical cheikh Hassan Dahir Aweys.

Ces mêmes shebab qui ont choisi début mai de lancer une offensive importante contre le pouvoir, et le gouvernement du président islamiste modéré Sharif Cheikh Ahmed.

Ils ont fait le serment de renverser ce dernier, soutenu par la communauté internationale.

"Les demandes (des ravisseurs) ne sont pas pas claires, la raison principale de l’enlèvement est que certains shebab ont des proches emprisonnés en France, les pirates", a expliqué le ministre des Affaires sociales.

Quinze pirates somaliens, interpellés en avril 2008, sont actuellement détenus en France. Ils sont soupçonnés d’avoir participé aux prises d’otages des navires français Ponant et Carré d’As en 2008 et du Tanit en 2009.

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Gang des barbares : Fofana et 18 autres accusés rejugés


Le procès en appel du meurtre du jeune juif Ilan Halimi en 2006, voulu par le gouvernement après un verdict jugé trop clément, se tiendra avec le principal accusé, Youssouf Fofana, qui a fait appel de sa condamnation à la peine maximale.

Condamné le 10 juillet par la cour d’assises des mineurs de Paris à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans, Youssouf Fofana a fait enregistrer son appel cet après-midi auprès du greffe de la cour. Fofana, 28 ans, est le principal accusé dans cette affaire qui avait ému toute la France début 2006.

Ilan Halimi, 23 ans, enlevé dans la nuit du 20 au 21 janvier 2006 dans le but d’obtenir une rançon, avait été séquestré et torturé pendant trois semaines dans une cité HLM de Bagneux (Hauts-de-Seine). Retrouvé agonisant au bord d’une voie ferrée de l’Essonne le 13 février 2006, il était mort lors de son transfert à l’hôpital.

Au cours des deux mois et demi de procès qui s’est tenu à huis clos, Youssouf Fofana a reconnu avoir porté seul les coups fatals à l’otage.

Ses 26 coaccusés ont été condamnés à des peines allant de six mois avec sursis à 18 ans de réclusion, auxquelles se sont ajoutés deux acquittements. Satisfaites de la condamnation de Fofana, les parties civiles et les associations juives avaient immédiatement dénoncé un verdict "indulgent" à l’égard des principaux complices et demandé la tenue d’un nouveau procès.

Le parquet général a fait appel lundi de 14 condamnations légèrement inférieures aux réquisitions, à la demande expresse de la Garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie.

Hier, le parquet a annoncé avoir fait également appel des condamnations des quatre principaux complices présumés de Youssouf Fofana. Au lendemain du verdict, l’avocat général Philippe Bilger, qui avait soutenu l’accusation lors du procès, avait pourtant qualifié d’"exemplaire" la décision de la cour.

Le procès en appel, qui rassemblera à nouveau la quasi totalité des acteurs présumés de l’affaire (19 sur 25), devrait se tenir d’ici quelques mois.

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vendredi 17 juillet 2009

Les dessous cachés des sondages payés par l’Elysée

Dans son rapport qui épingle les dépenses de l’Elysée, la Cour des Comptes révélait hier que la présidence de la République avait acheté pour près de 400.000 euros d’enquêtes d’opinion, ensuite publiées exclusivement par Le Figaro et LCI.
Sur ces "petits arrangements" entre l’Elysée et certains patrons de rédactions "amies", les langues commencent à se délier…

C’est sous couvert de l’anonymat que des journalistes du Figaro décrivent l’arrière-cuisine de ces sondages.

Les études sont réalisées par Opinionway, mais en liaison étroite avec un certain Patrick Buisson, conseiller influent de Nicolas Sarkozy, qui ne fait pas partie du cabinet officiel. Ce très bon connaisseur des enquêtes d’opinion, qui a d’ailleurs collaboré au Figaro et à LCI, est maintenant directeur de la chaîne Histoire, filiale de TF1. C’est lui qui travaille à la formulation des questions, très orientées, selon les détracteurs d’Opinionway, exemples à l’appui.

Une étude sur le travail du dimanche, commandée par l’Elysée, révèle ainsi que les deux tiers des Français y sont favorables. Les résultats du sondage arrivent directement sur le bureau d’Etienne Mougeotte, aujourd’hui directeur des rédactions du Figaro, après 20 ans passés à TF1. Et l’enquête se retrouve dare-dare dans les colonnes du quotidien : "on la découvre dans le journal, sans en avoir jamais parlé en réunion de rédaction", confie un journaliste.

La commission des sondages ne trouve rien à redire. Elle vérifie les mentions légales : méthode utilisée, date et commanditaire, tout en reconnaissant que le commanditaire n’est pas forcément le payeur.

De son côté, la société des rédacteurs du Figaro va demander à Etienne Mougeotte de s’expliquer.

Joint par France Info, l’intéressé affirme que "tous les sondages publiés par Le Figaro sont payés par le Le Figaro".

Sur un total de 35 études payées par la présidence - dans le cadre d’un contrat annuel de 1,5 million d’euros avec Opinionway - la Cour des Comptes relève que 15 d’entre elles ont ensuite été publiées dans la presse. Ce qui conduit à "mettre en doute l’intérêt de telles commandes", écrivent les services de Philippe Seguin.

La Cour note par ailleurs que ce contrat a été conclu sans aucune mise en concurrence, pourtant obligatoire, et qu’il a généré au total 130 factures en 2008, outre des honoraires mensuels fixes de 10.000 euros pour le cabinet. Dans sa lettre à Nicolas Sarkozy, le premier président de la Cour des Comptes Philippe Séguin souligne le caractère "très succinct de la convention entre Elysée et Opinionway (une seule page) mais également exorbitant au regard des règles de l’exécution de la dépense publique".

Pour seule réponse, l’Elysée fait savoir que les enquêtes commandées seront désormais "exclusives et confidentielles".

De son côté, OpinionWay refuse toute interview à notre micro, mais publie par communiqué démenti et précisions sur cette affaire.

"Explosion" des dépenses de l’Elysée selon le rapport Dosière

Comme tous les ans, le député PS de l’Aisne René Dosière a remis un rapport très critique envers le fonctionnement du budget présidentiel...

Les termes choisis par le rapport du député PS (Aisne) René Dosière pour son édition 2009 sont à peu près les mêmes que chaque année ("explosion" des dépenses ou "absence de transparence") mais la nouveauté concerne cette fois l’accusation de "manipulations budgétaires ".

Le texte en question porte sur le budget 2008 de la présidence de la République. Dont les dépenses se sont élevées l’an dernier à plus de 113 millions de d’euros, soit 3 millions de plus que le budget adopté par les parlementaires.

Un rythme "sept fois supérieur à l’évolution du budget de l’Etat" pour René Dosière.
Et pour étayer ses affirmations de "manque de transparence", voire de "manipulations", ce dernier donne l’exemple de la dernière garden party du 14 juillet.

Celle-ci, contrairement à ce qu’avait rendu public l’Elysée, a bel et bien coûté plus cher qu’en 2007. Soit 7.050 invités contre 5.500, et 475.000 euros soit 13% de plus...

Dans le collimateur du rapport Dosière, également, les charges courantes, en hausse de 51% et qui ne sont pas détaillées, "contrairement aux engagements solennels" faits aux parlementaires. Des charges qui regroupent réceptions, alimentation, téléphone, courrier, carburants, électricité, entre autres.

Enfin, le député socialiste s’est dit impatient de recevoir, fin juillet, le rapport émanant cette fois de la Cour des comptes. Celle-ci doit en effet contrôler pour la première fois la régularité du budget de l’Elysée.

La Cour des Comptes épingle les dépenses de l’Elysée

Dans son rapport - une première, l’instance demande notamment à la présidence de la République de faire des économies sur les déplacements officiels.

Les dépenses et le budget de l’Elysée sont passés au crible tous les ans, par le rapport du député PS René Dosière.

Mais depuis le début de la Ve République, en 1958, c’est la première fois que la Cour des Comptes en fait l’objet d’un rapport officiel.

Dans son étude publiée aujourd’hui, celle-ci demande à la présidence de la République de faire des économies.

Sont particulièrement mis en avant les déplacements officiels. Mais l’instance demande également à l’Elysée d’améliorer ses procédures budgétaires et comptables...

Nicolas Sarkozy rembourse...

Egalement ciblée dans le rapport, la gestion immobilière de la présidence, comme le domaine de Souzy-La-Briche, dans l’Essonne, dont l’entretien coûte très cher et qui n’est presque pas utilisée...

L’Elysée a répondu à ces "critiques", comme cela est prévu dans le rapport, et s’est engagée à "poursuivre l’amélioration des procédures" et promet de "corriger certaines pratiques".

La Cour des Comptes critique, également, certaines dépenses liées à la communication, notamment les enquêtes d’opinion qui ont représenté 400.000 euros.

Enfin, on également pu apprendre que Nicolas Sarkozy avait remboursé lui-même 14.000 euros de dépenses considérées comme "privées".

Communiqués d’OpinionWay, et des journalistes du Figaro

COMMUNIQUE DE LA SOCIETE DES REDACTEURS DU FIGARO :

"La Société des Rédacteurs du Figaro a pris connaissance avec consternation du rapport de la Cour des Comptes relatif aux comptes de l’Elysée. Il apparaît que de nombreux sondages OpinionWay publiés, notamment, par le Figaro, sont commandités par la Présidence de la République et que certains sont expurgés avant d’être diffusés au grand public.

La Société des Rédacteurs demande à la direction du Figaro de mettre immédiatement un terme à ce type de "coproduction" qui nuit gravement à la crédibilité des titres du groupe. Il appartient au Figaro de choisir seul les instituts de sondage auxquels il commande des études, de déterminer avec eux les sujets de ces études et les questions posées à l’échantillon représentatif, et de publier les résultats in extenso assortis des commentaires des journalistes rédigés en toute indépendance.

Paris, le 17 juillet 2009
."

COMMUNIQUE D’OPINIONWAY :

"Suite à la publication par la Cour des Comptes de ses conclusions sur la gestion en 2008 des services de la Présidence de la République, OpinionWay tient à corriger les erreurs d’appréciation et à apporter les précisions et éclaircissements suivants.

OpinionWay réalise depuis le début de l’année 2007 une enquête hebdomadaire pour le compte de LCI et du Figaro. Cette prestation régulière fait l’objet depuis cette date d’une facturation par OpinionWay à LCI et au Figaro, et seulement à ces deux medias.

Par ailleurs, une autre prestation réalisée par OpinionWay est citée dans les conclusions de la Cour des Comptes. Cette prestation différente correspond à des questions confidentielles posées régulièrement dans l’enquête omnibus (enquête unique rassemblant des questions achetées par des clients différents, bénéficiant ainsi d’économies d’échelle) d’OpinionWay. Elle concerne également la commercialisation des tris détaillés par catégorie de population des résultats de nos enquêtes publiées, comme le font depuis longtemps la plupart des instituts d’études. Contrairement à ce que laisse entendre la Cour des Comptes, cette autre prestation ne correspond donc aucunement aux questions financées par LCI et Le Figaro.

Nous rappelons également qu’OpinionWay compte parmi ses clients des acteurs positionnés aussi bien à droite qu’à gauche (par exemple la Fondation TerraNova, la Fondation Jean Jaurès, le Conseil Régional d’Ile-de-France, la Ville de Paris, le Nouvel Observateur, le site Bakchich Info, etc.).

Nous nous réservons enfin le droit d’engager des procédures à l’encontre de tous ceux qui exprimeraient des propos à caractère diffamatoire sur OpinionWay.
"


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Barroso dans l’attente


Parlement européen. Les présidents de groupe n’ont pas encore convoqué le vote pour la présidence de la Commission en septembre.

Le sort de José Manuel Barroso n’est pas encore fixé. Le président sortant de la Commission européenne a, pour sa réélection, le soutien des vingt-sept chefs de gouvernement et de la principale formation du Parlement, le Parti populaire européen (PPE, auquel adhère l’UMP), ainsi que des conservateurs et réformistes (ECR, nouveau groupe formé notamment par les conservateurs britanniques).

Mais l’annonce officielle d’un vote en septembre n’a toujours pas été faite. Hier, juste avant la conférence des présidents du Parlement, le vice-président des socialistes, Hannes Swoboda, a annoncé que son groupe s’opposait à un vote en septembre, au motif que « selon que l’on soit sous le régime du traité de Nice (comme actuellement - NDLR) ou sous le régime du traité de Lisbonne (non ratifié par l’Irlande, l’Allemagne, la Pologne et la République tchèque - NDLR), on élit le président de la Commission d’une manière différente ».

Les socialistes réclament que le vote soit fixé après le vote des Irlandais sur le traité de Lisbonne, en octobre. Les Socialistes et démocrates (SD) et les centristes de l’Alliance des démocrates et - libéraux européens (ADLE) continuent de lui poser des questions sur son programme. Verts et Gauche unie européenne (GUE) s’y opposent.

Pour un nouveau plan de relance

Les socialistes réclament notamment de José Manuel Barroso « un nouveau plan de relance pour l’Europe », un « pacte européen pour l’emploi ».

Aligné sur la Confédération européenne des syndicats (CES), les socialistes réclament un « pacte de progrès social » qui dise « clairement que ni les libertés économiques ni les règles de la concurrence n’ont la priorité sur les droits sociaux fondamentaux ».

Ce qui n’empêche pas les socialistes de réclamer rapidement l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne qui pérennise cette orientation de l’Union européenne (UE).
La ADLE appelle, elle, à davantage d’intégration européenne.

Hier, les commissions parlementaires ont commencé à se réunir pour désigner leurs présidents. La Gauche unie européenne (GUE) n’en obtient qu’une, celle du Droit des femmes, qui revient à la Suédoise Eva-Britt Svensson.

Eva Joly, pour Europe écologie, devrait être élue lundi à la présidence de la commission du Développement tandis que José Bové hériterait de la vice-présidence de la commission de l’Agriculture.

Alors que doit être défini le nouveau cadre de supervision des marchés financiers, la commission des Affaires économiques reviendra à Sharon Bowles, libérale-démocrate britannique (ADLE, comme le Modem) et dont le mari travaille à la City.

En pleine tourmente financière en novembre, elle estimait qu’il y avait besoin « de plus de flexibilité du travail ». Au mois de mai, elle trouvait les règles européennes trop contraignantes pour les banques…

Sharon Bowles remplace la socialiste Pervenche Beres, qui prend la direction de la commission de l’Emploi et des Affaires sociales.

La commission des Pétitions revient à Erminia Mazzoni, berlusconienne. Pas rassurant quand on sait que des voix dans le gouvernement italien demandent une restriction du droit de référendum dans la Péninsule.

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Besoin de clarté à gauche


On a beau y être habitué, le procédé est toujours aussi détestable. La droite a profité du cœur de l’été pour commettre un mauvais coup qu’il lui avait été plus difficile de mener à bien en une autre saison : le travail dominical.

On savait le président de la République fort attaché à la fin de la reconnaissance d’un jour chômé pour l’ensemble des travailleurs, d’une césure où la famille se retrouve autour d’activités aussi improductives que le sport, la culture, le bonheur d’être ensemble entre générations. Un jour où les Français échappent à l’appel du tiroir-caisse, quel gâchis pour les groupes de la distribution !

À l’aune de la civilisation du tout-marchand, l’homme est à la fois travailleur et consommateur. Il faut pour cela que certains abandonnent leur dimanche à leurs semblables qui vont errer dans les allées des centres commerciaux. Au moment où la création et l’imagination font la fête à Avignon, les nouvelles qui nous parviennent du Palais-Bourbon ne nous sortent pas de la grisaille du libéralisme.

Nicolas Sarkozy est donc parvenu à réduire à résipiscence les voix qui, dans son propre camp, regimbaient jusqu’alors à entériner une proposition de loi qui concentrait contre elle nombre d’oppositions.

Mais attendre le lendemain du 14 juillet, alors que la moitié des salariés sont en vacances, pour venir à bout d’un dossier sur lequel il a échoué à trois reprises précédemment, c’est plutôt l’aveu des difficultés qui l’obligent à passer en force. Et pourquoi mettre tant de ténacité pour imposer un projet aussi impopulaire ?

Parce qu’il participe, comme le dénonce le groupe communiste et du parti de gauche au Sénat, qui va délibérer après le vote à l’Assemblée nationale, d’une entreprise d’ensemble de « détricotement du Code du travail ».

Le texte introduit en effet des discriminations entre les salariés, selon qu’ils opèrent dans des zones dites touristiques, où le travail dominical sera réputé de plein droit, c’est-à-dire sans possibilité pour les salariés de s’y refuser et sans augmentation de salaire, et les travailleurs du commerce et des services des périphéries des grandes métropoles.

Derrière ces éléments de discrimination, qui motivent la décision des députés socialiste de saisir le Conseil constitutionnel, la loi vise à banaliser le travail dominical et à supprimer les rémunérations supplémentaires auxquelles les salariés avaient droit jusqu’alors.

Pierre par pierre, le gouvernement démonte le modèle social français, auquel le président de la République avait fait référence dans son discours devant le Congrès de Versailles. Toute la question est aujourd’hui de savoir comment la gauche entend répondre à ces attaques et incarner une alternative véritable.

Du côté des communistes et de leurs partenaires réunis dans le Front de gauche, le message adressé pour la première fois, lors des élections européennes, ne souffre pas d’ambiguïté : la gauche doit se rassembler sur des objectifs de transformation. Le contexte de crise du capitalisme et des politiques libérales devrait être favorable aux forces qui veulent changer de politique.

Mais le Parti socialiste, en dépit d’une posture d’opposition à Sarkozy, reste illisible sur la nature de ses propositions. Dernier en date, son soutien officiel, dans le cadre du PSE, au consensus avec la droite autour de l’élection du président conservateur du Parlement européen n’est pas fait pour dissiper les doutes dans le peuple de gauche.

Martine Aubry est fondée à blâmer Manuel Valls, dont l’opposition au pouvoir UMP s’est sensiblement émoussée, mais cela ne saurait suffire pour apporter les éclaircissements attendus.

Face à l’offensive relancée par la droite depuis les élections européennes, la gauche sera-t-elle capable d’accomplir sa mission historique, construire une alternative politique à la hauteur, faute de quoi, alerte Marie-George Buffet dans une lettre à son homologue socialiste, « l’opposition populaire risque d’être condamnée à l’impuissance ».

La gauche ne peut s’unir que sur la clarté de ses choix.

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Courez ! Si vous voulez du boulot !


Courez ! C’est l’injonction faite aux chômeurs par la direction du travail d’Indre-et-Loire pour se "distinguer" auprès des employeurs. Une course de 10 kilomètres aux côtés des chefs d’entreprise de la région sera organisée fin septembre.

Jamais l’expression « courir après un job » n’aura été aussi palpable. En Indre-et-Loire, la direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (DDTEFP) vient de lancer un nouveau concept : faire courir, de concert, professionnels de l’insertion et demandeurs d’emploi dans le but de trouver un job à ces derniers.

« Mon idée repose sur le mélange des chercheurs d’emploi et des différents acteurs des services qu’ils côtoient au quotidien », explique Sylvie Siffermann, directrice départementale du travail. « Pour préparer une compétition sportive, on utilise les mêmes moteurs et les mêmes leviers que pour une recherche d’emploi. » Si l’idée de départ est louable, la forme, elle, fait bondir les associations de défense des chômeurs. « Et vive la compétition, les gagnants auront peut-être droit à une médaille, une prime, ou un emploi ? » s’interroge ainsi un militant d’AC ! sur le site Internet de l’association. « Cette mise en scène des chômeurs me fait penser aux marathons organisés aux États-Unis, au début des années 1930 pendant la crise économique. » Une comparaison que les intéressés réfutent.

« Dans ce projet, les parrains issus du monde de l’insertion sont là pour accompagner leurs filleuls », insiste Hervé, chef d’une entreprise locale. « L’idée n’est pas de dire que celui qui court le plus vite gagnera un emploi. » Selon Alain et Jannyk, deux « filleuls », la cinquantaine et tous deux au chômage depuis plusieurs mois, ce projet pourrait leur permettre de se faire connaître. « Les entraînements sont l’occasion de sortir de chez soi, de voir du monde, d’éviter le piège des cafés. Et là, au moins, on court après quelque chose. » Et c’est bien ce « courir après quelque chose » qui coince.

« Aujourd’hui, c’est une course d’une dizaine de kilomètres », relève Laurent, avec inquiétude. Cet ancien Tourangeau d’une quarantaine d’années sort tout juste d’une longue période de chômage. Il a milité plusieurs années dans des collectifs syndicaux et associatifs d’aide aux chômeurs. Selon lui,etmêmes’il comprend les motivations des organisateurs, la solution ne peut passer par ce spectacle. « Ce qu’il faut, cesont des moyens àéchelle nationale. Vous aurez beau faire faire aux chômeurs le tour du monde en quad, en planeur ou avec des pois sauteurs, s’il n’y a pas d’emplois à la clé, ça ne sert à rien ! »

Sylvie Siffermann insiste sur la complémentarité des dispositifs mis en place ou existant : « Dans ce projet, il y a le volet sport et le volet emploi. Toute opération est critiquable, certes, mais ce que nous cherchons c’est l’insertion sur le marché de l’emploi. » « Il ne faut pas perdre de vue que c’est d’abord une volonté du demandeur d’emploi de s’inscrire dans ce projet », poursuit William, parrain et cadre dans une structure d’insertion.

« Quand un chômeur veut trouver un job, il est prêt à tout, rétorque Laurent. Un gars qui rame depuis plusieurs mois ou plusieurs années ne va pas refuser de s’inscrire dans une course, même si, physiquement, il a du mal à suivre. » Hervé, qui vient, avec ses amis, d’achever un troisième tour de chauffe, trouve le projet fédérateur. « La préparation à ces 10 kilomètres, c’est une vraie dynamique. Nous menons deux projets de front. L’un sportif, l’autre autour de l’emploi. Et ces rencontres qui nous changent des relations classiques du Pôle emploi ne peuvent être que bénéfiques pour les filleuls, ne serait-ce qu’au travers des connexions qui vont leur permettre, nous l’espérons, de retrouver plus rapidement un travail. »

Tous promettent que l’esprit des Foulées survivra au 27 septembre, date de la compétition sportive pour laquelle se préparent parrains et filleuls. « Ce que nous voulons essentiellement, c’est qu’ils retrouvent un travail, pas qu’ils finissent la course », explicite Michel, responsable dans une compagnie d’assurance. Dans l’entraînement, il n’y a pas de hiérarchie entre un chef d’entreprise et un demandeur d’emploi », insiste-t-il. « De cela, je n’en suis pas si sûr, corrige Laurent. Quand les uns courent pour le fun, et les autres pour survivre, les rapports sont viciés. D’autant que, dans ce cas précis où des chômeurs courent avec des chefs d’entreprise potentiellement recruteurs, vous imaginez l’envie de séduction… »

En parallèle à ces Foulées, des rencontres sont programmées avec les représentants du MEDEF local « pour trouver des trucs et astuces concrets », comme le précise Sylvie Siffermann, ainsi qu’avec les services de la chambre de commerce et d’industrie et de la chambre des métiers et de l’artisanat d’Indre-et-Loire.

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Une épidémie médiatique


Comment fonctionne un adolescent vis-à-vis des médias aujourd'hui ?
La banque américaine Morgan Stanley a demandé à l'un de ses stagiaires, Matthew Robson, de plancher sur le sujet.
Matthew est un garçon de 15 ans. Et il a rédigé son enquête à partir de ses propres habitudes et de celles de ses copains.

"L'information tient de l'anecdote, écrit Cécile Ducourtieux dans Le Monde. Mais elle est révélatrice du désarroi dans lequel se trouvent les professionnels des médias face aux nouveaux modes de consommation issus d'Internet".

Alors qu'apprend-on dans l'enquête de Matthew ? Eh bien, que les jeunes délaissent les médias traditionnels et qu'ils sont accros aux nouveaux, mais peu enclins à payer.

La radio ? Ils l'écoutent pour la musique, mais de moins en moins : ils préfèrent les sites où ils peuvent constituer leurs propres listes de titres.
Mais plus surprenant, pour ceux qui sont un peu plus âgés... quoique... Ils n'ont jamais acheté de CD. Ils passent leur temps à télécharger illégalement.
La télé ? C’est juste pour les séries. Les journaux papier ? Ce n'est rien que les gratuits.

L'histoire ne dit pas si leur comportement changera quand ils seront entrés dans la vie active. En tout cas, une chose est sûre : ils ne semblent pas percevoir la valeur des biens, conclut un des analystes de Morgan Stanley.

En revanche, vous ne pourrez pas les coller sur la valeur d'une note...

C'est à découvrir à la Une du Figaro. Des centaines de notes auraient été attribuées à tort pour le Bac de français. Cela concerne surtout les grands lycées parisiens.

Des premiers de la classe qui ont 4 ou 5 sur 20, et des cancres dotés de notes exceptionnelles. Ca la fiche mal, surtout quand on vient des prestigieux lycées Henri-IV, Louis-le-Grand ou Stanislas.

Plus étonnant, deux lycéens ont été marqués comme absents alors qu'ils avaient émargé la feuille de présence.
Que s'est-il passé ? D'après le SIEC (la Maison des Examens d'Ile-de-France), il y aurait eu un problème de saisie, un décalage entre les lignes. Ce n'est pas le fait d'enseignants qui auraient sacqué des élèves au nom d'un militantisme anti-élite. Nous voilà rassurés...

"De toute façon, écrit Agnès Leclair, toujours dans Le Figaro, les notes suspectes ont été découvertes sur Internet. Or, il s'agit de notes provisoires. Le résultat considéré comme officiel est celui imprimé et envoyé par courrier aux lycéens."

La grippe A, virus médiatique... Les nouveaux cas font la Une de la presse, ce matin...

"Alerte à Ambleteuse", titre La Voix du Nord à sa Une, qui recense trois cas suspects dans un village-vacances.

La Croix, de son côté, dresse le bilan de la pandémie en France et dans le monde. "Le virus ne faiblit pas, comme s'il ne pouvait plus être arrêté", écrit Thomas Vampouille.

"Les services de santé constatent par ailleurs une augmentation du nombre de pays présentant une transmission communautaire. Comprenez : sans lien avec le cas importé. Du coup, les pouvoirs publics de chaque pays mettent en place des stratégies pour freiner la contagion".

"Le pire n'est pas toujours sûr, explique Michel Kubler, mais il ne faut jamais totalement l'exclure. Le défi, c'est de savoir conjuguer réalisme et sérénité.

En Grande-Bretagne, on a choisi la stratégie du pire, c'est-à-dire les prévisions alarmistes. On peut les découvrir dans The Guardian ou encore dans The Daily Mail ce matin.

"La grippe pourrait tuer plus de 65.000 personnes en Grande-Bretagne, et jusqu'à 350 personnes par jour quand elle aura atteint son pic".

La moitié des enfants seraient infectés. Un employé sur huit serait en arrêt-maladie.

"On peut dire ce qu'on veut, mais jamais on aura vu épidémie aussi médiatique", reprend Daniel Ruiz dans La Montagne.

"Et vlan !", ironise François Martin dans Le Midi Libre. "Une bonne grippe, et un milliard d'euros dans la poche des industries pharmaceutiques ! Les marchands de peur se frottent les mains. Les mouches ont changé d'âne.

Nous avions, dit-il, eu droit au bug informatique de l'an 2000, puis au trou dans la couche d'ozone, le réchauffement climatique, les tsunamis, la grippe aviaire... Oublié, le chikungunya. Et les coups de soleil ? Le principe de précaution s'est taillé la part du lion dans nos lois et nos conduites. Nous voilà bien dressés à avoir peur... même de notre ombre".

"Des milliers de morts, des enlèvements... Ces opérations étaient censées être des méthodes efficaces dans le combat contre les rebelles"...

Dans un reportage publié ce matin par The Independent, Natalia Estemirova raconte les violations des droits de l'homme en Tchétchénie. Raconte, ou plutôt racontait...

Son reportage est en fait extrait d'un article écrit en août 2008, mais qui n'a jamais été publié.

"Depuis sa tombe, cela ressemble à une prémonition de la répression tchétchène", écrit The Independent.

Parce que "la vérité tue", écrit Jean-Claude Kiefer dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace. "'La Russie est grande, et le tsar est loin', dit une maxime russe. Imputer le meurtre de la militante des droits de l'homme à des ordres venus d'en haut n'a finalement aucun sens.

Dans les sphères du pouvoir, à Moscou ou à Grozny, les comptes se règlent à coups de millions ou avec des procès-spectacles à la Khodorkovski, pas avec des commandos de tueurs. Voilà pourquoi les indignations de Medvedev ont quelque chose de sincère. Les assassins sont ailleurs.

En fait, explique Jean-Claude Kiefer, en Russie, il y a des régions qui sont plus grandes que la Suisse et la Belgique réunies. Et sur place, le petit tsar est bien plus puissant que le vrai tsar".

Page 9 de Libération, Hélène Despic-Popovic a une autre analyse. "C'est le retour de la peur en Russie.
D'abord, on baillonne les médias qui accueillent les voix dissidentes.
Puis on tue les plumes qui portent ces voix.
Ensuite, on s'en prend aux personnes qui veulent permettre aux victimes de se faire entendre.
Et enfin, on tue ceux qui, par leur enquête minutieuse, montrent que le roi est nu.

Natalia Estemirova était une des dernières journalistes russes à écrire sur la Tchétchénie et à dénoncer la brutalité du nouvel homme fort de la région, le pro-russe Kadyrov".

Un match de poids-lourds pour terminer cette revue de presse...

C'est un vrai choc des Titans que nous proposent Les Inrock et Le Nouvel Obs : Marc Lévy - Guillaume Musso.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore, ce sont les deux écrivains qui actuellement vendent le plus sur le marché du livre, et dont on dénonce les romans un peu faciles.

"Bien sûr, écrit Raphaëlle Leyris, des Inrock, jamais le petit milieu médiatico-parisien ne sera capable de comprendre. Pourquoi ? Parce que lui, le microcosme blablabla, ne fait rien qu'à ricaner, à condamner d'avance ceux qui réussissent et à réserver la littérature à une élite. Résultat : Musso et Lévy, pauvres bichons millionnaires, se plaignent d'être atrocement méprisés.

Pourtant ils travaillent beaucoup pour écrire leurs livres. '17 heures par jour', dit Marc Lévy. Musso, lui, passe des semaines sur le squelette de son roman avant de passer à l'écriture".

"Leurs personnages dégoulinent d'ode à l'humanité. Dans 'Le premier jour' (le Lévy donc), Adrian est un astrophysicien merveilleux mais célibataire. Dans 'Que serai-je sans toi' (de Musso), Martin est un flic de choc au super-grand coeur. Il y a aussi des intrigues, de l'amour et des vraies questions métaphysiques".

Grégoire Leménager, dans Le Nouvel Obs, tente d'arbitrer leur écriture. "'Le premier jour' de Lévy ? Une romance sirupeuse, où le hasard fait toujours bien les choses. C'est un précis de morale de supérette, qui nous enseigne que 'l'enfant qu'on a été reste à jamais en soi', que 'l'amitié ne se construit pas sans preuves de confiance' (c'est dans le livre). Plus débile, tu meurs", écrit le journaliste.

"Guillaume Musso, lui, avec son titre 'Que serai-je sans toi', laisse craindre le pire. Finalement, on est assez surpris. Comparé à Lévy, c'est quasiment du Victor Hugo. Il y a du rythme et une intrigue digne de TF1.

Par chance, Musso veille au grain en tartinant d'interminables dialogues sur la vérité de la passion. 'L'amour, c'est comme un feu un jour de pluie : tu dois tout le temps le protéger, sinon il s'éteint'".

"Promis, c'est authentique", reprend Raphaëlle Leyris. "Promis aussi : on ne s'infligera plus jamais ces tombereaux de sottises juste pour vérifier qu'on n'a pas jugé leurs auteurs trop vite".

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Les syndicats interpellent les sénateurs pour le travail dominical


Les syndicats ont déploré jeudi le vote par les députés du texte sur le travail dominical, la CGT exigeant des "garanties nouvelles" pour les salariés, FO et la CFTC évoquant une loi "idéologique", tous interpellant les sénateurs appelés à se prononcer la semaine prochaine.

Pour la CGT, dans un communiqué, "les députés de la majorité démontent le repos dominical au pas de charge", et ce "contre l'avis largement majoritaire des salariés, des retraités, des populations". Le syndicat a recueilli 160.000 signatures à sa pétition contre la "généralisation" du travail du dimanche.

Selon la zone géographique concernée et "pour le même travail, les compensations" seraient "différentes, voire inexistantes dans certains cas", a observé la CGT, qui a appelé "l'ensemble de la population à se mobiliser pour refuser l'extension du travail du dimanche".

D'après la CFTC, dans un communiqué, "les promesses qui avaient été faites, comme le doublement du salaire le dimanche, ont été rangées au magasin des accessoires inutiles".

La centrale syndicale chrétienne a déploré "qu'aucune étude d'impact préalable n'ait été effectuée" et a espéré "que la majorité sénatoriale se montrera moins idéologue, plus ouverte et protectrice des droits des salariés et de la qualité de vie française que la minorité de parlementaires qui a voté la loi Mallié".

Enfin pour FO commerce, "cette loi comporte tant de dispositions contraires aux salariés en termes de conditions de travail, de différences de traitements (salaires, volontariat), d'emploi, que le plus sage serait de la supprimer".

L'Assemblée nationale a adopté mercredi la proposition de loi Mallié (UMP) autorisant l'ouverture des magasins le dimanche dans les communes "d'intérêt touristique" ou thermales, ainsi que dans les grandes zones commerciales des agglomérations de Paris, Lille et Marseille. Le texte doit être examiné par le Sénat à partir du 21 juillet.

Aucune modification du Sénat en commission

La commission des Affaires sociales du Sénat n'a apporté, jeudi, aucune modification à la proposition de loi UMP sur le travail du dimanche déjà adoptée par l'Assemblée nationale, a-t-on appris auprès de la commission.

Cela augure un vote du Sénat, en séance, conforme à la version adoptée mercredi par les députés, ce qui rendrait son adoption par le parlement définitive.

Seuls 7 amendements avaient été déposés en commission des Affaires sociales, sept du groupe communiste et du parti de gauche (CRC-SPG) et un du centriste Yves Pozzo di Borgo. Ils ont tous été rejetés.

Le texte viendra en discussion en séance à partir de mardi 21 juillet. Les sénateurs socialistes ont dit qu'ils déposeraient "uniquement des amendements de fond" pour manifester leur opposition à la proposition et qu'ils n'entendaient pas jouer la montre".

Voulu coûte que coûte par Nicolas Sarkozy malgré les réticences de sa majorité, le texte du député Richard Mallié a été voté par l'Assemblée nationale mercredi après trois échecs - dont l'un en décembre 2008.

La dernière version se veut plus restrictive: maintien à cinq du nombre de "dimanches des maires" (ouverture sur décision des maires) et légalisation - avec contreparties pour les salariés - des ouvertures dominicales pratiquées dans une quinzaine de zones commerciales autour de Paris, Lille et Marseille mais pas Lyon où de nombreux élus y sont hostiles.

Le texte élargit cependant les possibilités de dérogations aux zones et communes "d'intérêt touristique" ou thermales. Selon l'opposition, c'est une première "brèche" ouvrant voie à une généralisation
du travail dominical.

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Menace à la bombonne de gaz gagnant chez JLG


Pour les salariés de JLG, la menace de faire sauter des bouteilles de gaz sur le site de production a permis aux négociations d'aboutir.

Les salariés de l’entreprise JLG de Tonneins, dans le Lot-et-Garonne, en grève depuis trois semaines, vont pouvoir reprendre le travail. Après avoir posé, puis retiré des bouteilles de gaz sur le site à l’exemple des salariés de New Fabris à Châtellerault, ils ont obtenu les 30.000 euros d’indemnité qu’ils demandaient pour 53 d’entre eux qui doivent être licenciés en septembre.

C’est vers minuit que les négociations ont fini par aboutir. La solidarité des salariés de JLG, à Tonneins, dans le Lot-et-Garonne, a fini par payer. Ils ont obtenu les indemnités qu’ils demandaient pour leurs 53 collègues qui doivent être licenciés au mois de septembre.

Ils ont réussi à décrocher 25.000 euros et un congé de reclassement, ou 30.000 euros en cas de renoncement à ce congé.

Le prix à payer pour une victoire sur des départs corrects en licenciement est tout de même amer : trois semaines de conflit pour en arriver là, et une radicalisation que beaucoup regrettent. A l’exemple des salariés de New Fabris, dans la Vienne, ils ont en effet dû recourir à la menace pour faire plier la direction. Ils ont sorti des bombonnes de gaz hier, menaçant de faire sauter du matériel - des nacelles élévatrices - sur le site de production.

Ils ont finalement rapidement rangé ces bouteilles et les négociations ont pu commencer.

Ces salariés ne peuvent que regretter le départ de leurs 53 collègues, qui risquent de mettre un à deux ans avant de retrouver un emploi, et quel emploi ?

Les JLG espèrent tout de même que leur conflit servira de leçon, et qu’à l’avenir, les salariés n’aient plus besoin de recourir à des moyens extrêmes pour obtenir des indemnités de licenciement décentes.

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Le Conseil constitutionnel rejette le recours contre la loi hôpital


Le Conseil constitutionnel a rejeté jeudi le recours contre la loi hôpital, définitivement adoptée le 24 juin par le Parlement, et qui avait été déposé par le groupe socialiste à l'Assemblée nationale ainsi que les sénateurs PS, communistes et du parti de gauche (CRC-SPG).

"Des griefs étaient formulés à l'encontre de huit articles. Tous ces griefs ont été rejetés", indique le Conseil constitutionnel dans un communiqué.

Le Conseil a notamment rejeté le grief dirigé contre la participation des établissements de santé privés à l'accomplissement de missions de service public, qui était au cœur de la loi.

"Il appartiendra à l'agence régionale de santé de veiller, en définissant les modalités de cette participation et en la coordonnant avec l'activité des établissements publics de santé, à ce que soit assuré l'exercice continu des missions du service public hospitalier pris dans son ensemble", a-t-il rappelé.

Il a aussi rejeté le grief dirigé contre les règles de nomination de personnes n'étant pas fonctionnaires aux emplois de directeur d'établissement public.

"Néanmoins, il a jugé, d'une part, qu'il appartiendra au pouvoir réglementaire de fixer les règles de nature à garantir l'égal accès des candidats à ces emplois et, d'autre part, qu'il appartiendra aux autorités compétentes de fonder leur décision de nomination sur la capacité des intéressés à remplir leur mission", souligne le communiqué.

Par ailleurs, le Conseil constitutionnel a examiné d'office diverses dispositions de la loi qu'elle a censurées. Six articles qui mettaient en place des expérimentations sans en fixer la durée sont concernés.

Un article modifiant le nom de l'École nationale supérieure de sécurité sociale a été censuré comme constituant un "cavalier législatif", c'est-à-dire dépourvu de tout lien avec la loi.

Un dernier article censuré porte sur la certification des comptes des établissements publics de santé.

Le projet de loi "Hôpital patients, santé et territoires" de Roselyne Bachelot (Santé) comprend quatre grands volets: gouvernance de l'hôpital, accès aux soins, prévention et santé publique, création des Agences régionales de santé (ARS).

Les signataires du recours, plus de soixante députés et plus de soixante sénateurs, demandaient l'invalidation de plusieurs "cavaliers législatifs", introduits selon eux dans le texte initial.

Le texte final comprend "quatre fois plus de dispositions que le projet de loi initial", écrivaient-ils.

Après une forte mobilisation du milieu médical, de nombreuses dispositions avaient été ajoutées au texte voté par les députés, durant son examen au Sénat.

Ils contestaient en outre la validité d'un "objet législatif non identifié voté par l'Assemblée Nationale selon une procédure constitutionnelle différente de celle applicable au moment de son examen par le Sénat".

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En Bolivie, la gauche se nourrit du bicentenaire de l’Amérique Latine


Autour d’Hugo Chavez et d’Evo Morales, la gauche d’Amérique latine célébrait jeudi à La Paz une première vague de soulèvements, il y a deux cents ans, menant aux indépendances sur le continent.

Les célébrations, comme les jours précédents, devaient être marquées de messages de soutien des dirigeants « bolivariens » au président Manuel Zelaya destitué au Honduras : dernier front, selon eux, du bras de fer avec « l’empire », comme le Bolivien Morales a encore qualifié Washington cette semaine.

« Il n’est pas possible », a-t-il déploré, « qu’en ce nouveau millénaire il y ait encore des coups d’Etat provoqués par de petits groupes ou agents externes ». Outre les présidents Chavez (Venezuela), Rafael Correa (Equateur), Fernando Lugo (Paraguay), des ministres de plusieurs pays latino-américains assistaient aux festivités, dont une parade militaire multinationale, des défilés de communautés indiennes, paysannes.

La venue à La Paz de Zelaya a été évoquée par des médias boliviens, mais démentie par le gouvernement. Mais le droit à « l’insurrection » comme celle à laquelle Zelaya a appelé cette semaine la population du Honduras, était au cœur des références à La Paz.

Bolivar le libérateur Les cérémonies y sont centrées autour du bicentenaire d’un soulèvement, le 16 juillet 1809, dont le héros Pedro Domingo Murillo fut pendu par les forces de la couronne espagnole en 1810.

La Bolivie ne conquit l’indépendance qu’en 1825 grâce à l’armée de Simon Bolivar. Mais elle n’a pas attendu ce bicentenaire-là pour commémorer les premiers « gritos » (cris) de liberté : des rébellions locales, souvent éphémères, qui allaient déclencher une vague de soulèvements, onde de choc jusqu’aux premières indépendances (Colombie, Argentine de facto, 1810).

Fin mai, c’était un autre soulèvement à Sucre (sud) – engendrant une micro-république de quelques mois – que le gouvernement bolivien a célébré. Son héroïne d’alors, l’Argentino-Bolivienne Juana Azurduy, devait être hier promue « générale » à titre posthume.

Et lundi, Morales montait à cheval à Patacamaya, à 100 km de La Paz, pour une autre commémoration.

La référence à la libération est constante chez Morales, au pouvoir depuis 2006, qui a inscrit son projet politique dans la « refondation » post-coloniale de la Bolivie.

Et a appelé récemment les peuples amérindiens – dont les Aymaras dont il est issu – à réaliser la « deuxième et
définitive indépendance de l’Amérique ».

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Une junte prête à tout pour garder le pouvoir en Guinée-Conakry


Par Mamadou Aliou Diallo (Wal Fadjri)

En prétendant que des troupes étrangères s’apprêtent à envahir le pays, les hommes au pouvoir voudraient bien détourner l’attention du peuple des élections prévues à la fin de l’année.

Les services de sécurité sénégalais n’ont décelé aucune présence de personnes suspectes à la frontière entre le Sénégal et la Guinée. Ils apportent ainsi un cinglant démenti aux déclarations de la junte militaire guinéenne qui avait fait état, le 12 juillet, de la présence de troupes en Casamance [le Conseil national pour la démocratie, organe représentatif de la junte, affirme avec informé les “pays concernés” que l’armée guinéenne se réserverait le droit de poursuite jusqu’à l’intérieur de leurs territoires en cas d’attaque]. Le chef de la junte accuse les cartels de drogue de vouloir envahir la Guinée à partir du Sénégal, de la Guinée-Bissau et du Liberia.

Le président sénégalais Abdoulaye Wade a démenti, le 13 juillet, la présence de troupes à la frontière entre le Sénégal et la Guinée à travers un communiqué de presse, lu sur les ondes de la RTS [Radio-Télévision sénégalaise]. Le chef de l’Etat a qualifié de dénuées de fondement les informations faisant état de préparatifs d’attaque contre la Guinée à partir du territoire sénégalais. Cette déclaration intervient après que les services de sécurité sénégalais eurent effectué des vérifications et des recoupements sur une éventuelle présence d’individus suspects dans la zone frontalière entre les deux pays. “Elles ont permis d’aboutir à la conclusion qu’aucune troupe n’était massée à notre frontière avec la Guinée. Par conséquent, ces informations sont totalement erronées et dénuées de tout fondement”, précise le communiqué. Ce démenti apparaît ainsi comme un revers diplomatique pour la junte militaire guinéenne, qui tente ainsi d’accréditer la thèse d’un complot pour justifier le report des élections législatives et présidentielle prévues à la fin de l’année. Il constitue aussi un revers personnel pour le capitaine Dadis Camara, qui avait jusque-là bénéficié d’un soutien diplomatique de la part du président Wade.

Le chef de l’Etat sénégalais est l’un des rares personnalités étrangères à avoir effectué une visite en Guinée après la prise du pouvoir par l’armée. Ce voyage avait été mal ressenti par certains responsables politiques guinéens. Ils n’avaient pas manqué de manifester leur irritation devant ce qu’ils considéraient comme un encouragement à la prise du pouvoir par la force. La junte militaire, qui est actuellement soumise à une forte pression sur les plans intérieur et extérieur, cherche visiblement à tromper les Guinéens. Le capitaine Camara, qui s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs, ne fait que déterrer les vieilles méthodes bien connues des Guinéens. Sékou Touré [au pouvoir de 1958 à 1984] et Lansana Conté [de 1984 à 2008] avaient réussi à se maintenir au pouvoir grâce à ces méthodes. Mais, aujourd’hui, personne n’est dupe. Le général Conté, qui avait pris le pouvoir après la mort de Sékou Touré, avait promis de partir dès qu’il aurait redressé la situation économique catastrophique dans laquelle se trouvait alors la Guinée. Et il est resté vingt-quatre ans au pouvoir. Le capitaine Dadis Camara [lors du décès de Lansana Conté, il a pris le pouvoir à l’issue d’un coup d’Etat], qui est arrivé pratiquement dans les mêmes conditions à la tête du pays, ne partira pas facilement non plus. Cette menace de menées subversives contre la Guinée n’est en réalité qu’une diversion.

La junte cherche tout simplement à gagner du temps en empêchant la tenue des élections. Elle vise, à travers, cette menace supposée, à occuper les militaires tout en les éloignant de la capitale, Conakry. Ce qui permet au chef de la junte et à ses principaux lieutenants d’éliminer tout risque de coup d’Etat militaire tout en justifiant, aux yeux, de la communauté internationale, le report du scrutin. Mais, aujourd’hui, les Guinéens ne croient plus aux discours guerriers ni à une menace émanant des pays voisins.

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Martine Billard, « Pourquoi je quitte les Verts »


MARTINE BILLARD, députée des Verts du centre de Paris, a rejoint le Parti de gauche

Figure historique des Verts, Martine Billard, l’un des deux députés écologistes de la capitale (avec Yves Cochet), a décidé de quitter son parti.


Motif : son désaccord avec la ligne de Daniel Cohn-Bendit. L’élue des quatre premiers arrondissements a rejoint le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon.

Mais pourquoi quitter les Verts au moment où les écologistes reprennent du poids grâce au bon score des européennes ?

Après seize ans de militantisme, cela faisait des mois qu’elle ne se sentait plus à l’aise chez les Verts. Le score des européennes n’y change rien, c’est une question de conviction : la campagne de Daniel Cohn-Bendit vise à occuper le centre.

C’est cohérent mais elle ne s’y reconnait pas, elle milite depuis toujours pour un parti écologiste résolument de gauche. Longtemps elle a pensé pouvoir modifier cet équilibre en interne, mais, là, ce n’est plus possible. Les minorités ont de moins en moins de liberté d’expression chez les Verts.

« Mes électeurs le savent, je ne change pas d’orientation »

Les Verts ne sont plus assez à gauche selon elle-même si elle s’en défend.
En effet, elle ne dirait pas cela mais ils sont trop préoccupés par les questions environnementales et sociétales, et pas assez des vraies questions sociales. La campagne a fait l’impasse sur les classes populaires, ces gens qui touchent à peine le smic et qui ont de plus en plus de difficultés à vivre.

Comme les Verts sont antiproductivistes, ils négligent la question ouvrière. Or il n’y a pas que l’environnement à défendre dans le monde.

Elle a été élue députée des Verts il y a deux ans. Ce changement de parti n’est pas pour elle une trahison de votre électorat. Même pas du tout.

En 2007, elle a été élue au second tour grâce au rassemblement de toutes les forces de gauche. Ses électeurs le savent, elle ne change pas d’orientation.

A Paris, les Verts ont eu raison de se présenter au premier tour des municipales contre Bertrand Delanoë. Elle est résolument pour une stratégie d’autonomie, y compris pour les prochaines régionales.

En 2008, les Verts avaient fait un mauvais score, c’est comme ça, c’est la démocratie. Ils avaient peut-être trop centré la campagne sur la circulation automobile. Il n’y a pas que ça comme enjeu dans la ville. Elle est pour une baisse de la circulation, mais il ne faut pas être extrême. Les artisans et les commerçants ont, par exemple, des arguments légitimes sur leur droit à travailler et à pouvoir stationner.

Ne fait-elle pas une croix sur votre avenir politique ?

Son avenir n’a pas grande importance. Elle ne fait pas ça par intérêt mais par conviction. Sinon, on ne ferait plus de la politique que pour avoir des postes. Et puis aux prochaines législatives, en 2012, elle sera députée depuis dix ans, elle approchera de la soixantaine, il faut laisser la place aux autres !

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Sacré attelage PS-Modem-Verts en contre à Aix-en-Provence


Un sacré front anti-Maryse Joissains sans projet pour la ville va tenter dimanche de ravir la mairie d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) à l’UMP, au second tour d’une élection municipale partielle d’enjeu national après l’annulation du scrutin de 2008, et qui s’annonce serrée.

Au premier tour le 12 juillet, la députée-maire sortante a obtenu 43,31% des voix, progressant de près de 10%, contre 34,08% à l’alliance PS-MoDem d’Alexandre Medvedowsky et François-Xavier de Peretti, et 11,31% pour la liste "Aix-Ecologie" (Verts, Parti occitan) emmenée par Hervé Guerrera.

Les résultats ouvraient la voie à une triangulaire a priori favorable à Maryse Joissains, réélue en 2008 au second tour contre Medvedowsky et de Peretti, alors adversaires. Mais l’opposition a retenu la leçon et rassemblé ses forces.

Au tandem PS-MoDem, imposé au premier tour par la puissante fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, se sont donc ajoutés les Verts qui ont fusionné leur liste avec celle d’Alexandre Medvedowsky pour le second tour.

Cette triple alliance a aussi l’aval du candidat divers droite Stéphane Salord, à l’origine du recours contre l’élection de 2008 et qui a obtenu 7,08% des suffrages au premier tour. De son côté,le Parti communiste a appelé "à se mobiliser pour battre la droite de Maryse Joissains et de Nicolas Sarkozy", bien que la liste "Aix à gauche" (PCF, NPA, Parti de gauche) n’ait pas donné de consigne de vote. Elle a obtenu 4,21% des voix au premier tour.

Menacée par ce front commun qui dépasse potentiellement les 50% au vu des scores du premier tour, Maryse Joissains a reçu les soutiens du ministre Jean-Louis Borloo pour le Parti radical et de cadres de l’UMP : Jean-François Copé, Xavier Bertrand et Gérard Longuet ont même fait le voyage à Aix pour l’épauler.

Alexandre Medvedowsky dit "n’avoir besoin de personne" pour épauler sa liste "Tous ensemble pour Aix" et ne voit là qu’une "bouée de sauvetage" pour "sauver le soldat Joissains". S’il est élu, il devra compter sur les trois principales tendances pour gérer la ville, les socialistes ayant 19 candidats en position éligible sur sa liste, contre 15 au MoDem et 8 aux écologistes.

Les quelque 80.000 électeurs de la deuxième ville du département dont moins de la moitié a voté au premier tour organisé en plein été, trancheront dimanche sous étroite surveillance des appareils politiques du pays.

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Aubry fragilisée par l'affaire Valls et le rejet de sa "maison commune"


Huit mois après sa courte victoire au congrès de Reims, Martine Aubry se retrouve fragilisée par son bras de fer avec Manuel Valls et les fins de non-recevoir des anciens partenaires de la gauche plurielle à sa proposition de "maison commune".

Le député-maire d'Evry (Essonne), qui entend rester "fidèle" à sa famille politique, a fait fi de l'ultimatum lancé mardi par la première secrétaire lui sommant de rentrer dans le rang ou de partir. "Quel que soit le prix à payer", "je ne serai pas le silencieux complice de l'aveuglement", a-t-il asséné mercredi, avant de juger que son exclusion n'avait "aucun sens". "Le Parti socialiste n'a jamais exclu quelqu'un pour délit d'opinion".

La position de Mme Aubry face à ce défi n'est pas connue. Mais l'eurodéputé Gilles Pargneaux, son conseiller, évoque des sanctions si Valls "ne joue pas le jeu du collectif".

"L'acte d'autorité de Martine Aubry vise aussi à montrer à tous ceux qui auraient envie de continuer les petites phrases que ce n'est pas notre intérêt commun", juge le premier secrétaire fédéral du Nord pour qui Manuel Valls a "dépassé les bornes".

Acte d'autorité diversement perçu à la direction. Razzy Hammadi, secrétaire national (services publics), "d'accord sur le fond", émet des réserves sur la forme qui aurait mérité "plus de préparation et d'échanges".

"Eviter qu'il y ait des cacophonies, c'est légitime, c'est le rôle d'un premier secrétaire. Un coup de force quand on est faible, c'est un acte de faiblesse", juge un cadre pour qui Mme Aubry "joue sa musique solitaire".

"Idem pour la lettre aux partenaires de la gauche, c'est la bonne direction, il faut être unitaire" mais "on n'envoie pas une lettre comme cela sans" s'être assuré avant d'un minimum d'accord des destinataires, poursuit-il.

Mme Aubry a reçu des réponses mitigées de tous les partis de gauche sollicités. Dernière en date, celle de Jean-Pierre Chevènement (MRC) qui a jugé "imprécis" les contours de la "maison commune" prônée par Mme Aubry, qualifiée de "passéiste" par Daniel Cohn-Bendit (Europe-Ecologie).

La maire de Lille, élue à la tête du PS avec 102 voix d'avance face à Ségolène Royal en novembre, se trouve donc "dans une situation excessivement compliquée", résume Stéphane Rozès (Cap conseil).

Elle avait "beaucoup de cartes en mains après le congrès de Reims mais n'a pas pris, avec l'énergie, l'investissement-temps et le choix de l'entourage suffisants, la mesure des choses", juge le politologue.

Selon lui, "la répartition du temps de Mme Aubry entre sa municipalité et la rue de Solférino" est "la marque d'un intérêt relatif aux questions nationales".

La patronne du PS aurait dû "renouveler les équipes dirigeantes et revoir la gouvernance du PS" après Reims. Elle "peut encore profiter du fait, comme elle le dit, que personne ne veut son boulot", assure-t-il, mais si c'est pour dire " « je continue à gérer à la petite semaine le parti », il va y avoir une difficulté aux régionales".

Pour Alain Krivine du NPA, non destinataire de sa lettre, Martine Aubry "est coincée parce qu'elle n'a personne pour la remplacer".

D'aucuns jugent "plausible", sans la trouver probable, la perspective d'une démission. "Est-ce souhaitable? Je m'interroge. C'est une question qu'on peut se poser, mais à laquelle nous, politiques, ne pouvons répondre que si nous avons la solution derrière", analyse un cadre.

D'autres tentent de calmer le jeu : Pierre Moscovici appelle à "la paix des braves", Michel Sapin, secrétaire national (économie), ne voit "qu'une seule solution, les vacances".
Prochain rendez-vous : La Rochelle fin août.

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Une seconde chance pour la social-démocratie ?


En attendant, des lignes de force apparaissent.
François Hollande assoit sa stratégie sur trois pactes : “le productif, le redistributif, l’éducatif”.
Une trilogie qui ratisse large, mais qui déjà hiérarchise.
Hollande se rocardise.

Pour sa part Manuel Valls fait sienne cette recommandation d’Anthony Giddens : “Notre ligne directrice doit être l’investissement dans le capital humain chaque fois que cela s’avère possible plutôt que le financement direct de mesures de soutien économique.” Le sens de la manœuvre, qui peut rassembler, est bien de substituer à l’Etat providence un Etat investisseur social, moins coûteux en subventions et plus efficace grâce au tremplin d’une formation adaptée. “Je ne supporte pas que 150 000 jeunes, tous les ans, sortent de notre système sans diplôme”, s’écrie Emmanuel Valls.

Le député ajoute : “La gauche ne réduira pas les inégalités par une attaque frontale des bases sociales mais par une meilleure redistribution des chances.” Valls se delorise. Et Martine Aubry ? Elle a écrit aux camarades du parti le 19 juin dernier : “Nous devons d’abord nous poser la question essentielle de la société du bien-être.” Ce qui recouvre aussi bien “distribuer justement les richesses” que “travailler le développement économique, social et durable”. Martine Aubry est à la recherche de ce qu’elle appelle le “postmatérialisme”.

Christian Paul, député PS de la Nièvre, qui anime le laboratoire de R&D destiné à alimenter le futur projet du PS, estime qu’il faut réfléchir sur l’idée qu’on se fait “des valeurs”. Cette notion de valeur est considérée comme stratégique pour retrouver le sens global de l’action. Les réponses concrètes et neuves toucheront forcément à des frontières considérées comme intangibles ou taboues.

En revanche, elles devront respecter le système de valeurs préalablement rénové. C’est le garde-fou indispensable pour avancer, et pour gagner. Sarkozy et sa droite décomplexée en a fait la démonstration. En dépit des urgences, Martine Aubry a choisi de donner du temps au temps. Le calendrier des “grands rendez-vous du projet” est ponctué par une série de Conventions (société du travail, fiscalité, services publics…) programmées sur 2010 pour arriver “au vote sur le projet en 2011”. Le tri entre ce qui doit être gardé et ce qui doit être remisé aux antiquités devra être minutieux.

Dès que l’on sort du rituel — SMIC, etc. — les difficultés sont à chaque tournant. Jusqu’à quel point le service public doit-il être nécessairement assimilé à une situation de monopole ? Faut-il faire payer l’impôt sur le revenu à tous les citoyens, allocataires des minima sociaux mis à part ? Comment renouer avec l’idée de progrès dans un schéma de développement durable ? La social-démocratie part malgré tout avec deux atouts.

Elle a dans son fonds de commerce la réputation de militer contre les inégalités et celle de détenir un savoir-faire en matière de régulation. Pour nombre d’observateurs, et tout naturellement Poul Nyrup Rasmussen, président du PSE (Parti socialiste européen), ce champ de compétence ne peut se déployer de façon crédible que dans l’espace “de règles intégrées européennes”.

Sans cette dimension, impossible d’imposer au capitalisme un compromis durable. Engoncé dans les conséquences du “non” de ses électeurs au traité de Lisbonne, nul ne peut dire si le PS aura le sursaut idéologique pour vendre et reconstruire une Europe politique, “postmatérialiste” comme dirait Aubry. En tout cas, les équipes de Strauss-Kahn sont persuadées que la “mutualisation européenne” reste le logiciel à remettre en marche prioritairement.

L’exemple allemand SPD Allemand – PS Français, un parallélisme troublant

Le 27 septembre les Allemands éliront un nouveau Bundestag. Malgré la crise, la chancelière CDU Angela Merkel semble avoir de grandes chances de rester au pouvoir. Il est vrai que le système allemand permet d’envisager, selon le résultat des urnes, de multiples figures d’alliances. De la grande coalition, comme actuellement entre la CDU-CSU et le SPD, à l’entente entre libéraux (FDP) et conservateurs en passant par le groupe des Verts susceptible de contracter avec un gouvernement “de gauche” comme de “droite”.

Ce paysage, déjà morcelé, l’est encore davantage par la montée des petits partis. Quel avenir alors pour le plus ancien parti politique allemand, le SPD ?

Il n’est en rien abusif d’en faire sur l’échiquier public une sorte d’équivalent du PS français. Surprise. En dépit de différences significatives tenant au positionnement idéologique — le SPD a reconnu officiellement l’économie de marché dans les années 60 alors que le PS a attendu le 14 juin 2008 — et tenant à la force militante — le SPD bénéficie a priori de l’appui de bataillons syndicaux dont le PS ne dispose pas – le parti social-démocrate allemand se trouve dans un état d’épuisement tout à fait comparable à celui de son alter ego français.

Une situation objective qui laisse entendre que la responsabilité des hommes ou la question du leadership n’est pas tout. Il y a des causes plus profondes au malaise. Dans une note publiée par la Friedrich Ebert, Franz Walter, professeur de sciences politiques à l’Université de Göttingen, assure que le SPD est “tombé en léthargie” et que “ce parti de masse n’atteint même plus aujourd’hui la taille de cette organisation de notables qu’est la CDU”.

Il ajoute que le SPD a également perdu intellectuels et théoriciens. Franz Walter avance plusieurs explications. Notamment le “découplage radical” entre le monde des sociaux-démocrates et celui des syndicats. Un processus que l’Agenda 2010 des réformes Schröder a accéléré. Parallèlement, l’électorat de base du SPD montait d’un cran “dans l’échelle sociale”.

C’est une preuve du succès de la politique d’ascenseur social enclenchée par le SPD : ses électeurs sont “arrivés”. Du coup, ceux-ci misent davantage sur leurs capacités individuelles que sur les filières traditionnelles de la protection sociale façon “social-démocrate”.

Dans le même temps certaines instances du SPD recommandaient au début des années 2000 de “renoncer au credo de la justice sociale” et à “l’égalitarisme de gauche” au moment même où les inégalités se creusaient à nouveau.

Ce genre de grand écart a un coût électoral.

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La social-démocratie en panne


L'histoire hésite. La gauche démocratique aura été une des grandes victimes collatérales des suites de la chute du Mur de Berlin. Le ralliement en masse de l'Est et de la Chine à l'économie de marché a tué une grande espérance. Le compromis social-démocrate redevenait une simple technique de gouvernement dans le respect des libertés. C'est cette évolution que l'ère Tony Blair a théorisée sous le vocable de “troisième voie”.

Aujourd'hui, alors que l'on pouvait croire que le retour en force de l'interventionnisme économique de l'Etat redonnerait de l'oxygène à la social-démocratie, il n'en est rien. Le laboratoire de R&D de la rue Solférino, animé par Christian Paul, est donc chargé de trouver des solutions. Il faut trouver une sorte de “quatrième voie”. Elle ne sera praticable qu'à la condition de refonder un socle de valeurs permettant de faire sauter les tabous sans procès en hérésie. Pour l'heure, l'analyse d'Anthony Giddens préférant “l'investissement dans le capital humain” aux subventions tous azimuts semble recueillir les suffrages. A suivre.

L’histoire hésite encore sur le sort qui sera réservé à la social-démocratie. Les récentes élections européennes semblent avoir fonctionné comme un ultime signal d’alarme. Le reflux du centre-gauche est patent, mais faut-il parler de crépuscule pour des formations politiques ancrées depuis si longtemps dans le paysage électoral de l’Europe.

En France, au cœur de la place forte du PS et sur ses pourtours, les procureurs ne manquent pas. Manuel Valls, député-maire PS d’Evry, le 29 juin : “Alors que les règles du capitalisme sont partout remises en cause par la récession mondiale, que la crise a disqualifié le modèle néo-libéral, la gauche n’a pas su convaincre qu’elle pouvait refonder notre système sur des bases plus saines.” Cette énigme ne laisse pas de surprendre.

Certes un Nicolas Sarkozy a vite endossé les habits de l’interventionnisme économique et a ainsi détourné à son bénéfice l’outil principal de la gauche. Mais un tel usage n’a rien de nouveau : le tempérament dirigiste du président de la République en matière économique n’est plus à démontrer. Ministre des Finances, il était déjà parti en guerre contre la Commission européenne et ses règles de la concurrence pour “sauver” Alstom. Personne à gauche ne lui en fit reproche.

En réalité, le mal est plus profond que la simple conséquence de l’opportunisme — ou du pragmatisme — de la droite française. La gauche a commencé à perdre ses repères avec la chute du Mur de Berlin en 1989. Elle est une victime collatérale majeure de l’effondrement de l’empire soviétique.

La social-démocratie prétendait alors offrir le même idéal d’espérance révolutionnaire plus la garantie des libertés publiques. Aujourd’hui, dépouillée de la perspective d’une société sans classe, la gauche, comme le dit Manuel Valls, “doit désormais se contenter d’un compromis social-démocrate conçu, à l’origine, comme un simple moyen et une transition provisoire”.

Le fait est que le business-model de la social-démocratie prend l’eau de plusieurs côtés. Une des “victoires” du système capitaliste réside dans l’irruption de l’individualisme dans les comportements. Comment “vendre” du collectif et de la solidarité alors que la demande est éclatée en unités de consommation ?

Cette contrainte a d’ailleurs conduit les responsables de la gauche à proposer des réponses ciblées sur tel ou tel segment de la population. Il y a les Rmistes que l’on a tendance à oublier, il y a les smicards qui ont toujours droit au couplet sur l’augmentation du SMIC, il y a les riches, ou censés tels, à un peu plus de 4 000 euros par mois qui ont vocation à être davantage taxés, il y a surtout les classes moyennes dont le lien avec le projet social-démocrate semble tellement distendu qu’il est comme cassé.

Dans ce maelström, les couches populaires ont perdu le goût de s’identifier à des programmes partiels qui ne parlent plus à l’intérêt général. L’arme fatale du socialisme démocratique consistant à répondre à des publics privilégiés et ciblés s’est émoussée d’elle-même.

Il faut reconnaître pourtant qu’au fil des années le “produit PS” a sorti beaucoup de nouveautés. Sans remonter aux congés payés de 1936, le socialisme démocratique de François Mitterrand a eu entre autres mérites celui d’instaurer l’alternance dans la Ve République, celui d’étendre les libertés publiques, celui d’adapter l’économie française aux contraintes de la concurrence européenne, ou encore celui d’avoir fixé l’âge de la retraite à soixante ans.

Pour les 35 heures, cela appartient à l’ère Jospin. Mais toutes ces “avancées” se sont inscrites sous la bannière de la “parenthèse”, comme si la doctrine de base, fondée sur une dialectique marxiste primaire, devait rester quoi qu’il arrive le référent suprême. Jamais le PS de Mitterrand n’a jugé bon de reconnaître l’utilité du parler vrai — pas plus que le PS de Jospin. Le seul, et unique, aveu de l’ancien Premier ministre, “l’Etat ne peut pas tout”, lui aura été reproché dans son camp avec une rare vindicte.

Michel Rocard, le premier opposant à cette ligne du faux-semblant, a été sans cesse disqualifié sous l’étiquette infamante de “gauche américaine”. Un vrai déni de réalité : les secrets de fabrique d’une partie des programmes du PS étaient directement importés des Etats-Unis. Mais d’aucune façon, le peuple de gauche ne devait en avoir vent.

Cette ambiguïté originelle a empêché jusqu’à nos jours le PS de prendre clairement à son compte les notions de production, de richesse nationale, de productivité. Au bout de cet itinéraire, il y a eu une perte de crédibilité. “Produire avant de redistribuer”, c’est du Rocard. La posture socialiste canal majoritaire a au contraire pour devise “le congrès du parti se gagne à gauche”.

D’ailleurs, la “déclaration de principes” de juin 2008, reconnaissant que la vie économique se déploie dans l’économie de marché, est passée inaperçue — à commencer au sein du PS.

La globalisation avait changé le monde sans que cela ne change rien à l’offre politique du PS.

Comment continuer à promettre moins d’heures au travail, la retraite à soixante ans, l’accroissement général des minima sociaux, sans aborder la question du coût du travail ?

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L’occasion ratée de la social-démocratie


Pour sa première conférence de presse de tout nouveau Premier secrétaire, sur les thèmes économiques, le 21 janvier dernier, Martine Aubry n’en a pas moins sacrifié au tropisme ambiant en alignant les propositions du plus pur classicisme “rue Solférino”. Florilège : “Relance immédiate du pouvoir d’achat et de la consommation, hausse du SMIC de 3 %, couplage des augmentations de salaires dans les entreprises avec la baisse de la TVA de 19,6 % à 18,6 %.”

Martine Aubry a simultanément présenté, il est vrai, un plan pour “la relance des investissements utiles” mais sans financement explicite - comme dans un vieux rituel. La crise financière mondiale, qui oblige les pouvoirs en place à se convertir en toute hâte aux instruments de la social-démocratie, offrait pourtant l’occasion d’une remise en selle. Voici le discours type de Ségolène Royal : “l’Etat doit réinvestir le secteur financier pour le discipliner, soit par des nationalisations partielles soit en créant un outil public d’aide aux PME.”

Ce discours sonne juste, mais, au-delà de la querelle accessoire sur la présence ou pas de représentants de l’Etat au conseil d’administration des banques, il est appliqué par Nicolas Sarkozy. Si différence il y a, elle n’est que dans le degré, pas dans la nature du projet. C’est bien là que le bât blesse. Pourquoi changer de monture au milieu du gué ?

De plus la “troisième voie” à la Tony Blair avait déjà amplifié le brouillage idéologique. L’idée qu’il n’y a pas de politique économique de gauche ou de droite, mais des politiques qui marchent et d’autres qui ne marchent pas, a banalisé la spécificité du PS. Sa doctrine est devenue un socialisme libéral pendant que la droite se présentait comme libérale et sociale. A 52 % de PIB de dépense publique, qui prétendra que le “modèle français” est jeté aux orties ?

Le défi pour la social-démocratie française est bien de trouver le traitement adapté à cette équation. Qui plus est dans le contexte d’un tsunami de dette publique dont n’importe quel anti-maastrichtien n’aurait jamais osé rêver. Chance historique ou handicap irrémédiable ? Les événements trancheront.

Il ne s’agit ici que d’observer les tâtonnements autour du renouveau de la doctrine économique, sans débattre de la double question, primordiale, du leadership ou des alliances électorales. La nouvelle offre social-démocrate a pour premier impératif de prendre appui sur les bouleversements consécutifs à la crise, même si le diagnostic n’est pas encore stabilisé.

Dans le cadre des Rencontres d’Aix-en-Provence, organisées par le Cercle des économistes, Patrick Artus soulignait qu’en 2010 le PIB sera plus bas que prévu de 7 %.

Ce “choc de demande monstrueux” signifie qu’après vingt ans de politique de l’offre, visant à améliorer la compétitivité des entreprises, il allait falloir se tourner vers la politique de la demande. “La demande est le problème”, dit-il.

Cette approche peut être contestée, mais a priori elle a de quoi séduire la gauche socialiste libérale.

A ceci près qu’il reste à inventer les outils de post-crise, car la stimulation keynésienne classique (baisse des taux d’intérêt, déficit budgétaire) a épuisé ses effets. L’exploration de cette “terra nova” manque encore au fonds de commerce social-démocrate.

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Les vertus oubliées de l’activité non marchande

Sur fond de crise financière d’une gravité exceptionnelle, et comme si de rien n’était, l’offensive se poursuit contre les services publics, la protection sociale, le droit du travail, c’est-à-dire contre tous les espaces jusque-là soustraits à la loi de la rentabilité et à l’obsession du profit, et contre toutes les régulations génératrices de lien social et de solidarité collective.

Pour leur malheur, lien social et solidarité ont un coût. Que faire alors pour lutter contre l’emprise idéologique du leitmotiv selon lequel les « prélèvements obligatoires » seraient trop élevés (sauf pour renflouer les banques) et les activités publiques par définition parasitaires (sauf quand elles se consacrent au sauvetage de la finance) ?

Double condamnation sans appel de la sphère non marchande — celle qui produit des services qui ne sont pas vendus sur le marché mais dont le paiement est collectif grâce aux impôts et cotisations sociales — vouée à disparaître ou à se rabougrir, sous les coups des privatisations, de la diminution du nombre de fonctionnaires et de la baisse des impôts des riches, cette dernière venant opportunément creuser le déficit des budgets publics pour mieux en délégitimer la destination.

Qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage : le non-marchand est présenté comme une charge insupportable par les thuriféraires d’une finance mondiale improductive et même contre-productive. Et les économistes libéraux, voix de leurs maîtres, de répéter à l’envi que des prélèvements atteignant 40,9 % en moyenne dans l’Union européenne, c’est trop, et que 44 % en France, c’est exorbitant.

Aussi importe-t-il de réfuter l’idée, aussi absurde que quasi universellement répandue, selon laquelle l’activité non marchande est financée par prélèvement sur son homologue marchande, et que cette dernière se voit limitée, sous l’effet dit d’éviction (l’investissement public chassant l’investissement privé) et à cause de la montée des taux d’intérêt. La conséquence normative de cette vision est de verrouiller la politique monétaire, notamment en interdisant la monétisation des déficits publics — c’est-à-dire en faisant appel à la création monétaire —, obligeant les Etats à emprunter sur les marchés financiers.

Ainsi en est-il des normes édictées au sein de l’Union européenne, depuis le traité de Maastricht jusqu’au traité de Lisbonne, et que les mesures récentes adoptées pour faire face à la crise financière n’ont pas remises en cause.

Le premier mot d’ordre du mouvement altermondialiste fut, il y a dix ans, « le monde n’est pas une marchandise », sous-entendu « il ne doit pas l’être », alors que tous les services non marchands, notamment l’éducation publique et l’accès universel aux soins, sont menacés depuis que le capitalisme a entrepris d’en réduire le champ pour élargir ainsi celui de l’accumulation privée.

Malheureusement, il n’existe aujourd’hui aucun corpus théorique capable de déchirer le voile idéologique du discours économique libéral.

Même la théorie marxiste traditionnelle, a priori peu suspecte de complaisance à l’égard de sa rivale, échoue parce qu’elle reste le plus souvent accrochée à un dogme : les services non marchands sont financés par un prélèvement sur la plus-value produite dans le secteur capitaliste.

Par conséquent, les travailleurs de ces services sont déclarés improductifs. Penser dans ces conditions la démarchandisation est impossible puisque la « non-marchandise » dépendrait de l’existence de la marchandise. Quant à la solidarité entre les travailleurs des deux sphères ainsi opposés, elle est hautement improbable.

Un enjeu est donc de forger un outil conceptuel alternatif. Pour cela, il faudra passer par une déconstruction systématique de la vision habituelle, finalement partagée tant par les libéraux que par une large fraction des penseurs se réclamant de Karl Marx.

Car, même si l’analyse de la marchandise au début du Capital donne les outils pour critiquer la marchandisation du monde, le marxisme traditionnel a laissé en jachère ce qui pourrait en constituer le rempart.

Il s’agit donc d’élaborer une économie politique critique dont l’objet est de théoriser une sphère non marchande ayant pour vocation de s’étendre au fur et à mesure que les rapports de forces tourneraient à l’avantage du travail face au capital.



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Renouer avec des concepts anciens


…mais toujours pertinents tirés d’Aristote, de Marx, de Keynes

La première étape consiste à montrer que, loin d’affaiblir l’économie, une production non marchande s’ajoute à la production marchande. La théorie keynésienne avait déjà indiqué que, en situation de sous-emploi, et par la seule vertu d’une propension marginale à consommer inférieure à 1, l’intervention de l’Etat déclenche un effet multiplicateur d’autant plus fort que les revenus sont bas.


En effet, plus ceux-ci sont faibles, plus la proportion dépensée en consommation est importante et joue en faveur de l’activité. Trygve Haavelmo avait ajouté que cette intervention est bénéfique même si la dépense publique supplémentaire est réalisée à budget équilibré. Mais, jusque-là, on n’a pas encore évacué l’idée que le financement d’une activité non marchande proviendrait d’un prélèvement sur le fruit de l’activité marchande.

Pour y parvenir, plaçons-nous dans une hypothèse irréaliste aujourd’hui, mais qui vaut pour la logique d’un raisonnement « à la limite », dans une perspective dynamique. Supposons que la sphère non marchande s’élargisse progressivement et que le paiement des biens et services qui y sont produits soit socialisé par l’impôt.

Si la part de cette sphère dans la production totale tendait vers le maximum de 100 %, il serait impossible de considérer que son financement est assuré par un prélèvement sur une sphère marchande en voie de disparition.

La thèse selon laquelle une activité en croissance est financée par une autre en régression relative étant ainsi logiquement réfutée, on doit généraliser ce résultat et en conclure à la vacuité de toutes les thèses qui font de la production marchande la source, à un instant donné et dans le temps, de la production non marchande.

De la même manière, on mesure l’insigne faiblesse de la conception ayant prévalu en Union soviétique pour n’inclure dans l’activité productive que le produit matériel, considérant que les services ne faisaient pas partie de la production.

En effet, il n’existe pas de caractère productif du travail en soi. Celui-ci ne se définit qu’au regard des rapports sociaux existants. Il faut donc renouer avec des concepts anciens, mais toujours pertinents, fondés sur une double distinction. D’abord celle établie par Aristote entre valeur d’usage (la capacité à satisfaire un besoin) et valeur d’échange (la capacité à permettre l’accumulation) : la première représentant une richesse non réductible à la seconde.

Ensuite la distinction que faisait Marx entre procès de travail en général et procès de travail capitaliste, c’est-à-dire entre travail productif de valeurs d’usage et travail productif de valeurs marchandes et de plus-value pour le capital.

Ainsi, dans toutes les sociétés capitalistes contemporaines, se combinent principalement trois formes de mise en œuvre des capacités productives. La première, dominante, concerne le travail salarié qui aboutit à une production de valeur marchande destinée à grossir le capital. La deuxième concerne le travail salarié dans les administrations produisant des valeurs d’usage monétaires bien que non marchandes (éducation et santé publiques).

Enfin, il existe un troisième pan de l’activité humaine, dans la sphère domestique ou dans le domaine associatif, dont le produit est non monétaire. L’idée soutenue ici est que les deux dernières ne sont pas nées d’une soustraction au produit de la première, ni à celui du travail indépendant.

Revenir à Marx, avons-nous dit, mais aussi à John Maynard Keynes en généralisant son concept d’anticipation. Les entreprises privées décident de produire quand elles repèrent des débouchés qui répondent à des besoins solvables pour leurs marchandises. Elles réalisent alors des investissements et mettent en circulation des salaires. La vente sur le marché valide cette anticipation, la mévente la sanctionnerait.

Quant aux administrations publiques, prévoyant l’existence de besoins collectifs, elles réalisent des investissements publics et embauchent aussi. La validation est alors effectuée ex ante par une décision collective et se confond avec l’anticipation.

Dans les deux cas, l’injection de monnaie sous forme de salaires et d’investissements privés et publics lance la machine économique et engendre la production de biens privés marchands et de biens publics non marchands.

De la même façon que les salaires versés vont ensuite être dépensés pour acheter les biens marchands, le paiement de l’impôt vient, après que les services collectifs sont produits, exprimer l’accord de la population pour que soient assurées de façon pérenne l’éducation, la sécurité, la justice et les tâches d’administration publique.

L’anticipation de services non marchands et leur production par les travailleurs des administrations publiques précèdent donc logiquement leur « paiement » de type collectif par les usagers.

Un argument crucial pour renvoyer le discours libéral au musée des idéologies

L’expression « les impôts financent les dépenses publiques » est trompeuse. L’ambiguïté provient de la confusion entre financement et paiement. La production capitaliste est financée par les avances de capital en investissements et salaires, avances dont la croissance sur le plan macroéconomique est permise par la création monétaire ; et les consommateurs paient.

Quel rôle joue l’impôt vis-à-vis de la production non marchande ? Il en est le paiement socialisé. Le contribuable ne « finance » pas plus l’école ou l’hôpital que l’acheteur d’automobile ne « finance » les chaînes de montage d’automobiles.

Car le financement est préalable à la production, que celle-ci soit marchande ou non marchande. Et le paiement, privé ou socialisé, lui est postérieur. Enfin, l’activité productive supplémentaire engendre un revenu et donc une épargne supplémentaire qui vient s’ajuster à l’investissement déclencheur, tant privé que public.


Il convient donc d’apporter une réponse logique à un problème d’ordre également logique : l’économie capitaliste étant une économie monétaire, pourrait-on effectuer des prélèvements sur une base qui n’aurait pas encore été produite et, pis, qui devrait résulter de ces prélèvements ?

Puisque c’est logiquement impossible, le retournement s’impose : la production non marchande et les revenus monétaires qui y correspondent précèdent les prélèvements. Autrement dit, et c’est là le point crucial pour renvoyer au musée des idéologies le discours libéral : les travailleurs des services non marchands produisent le revenu qui les rémunère.

Certes, le paiement de l’impôt permet — tout comme les achats privés des consommateurs — au cycle productif de se reproduire de période en période. Mais il y a deux impensés dans l’idéologie libérale.

Premièrement, ce sont les travailleurs du secteur capitaliste — et non pas les consommateurs — qui créent la valeur monétaire dont une partie sera accaparée par les capitalistes, et ce sont les travailleurs du secteur non marchand — et non pas les contribuables — qui créent la valeur monétaire des services non marchands.

Deuxièmement, au sens propre, le financement désigne l’impulsion monétaire nécessaire à la production capitaliste et à la production non marchande ; l’impulsion monétaire doit donc être distinguée du paiement.

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L’analyse économique n’a de portée que replacée dans les rapports sociaux capitalistes

Contrairement à l’opinion dominante, les services publics ne sont donc pas fournis à partir d’un prélèvement sur quelque chose de préexistant. Leur valeur monétaire, mais non marchande, n’est pas ponctionnée et détournée ; elle est produite.

Dès lors, dire que l’investissement public évince l’investissement privé n’a pas plus de sens que dire que l’investissement de Renault évince celui de PSA Peugeot-Citroën ou de Veolia. Prétendre que les salaires des fonctionnaires sont payés grâce à une ponction sur les revenus tirés de la seule activité privée n’a pas plus de portée que si l’on affirmait que les salaires du secteur privé sont payés grâce à une ponction sur les consommateurs.

Ce serait ignorer que l’économie capitaliste est un circuit dont les deux actes fondateurs sont la décision privée d’investir pour produire des biens et des services marchands et la décision publique d’investir pour offrir des services non marchands. Autrement dit, les « prélèvements obligatoires » sont effectués sur un produit intérieur brut (PIB) déjà augmenté du fruit de l’activité non marchande.

Puisque l’impôt n’est pas une ponction sur de la richesse préexistante, mais le prix socialisé d’une richesse supplémentaire, on ne peut plus se contenter de la considération triviale du « prélèvement » sur le produit marchand (dans la langue libérale) ou sur la plus-value capitaliste (en termes marxistes).

Certes, le travail et les ressources matérielles affectées à telle activité ne sont plus disponibles pour une autre. Mais il n’y a aucune raison de supposer que le travail affecté à l’une fait vivre l’autre. Les besoins humains sont satisfaits par des valeurs d’usage matérielles ou immatérielles produites sous la coupe du capital ou de la collectivité.

Le fait que certaines valeurs d’usage ne s’obtiennent que par la médiation du capital, qui se valorise au passage, n’implique pas que le marchand donne naissance au non-marchand. Ni que la valeur monétaire non marchande soit quantitativement incluse dans la valeur monétaire marchande, ce qui est obligatoire dans la vision traditionnelle.

A ce sujet, le fait que les comptables nationaux enregistrent les dépenses publiques comme des consommations ne doit pas faire illusion. D’une part, on analyse ici la dépense publique nette d’infrastructures, d’équipements et de consommations intermédiaires, celle mesurée par les salaires versés et qui constitue donc la contrepartie d’une production nouvelle de valeurs d’usage.

D’autre part, il n’y a pas de raison de traiter différemment l’avance de salaires par les entreprises privées et celle faite par les administrations publiques car il s’agit dans les deux cas d’une « dépense » de l’employeur. Toute production entraîne des coûts — c’est une trivialité de le dire — et tout discours qui l’oublierait serait inconséquent.

L’important est de distinguer ceux qui permettent un travail productif de plus-value pour le capital validé par le marché et ceux qui permettent un travail productif de valeurs d’usage dont la validation tient à un choix collectif démocratique.

A ce stade, l’analyse économique n’a de portée que si elle est replacée dans les rapports sociaux qui sont au cœur de la compréhension du capitalisme. Les riches veulent être moins imposés parce qu’ils ne veulent pas payer pour les pauvres. La politique monétaire est verrouillée par la Banque centrale européenne (BCE) et par les traités européens qui interdisent aux Etats d’emprunter auprès d’elle pour financer les dépenses publiques, c’est-à-dire en faire l’avance.

Le rôle de « prêteur en dernier ressort » de la BCE est cadenassé pour que celui d’« acheteur en dernier ressort » (d’équipements et de force de travail) rempli par les Etats soit limité. L’idéologie libérale répugne à ce que la création monétaire finance une production qui ne rapporterait pas un profit. Sauf si l’Etat comble ses déficits en empruntant auprès des détenteurs de capitaux qui, en outre, bénéficient de facilités de crédit bancaire pour prêter ensuite.

C’est ainsi que l’équivalent de plus de 80 % de l’impôt sur le revenu en France part en intérêts aux créanciers. On comprend aisément pourquoi la politique monétaire, placée hors contrôle politique, ne consiste plus qu’à surveiller le taux d’inflation : non seulement la préservation de la rente financière est cruciale pour les détenteurs de titres financiers, mais il s’agit d’éviter de favoriser une production non marchande de valeurs d’usage inaccessibles au capital.

La richesse non marchande n’est donc pas une ponction sur l’activité marchande, elle est un « plus » provenant d’une décision publique d’utiliser des forces de travail et des équipements disponibles ou soustraits au lucre. Elle est doublement socialisée : par la décision d’utiliser collectivement des capacités productives et par celle de répartir socialement la charge du paiement. Insupportable pour l’imaginaire bourgeois, tout particulièrement pour la doxa néolibérale.

L’élucidation de l’énigme de la production non marchande participe à la redéfinition de la richesse et de la valeur, indispensable pour endiguer le processus de marchandisation de la société. La théorie libérale confond richesse et valeur. Et les théories hostiles au capitalisme ne doivent pas rester obnubilées par le fait que ce système tend à réduire toute valeur à celle destinée au capital.

Sur ce plan-là, un réexamen critique des catégories utilisées traditionnellement par l’économie politique et par le marxisme est indispensable pour proposer une économie politique de la démarchandisation.

En bref, se débarrasser du libéralisme économique et d’un certain marxisme pour effectuer un retour au Marx qui définissait la valeur comme « le caractère social du travail, pour autant que le travail existe comme dépense de force de travail “sociale” ». L’analyse économique n’a de portée que replacée dans les rapports sociaux capitalistes

L’analyse économique n’a de portée que replacée dans les rapports sociaux capitalistes

La reconnaissance du travail effectué pour répondre à des besoins sociaux hors du champ de la marchandise participe à la maîtrise de la société sur ce que peut être le bien-être, la « vraie » richesse.

Et, à ce compte-là, la richesse socialisée n’est pas moins richesse que la richesse privée, au contraire...
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jeudi 16 juillet 2009

Des grains de sable dans la machine à expulser

Guichetiers en préfecture, médecins de santé publique, agent du Pole emploi ou inspecteur du travail…

Rencontres avec ces agents de la fonction publique qui refusent d’appliquer les consignes les obligeant à participer à la chasse aux sans-papiers.


En 2009, le ministre de l’Immigration Éric Besson devra expulser du territoire français 28 000 étrangers. Cette politique de retours forcés ne peut se faire sans la coopération de tous les corps de l’Etat. La délation tourne à plein régime.

Ici, une fonctionnaire de la mairie du 5e arrondissement de Paris signale à la préfecture une équatorienne venue inscrire son fils à l’école.

Là, un agent de la Caisse primaire d’assurance maladie de l’Yonne dénonce un angolais, malade et gravement handicapé…

Mais tous les fonctionnaires ne pensent pas que la « dénonciation est un devoir républicain », selon la formule de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP. Certains ont une idée différente de l’accueil et du service public. Ils sont guichetiers en préfecture, médecins de santé publique, agent du Pole emploi ou inspecteur du travail.

À leur niveau, ils s’opposent à la politique migratoire de la France qu’ils jugent néfaste. « De plus en plus de gens dans ce pays refusent de dénoncer et de surveiller, note Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme. Dans certains cas, la désobéissance civique est obligatoire. C’est aussi une façon de dire que nous n’avons pas peur. »

Cette résistance peut être individuelle ou collective et prend différentes formes : du sourire de la guichetière en préfecture au refus de contrôler les papiers de l’agent du¨Pôle emploi. « C’est un mouvement en partie individuel mais qui comprend aussi des articulations avec le syndicalisme, ajoute Jean-Pierre Dubois.

Les éthiques personnelles et citoyennes se rejoignent pour dire : ’’pas ça et pas moi.’’ »

Ces petites actions, au quotidien, sont autant de grains de sable discrètement glissés dans les rouages de la machine à expulser.


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Les « pratiques acceptées » de l’armée israélienne

Par Pierre Barbancey (L’Humanité)

Proche-Orient. Une association de soldats vétérans israéliens dénonce l’utilisation de boucliers humains lors de l’offensive de Gaza.

Lentement, le vent tourne. Si, en 2002, lors de l’offensive lancée en Cisjordanie, l’armée israélienne avait pu échapper à ses responsabilités dans les massacres perpétrés, notamment dans le camp de réfugiés de Jénine, il n’en est plus de même aujourd’hui.

L’offensive menée à Gaza du 27 décembre au 18 janvier avait soulevé un cri de protestation à travers le monde. Si un quarteron de défenseurs acharnés d’Israël avait applaudi aux bombes au phosphore blanc, aux tirs contre des écoles de l’ONU ou aux destructions de maisons, la majorité des peuples avaient exprimé leur émotion devant une attaque qui a fait plus de 1 400 morts et 5 000 blessés palestiniens.

D’autant que la volonté israélienne d’empêcher la presse internationale de pénétrer dans la bande de Gaza indiquait clairement que cette armée, et ses chefs, ne tenait pas vraiment à opérer devant des témoins qu’il serait difficile de contredire. Ce qui n’est pas le cas lorsqu’il s’agit de paroles de Palestiniens que Tel-Aviv assimile toujours à de la propagande, voire à de l’antisémitisme.

Parmi les nombreux murs dressés par Israël, un est en train de se lézarder. Au lendemain de l’offensive, déjà, des soldats avaient dénoncé des attitudes militaires contraires aux droits de l’homme, s’apparentant à des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité.

La branche israélienne de l’organisation Médecins pour les droits de l’homme (Physicians for Human Rights) a accusé l’armée d’avoir violé le droit international lors de l’offensive « Plomb durci » dans la bande de Gaza, notamment en ce qui concerne la sécurité des blessés et des équipes soignantes.

Aujourd’hui, c’est une autre organisation non gouvernementale, une association de soldats vétérans, Breaking the silence (briser le silence), qui révèle les « pratiques acceptées » au sein de l’armée israélienne. Il s’agit selon elle de « la destruction de centaines de maisons et mosquées sans que cela n’ait d’objectif militaire, l’emploi de phosphore en direction de zones habitées, la mort de victimes innocentes tuées avec des armes légères, la destruction de propriétés privées et (…) une atmosphère permissive dans la structure de commandement qui a permis aux soldats d’agir sans contraintes morales ».

Le document est composé de témoignages anonymes de trente soldats engagés dans les combats durant l’offensive israélienne à Gaza. « Les témoignages prouvent que la manière immorale dont la guerre a été menée était due au système en place et non aux soldats individuellement », a affirmé Mikhael Manekin, au nom de l’ONG.

ISraëL refuse toute commission d’enquête

Les soldats israéliens ont ainsi utilisé des civils comme boucliers humains (« À chaque maison dont nous nous approchions, on envoyait les voisins à l’intérieur », a expliqué l’un d’eux) et reçu pour instruction de tirer sans se préoccuper des conséquences.

« On nous disait que la sécurité des soldats résidait dans leur puissance de feu, a raconté un militaire. On faisait ainsi comprendre aux soldats que leur vie était le plus important et qu’il n’y avait aucune raison qu’un de nos soldats soit tué parce qu’on avait laissé à un civil le bénéfice du doute. »

L’armée israélienne a rejeté ces accusations, affirmant dans un communiqué que, selon ses propres enquêtes, « il est clair que les soldats des forces armées israéliennes ont opéré en accord avec les lois internationales et les ordres qu’ils ont reçus, en dépit des combats difficiles et complexes ».

Le seul problème est que, comme toujours, Israël refuse toute commission d’enquête internationale qui permettrait de faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé dans la bande de Gaza.

Une attitude qui ne peut que jeter le doute sur les déclarations officielles israéliennes, alors que les témoignages des soldats corroborent ceux recueillis par les grandes ONG de défense des droits de l’homme.


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La crise et les conflits sociaux


Les commentaires vont bon train, en ce chaud jeudi 16 juillet, sur le climat social, notamment aux usines Nortel à Chateaufort (Yvelines) et New Fabris à Châtellerault.

La radicalisation actuelle des conflits fait trembler les états-majors politiques. Comme les centrales syndicales réformistes prêtes à toujours signer la vente des salariés.

La violence de la crise et l'injustice sociale qu'elle charrie poussent à de réelles explosions de désespoir. La médiatisation des conflits, ce fameux « vu à la télé », donne aussi des idées. Cette nouvelle forme de lutte sociale, inimaginable voici quelques années, débouche sur une seule revendication : « Ramasser un maximum de pognon ».

Un licenciement, ça vaut tant. C'est donnant-donnant.

Mais cette dérive ne tombe pas du ciel. Le patronat a montré la voie. Avec la fuite en avant des patrons voyous. Parachutes dorés et retraites royales.

Les salariés s'y mettent. Les voilà qui exigent des primes s'ajoutant aux sommes prévues par la loi. Quant aux entreprises, elles peuvent s'en accommoder. Mieux vaut signer un chèque pour solde de tout compte que financer un long processus de reconversion ou d'accompagnement social. Seuls les syndicats, méfiants, s'en inquiètent. A juste titre. Mais quel poids pèsent-ils désormais dans la balance

Les salariés menacés de licenciement sont généralement des gens raisonnables : ils ne croient plus aux miracles. Ils attendaient juste un peu d'attention, la promesse qu'on s'intéresserait aux manœuvres financières de leur direction, à la qualité du travail qu'ils sont encore en état d'assurer.

Le gouvernement trouve toujours les mots qu'il faut pour se défausser.

À Gandrange, Nicolas Sarkozy avait même promis la pérennité du site, on connaît la suite.

Il n'y a pas que Madame Parisot, la présidente du MEDEF, pour comprendre la lutte des classes.

Il n'y a pas si longtemps, elle réclamait encore des assouplissements des procédures de licenciement.

Alors que partout, sur cette carte de France de l'exclusion sociale, se peint le désespoir et la peur de l'avenir. Car il faut bien que ces gens raisonnables aient fini par sombrer, par ne plus croire en eux-mêmes, pour menacer de faire sauter des usines où ils ont passé des années, parfois la moitié de leur vie.

Voilà ce qu'il faut comprendre au Medef et à l’Ump !

La France de la mi-juillet serait-elle embarquée dans un Titanic social ?

Il flotte dans la lourdeur de l'été comme un parfum de désinvolture, des effluves de dédain, un air connu de détournement des préoccupations par le faste, la fumée et la fête. Besoin d'oublier, volonté d'occulter, désir d'occuper le peuple ?

Attendus et annoncés pour la rentrée, les plans sociaux défilent sous le soleil avec leurs charrettes d'emplois détruits, de salariés délaissés, de familles désemparées, grossissant les troupes des recalés de la crise.

Plus préoccupant encore apparaît le sort de ces étudiants sortis de grandes écoles, de ces lauréats de doctorats prestigieux: en 2007, banques et entreprises se disputaient leur talent; cette année, ils peinent à décrocher un stage ou acceptent des missions peu rémunérées très inférieures à leur qualification.

A la rentrée, ils côtoieront les ouvriers de Nortel et New Fabris aux guichets de Pôle-emploi. Et se posera la question: mais qui a un avenir ?

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Le vote par les députés de la proposition de loi sur le travail dominical


La loi vise à banaliser le travail dominical et à supprimer les rémunérations supplémentaires auxquelles les salariés avaient droit jusqu'alors.
Pierre par pierre, le gouvernement démonte le modèle social français.


Mais le Parti socialiste, en dépit d'une posture d'opposition à Sarkozy, reste illisible sur la nature de ses propositions.
Dernier en date, son soutien officiel, dans le cadre du PSE, au consensus avec la droite autour de l'élection du président conservateur du Parlement européen n'est pas fait pour dissiper les doutes dans le peuple de gauche.

Martine Aubry est fondée à blâmer Manuel Valls, dont l'opposition au pouvoir UMP s'est sensiblement émoussée, mais cela ne saurait suffire pour apporter les éclaircissements attendus.

Face à l'offensive relancée par la droite depuis les élections européennes, la gauche sera-t-elle capable d'accomplir sa mission historique, construire une alternative politique à la hauteur, faute de quoi, alerte Marie-George Buffet dans une lettre à son homologue socialiste, « l'opposition populaire risque d'être condamnée à l'impuissance ».

La gauche ne peut s'unir que sur la clarté de ses choix.

C'est en fait une usine à gaz que le gouvernement a monté là, qui n'est pas sans rappeler celle des 35 heures mais à sens contraire de l’histoire. D'ailleurs, pas plus que le partage du travail ne pouvait constituer une réponse à la crise de l'emploi, son extension à coup d'heures supplémentaires ou de travail dominical ne saurait s'avérer comme un remède à la crise économique.

Ces révoltes de salariés qui menacent depuis quelques jours de faire exploser leurs usines s'ils n'obtiennent pas satisfaction : c'est une épidémie qui témoigne d'une exaspération croissante face au mépris d'actionnaires ou de gestionnaires lointains, et d'une volonté bien comprise de tirer le meilleur parti possible d'une fermeture inéluctable.

Mais quand l'exemple vient de haut, avec les parachutes dorés, comment leur donner tout à fait tort ?

Même si, bien sûr, rien ne saurait excuser la violence sous quelque forme que ce soit. Il n'empêche que c'est un curieux pays qui se dessine, avec ici des salariés invités à travailler plus pour gagner... pas forcément plus; et là d'autres salariés poussés à demander (un peu) plus pour ne plus travailler du tout.

Le dispositif, adopté par les députés -avant que le Sénat ne s'en mêle-, contient un certain nombre de zones d'ombre.

Le texte enterre bel et bien le très chrétien et très social repos dominical qui s'apprête donc à entrer au musée des traditions qui ont façonné cette civilisation dont nous avions cru comprendre, un jour, qu'elle allait fonder la politique du chef de l'Etat.

Il lui fallait, par ces temps de perte de pouvoir d'achat, trouver un moyen de permettre aux hommes et aux femmes qui le désirent de travailler plus pour gagner plus. Mais c'est là justement que la nouvelle réglementation du travail dominical risque de provoquer déceptions et frustrations.

Pourtant alerté par les récents déboires rencontrés par le projet de loi controversé visant à lutter contre le piratage sur Internet, le gouvernement persiste dans les démarches alambiquées.

Comme s'il aspirait à voir le mode d'emploi du travail dominical figurer dans le livre d'or des usines à gaz dont notre pays a le secret. Et, finirait-on par croire, le goût.

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Manuel Valls veut servir la droite et ses idées antisociales


Nicolas Sarkozy et l’UMP cherchent toute ouverture pour faciliter une sortie de crise socialement périlleuse.
Le ton plus consensuel du président de la République confirme cette volonté de rassembler face à un avenir incertain.

L'opposition socialiste pratique la... fermeture. Martine Aubry se fait taper sur les doigts par les écologistes, les Radicaux et le Parti de Gauche. L'autoritarisme n'est pas une réponse. Manuel Valls, qui dit vrai mais va loin dans le masochisme public, ne sera pas la principale victime de l'avertissement dont il vient d'être le destinataire. Bref, chacune de ses initiatives sonne comme un aveu d'impuissance.

Depuis le congrès de Reims, elle n'a réussi ni le test électoral des européennes ni le pari du « leadership » qui ferait taire la cacophonie; on ne voit ni élargissement populaire du parti ni construction programmatique. À mi-mandat, la droite n'est pas complètement sûre de gagner en 2012 et la gauche pas totalement certaine de perdre. Mais on sent bien que l'avenir appartient à celui qui, entre autres, saura s'ouvrir rapidement à une réponse politique qui rompt avec la politique ultralibérale.

Martine Aubry n'en finit pas de ramer, non pour reconstruire un PS en voie d'implosion, mais pour s'imposer comme la rivale incontestable de Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2012. Le naturel socialiste de l'après-Mitterrand et de ses guerres intestines revient au galop avec la cible Manuel Valls comme bouc émissaire idéal d'un PS à la dérive. L'épisode estival Valls n'est pas dans le mode mineur. Il peut préfigurer une mort lente du PS d'Epinay et de François Mitterrand.

Pour tenir un langage cohérent, il faut au préalable avoir une perspective, des objectifs de progrès et un programme crédible pour y parvenir. Le fourre-tout démagogique a, aujourd'hui, fait long feu. Il est donc naturel, et Martine Aubry a appelé à cet exercice, que s'ouvre un puissant et profond débat au sein du Parti socialiste. Pour la durée de ce débat, cela veut dire que les uns et les autres doivent pouvoir parler très librement.

La capacité de nuire du syndicat des vieilles gloires et des vieux gonzes est telle que ceux qui veulent faire bouger le PS ont besoin de se faire entendre à l'extérieur pour être certains que leurs propositions seront bien entendues à l'intérieur. Réclamer le silence radio, en ce moment, est certainement le genre de bourde qu'il faut surtout éviter. Il convient sans doute d'ouvrir un débat public total, de dégager un consensus parmi les propositions, et ensuite, mais ensuite seulement, d'appliquer une discipline unitaire. Le faire actuellement, ce serait mettre la charrue devant les bœufs.

A la confrontation des idées et des points de vue, on préfère une lecture univoque badigeonnée de morale militante. A la fécondité intellectuelle prompte à dynamiter les certitudes des apparatchiks, on privilégie la préservation des vieilles lunes.

Valls dérange parce qu'il s'est déjà positionné à droite pour la présidentielle de 2012 et s'affranchit du fonctionnement sclérosé d'un parti qui le fatigue par sa tentation conservatrice. Bien sûr, sa posture bouscule une Martine Aubry qui peine toujours à s'imposer comme une première secrétaire de la transformation et de la modernité. Faut-il un bouc émissaire idéal pour excuser l'accumulation d'erreurs depuis le pitoyable congrès de Reims ?

Le sang de Martine Aubry ne pouvait faire qu'un tour, voire plusieurs. C'est son autorité de patronne du parti, de pilote de sa rénovation, qui est défiée. Or, cette autorité est d'autant plus fragile que la maire de Lille n'a été élue que de justesse - avec 50,04% des voix - à son poste par le congrès de Reims, en novembre 2008.

Manuel Valls, déjà, avait alors mis en doute le résultat et soupçonné une section lilloise de « faux en écriture ». Ces défiances d'automne viennent d'éclore en été, donnant à nouveau l'impression que le PS ne sort du néant que par le psychodrame. Les médias sont certes friands de ce genre de polémiques, mais il est moins certain que le grand public se passionne pour ces remous cycliques. Et le grand public, ce sont les électeurs. Dernière chance pour le PS: le grand rendez-vous avec eux n'est qu'en 2012.

Lasse de parler dans le vide, irritée par les attaques contre un PS inaudible, la première secrétaire écrit. Des lettres sucrées ou salées, selon les jours. Adressée à Manuel Valls, la dernière en date était du genre acide, rédigée avec une encre plus vitriolée que sympathique. Le député maire d'Évry y est prié de choisir: modérer ses critiques ou rendre sa carte. Comme le reste, la missive divise le parti.

Vendredi, Martine Aubry avait déjà dégainé sa plume, cette fois trempée dans le miel. Dans un message posté aux différents leaders des partis de gauche, NPA excepté, elle en appelait à une « nouvelle démarche de rassemblement »

Avant même d'exploiter la veine épistolaire, Martine Aubry s'était engagée contre un rapprochement avec le centre.

Sauf qu'à Aix-en-Provence, le PS s'est allié au MoDem.

Alors pourquoi aujourd'hui courir derrière la gauche?
« Conception datée », répond l'impertinent droitier Manuel Valls.

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La passe d’arme entre Martine Aubry et Manuel Valls pour manque de discipline


Martine Aubry fait front avec un panache certain, telle une crâne cheftaine dans la tempête. La mise en demeure adressée à Manuel Valls serait toutefois mieux justifiée si une stratégie claire de rénovation de cet appareil brinquebalant se dessinait. La première secrétaire arguera qu'elle n'est pas inactive.

Réflexion sur le projet, offre d'alliance aux partenaires, maison commune de la gauche: tout cela est bel et bon. Mais tout cela relève aussi d'un classicisme impavide, alors que la crise du capitalisme suppose un esprit d'invention autrement audacieux et que la situation politique implique qu'on ne serve pas forcément les mêmes soupes dans les mêmes marmites.

On attend les propositions neuves du PS et on espère qu'une procédure inédite de désignation du candidat commun ordonnera quelque peu la drôle de guerre des chefs dont on a éprouvé les ravages dans un passé récent.

Au lieu de cela, la direction du PS estime qu'il est urgent d'attendre avant d'en discuter. Bizarre frilosité quand le bateau fait eau de toutes parts. Serrer les rangs et marcher du même pas? Certes. A condition de savoir où l'on veut aller.

Les jeunes loups du PS s'impatientent. Et le font savoir. Que ce soit Arnaud Montebourg, grand partisan de primaires pour la désignation d'un candidat socialiste en vue de 2012, qui (...) monte au créneau et ne mâche pas ses mots.

Mais la dite Martine a actuellement d'autres chats à fouetter. Et particulièrement un autre trublion à la langue bien pendue. Manuel Valls est candidat à ces fameuses mais hypothétiques primaires, favorable à un changement de nom du parti et largement critique à l'égard de la ligne imposée par la direction. Il vient de recevoir sinon un coup de fouet, du moins un coup de règle sur le bout des doigts, dans le genre « où tu cesses tes prises de position publiques, ou tu quittes le PS ».

Le vilain garnement a-t-il reçu cinq sur cinq le message. Pas vraiment. Au contraire, il persiste et signe sa réponse d'une insolente réplique « Je ne quitterai pas le PS, pas plus que je ne vais me taire. »

Bien sûr, Manuel Valls ne se taira nullement, pas plus qu'il ne démissionnera. Le recadrage s'imposait, encore que la forme, spectaculaire, ajoutera à la cacophonie. Il ne suffira pas pour remettre de l'ordre dans la maison socialiste, ébranlée sur ses bases et rangée à l'idée d'une refondation.

Tout y est à refaire: le projet, l'organisation, les alliances. Le désenchantement a gagné tous les étages du parti. La perte de confiance n'a jamais été aussi manifeste dans l'opinion où l'on ne voit plus en lui une alternative crédible pour gouverner.

Le scrutin d'Hénin-Beaumont est apparu comme le révélateur d'une crise aigüe.

C'est l'histoire de la poule et de l'ouf, dont le PS ne sait se dépatouiller : il veut mettre le projet avant le candidat mais sans présidentiable incontestable, sans patron incontesté, il n'est point d'espoir de reconquête.
Martine Aubry a besoin d'affirmer son leadership sur les socialistes avant de vouloir étendre celui du PS sur la gauche.

Le PS s'est choisi une ligne et un chef à Reims. Il n'y a rien d'anormal à ce que Martine Aubry veuille aujourd'hui faire respecter les arbitrages du congrès.

Si, comme il l'affirme, Manuel Valls reste dans le parti, il doit s'astreindre à la discipline collective et ne pas rechercher toutes les occasions de dire que les dirigeants socialistes ont tort, en espérant prendre le pouvoir avec l'appui du chef de l'État.

Les électeurs socialistes ne veulent pas d'un parti en libre-service, ils revendiquent une ligne qui soit la colonne vertébrale de l'action et de la pensée commune. Sans doute seront-ils bientôt prêts à préférer la défaite dans la dignité et la cohérence plutôt que la victoire avec un parti attrape-tout.

Ce sont les notables qui effritent la crédibilité des socialistes en agissant comme des électrons libres. Valls doit se conformer aux règles du parti et se souvenir avant de crier au caporalisme qu'il a été rocardien, jospinien, ségolèniste pour, c'était trop visible, devenir vallsiste. À contretemps.

Aussi déterminée et en colère puisse être Martine Aubry, ce rappel à l'ordre sonne creux, comme son appel, ce week-end, à un rassemblement de la gauche au sein d'une « maison commune » pour préparer l'alternance en 2012...

Celui-ci a fait pschitt !
Et pour cause. Avant de prétendre « refonder la gauche » et dicter aux autres forces de gauche, un calendrier, sinon une stratégie, le PS doit d'abord balayer devant la porte de sa propre maison. En assurer, sans tarder, la restauration, du sol au plafond, et ensuite seulement, partir à la recherche de colocataires... Les plus suicidaires.

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Nature humaine est inconnue des politiciens et de leurs valets…


La nature humaine a ceci d'étonnant... quoique... d'être capable de tout...

Oui, décidément, la nature humaine est étonnante. Elle est capable de tout. Elle est capable d'intriguer pour placer un homme à un poste.
C'est ce qu'aurait fait Eric Besson, le ministre, pour la nomination de Paul Le Guen à la tête de l'équipe nationale de football du Cameroun. C'est à lire dans L'Equipe, sous la plume d'Hervé Penot.


Paul Biya, le Président camerounais, en aurait parlé avec le ministre de l'Immigration, en marge d'une rencontre officielle. Eric Besson, fana de foot, aurait évoqué l'affaire avec Charles Biétry, ancien président du PSG. Et Biétry en aurait logiquement parlé avec Le Guen.

"Le Guen, une affaire d'Etat", conclut le journaliste de L'Equipe.

Quand il se sent menacé, l'Homme utilise tous les moyens dont il dispose pour se défendre.

Il peut par exemple menacer d'explosion son entreprise s'il n'obtient pas ses indemnités de licenciement.

Sud-Ouest met en avant le cas de JLG à sa Une. Mais "l'entreprise de fabrication de nacelles n'est pas la première à recourir à la stratégie du butane", écrivent Bernard Broustet et Julien Pellicier.

"L'éruption sociale s'étend. La menace du butane prend le relais de la séquestration des dirigeants".

"La prime à la casse va-t-elle devenir l'arme fatale de la négociation salariale ?", se demande François Martin dans Le Midi Libre. Et l'éditorialiste de s'interroger faussement sur les syndicats. "Quel poids pèsent-ils désormais ?"

"Cette insurrection ouvrière est un défi pour eux", écrit Jean-Francis Pécresse dans Les Echos du patronat. "Ils viennent de conclure avec le patronat un accord qui améliore notamment le reclassement personnalisé. Ne pas céder au chantage du désespoir, c'est conforter les réponses structurelles apportées à la majorité silencieuse de ceux qui perdent leur emploi".

Car "si la violence est un moyen de communication qui fait tache d'huile auprès des salariés d'entreprises en difficulté, poursuit Elsa Bembaron dans les pages saumon du Figaro, elle n'a pas permis d'éviter les licenciements. Ce qu'elle a permis, c'est d'avoir de meilleures indemnités".

Et la journaliste de citer l'exemple des "Conti" de Clairoix. "Ils ont obtenu 50.000 € d'indemnités, et seront rémunérés normalement jusqu'à fin 2011, alors que leur usine ne tourne plus depuis le 21 avril".

Page 17, Libération décrypte "les bonbonnes manières médiatiques" de ces conflits. "Pour médiatiser leur lutte, ils menacent de tout faire sauter... C'est un jeu complexe", écrit Sonia Faure. Et la journaliste de reprendre l'exemple de Nortel. "Hier matin, Libé a reçu un mail d'un salarié. 'Nous avons besoin des médias pour relayer notre situation auprès d'un large public'. Pour ce faire, les cadres de Nortel avaient même mis en place une cellule média pour s'adresser aux journalistes".

"Les salariés instrumentalisent les journalistes", explique, toujours dans Libé, le sociologue Jérôme Pélisse. "Mais pas plus que les politiques ou les directions d'entreprise. Ce qui s'est passé en mars avec les séquestrations de patrons n'a, semble-t-il, pas poussé les médias à réfléchir à leur traitement des conflits".

"Il n'empêche, conclut Bruno Dive dans Sud-Ouest, c'est un curieux pays qui se dessine... avec ici, des salariés invités à travailler plus pour gagner... pas forcément plus... ça, c'est pour le travail du dimanche... et là, d'autres salariés poussés à demander un peu plus pour ne plus travailler du tout".

Ce qui nous amène au travail du dimanche, à la Une de la presse aujourd'hui...

"Il fallait en sortir", souffle-t-on chez les députés UMP.

"Sans faire le plein à droite, raconte Marjorie Chouraqui dans La Provence, le travail dominical a franchi un cap hier : la proposition de loi a été adoptée par les députés".

"Il s'agit d'un premier vote honteux", ajoute L'Huma. "On a beau y être habitué, le procédé est toujours aussi détestable", souligne Jean-Paul Piérot. "La droite a profité de l'été pour commettre un mauvais coup. Pourquoi mettre tant de ténacité pour imposer un projet qui a déjà échoué à trois reprises ?"

Réponse du Républicain Lorrain : "Nicolas Sarkozy doit avoir un vieux compte à régler avec les dimanche ennuyeux de sa jeunesse".

Et Siné Hebdo de dessiner à sa Une un salarié embroché par un calendrier à la date du dimanche. "Au boulot ! Dimanche, c'est STO", écrit Gérard Filoche, page 6. "Qui est concerné par le travail du dimanche ? Les bas salaires, les temps partiels, les caissières et vendeuses... en majorité des femmes et des jeunes qui n'ont pas le choix. Darcos dit que ce sera sur la base du volontariat. Mais quelle est son expérience de la vie en entreprise ? Il n'y a pas de volontariat en droit du travail. Si vous décidez de ne plus travailler le dimanche, le patron prendra quelqu'un d'autre. Et vous perdrez votre boulot".

Libie Cousteau et Valérie Lion nuancent dans L'Express : "Il y aura des perdants et des gagnants. Sans surprise, les gagnants seront les grandes surfaces et les perdants les petits commerces".

Gagnants-perdants : la presse fait les comptes ce matin dans le match Valls-Aubry...

"Le député-maire d'Evry ne cède pas devant Aubry", écrit Le Parisien-Aujourd'hui en France. "Lors d'un déjeuner avec des journalistes hier, il aurait lâché : 'Ils savent qu'ils ne peuvent pas m'exclure'. Pour entamer une procédure disciplinaire, le PS doit réunir sa commission des conflits. Inimaginable en période de vacances".

"Valls a donc sèchement répliqué hier à Martine Aubry", peut-on lire à la Une de Libération. "Il veut garder sa liberté de parole".

Et il s'apprête à le faire dans une tribune commandée par le Financial Times. L'Express croit savoir que Manuel Valls y expliquera pourquoi, selon lui, il est faux de dire que Nicolas Sarkozy applique une politique libérale.

Laurent Joffrin, dans Libé, dit comprendre Martine Aubry : "Elue à la suite d'un congrès calamiteux, contrainte d'assumer de calamiteux résultats aux Européennes, elle fait front avec un certain panache. On peut tirer sur les ambulances. Mais l'ambulance en question est censée guider le convoi socialiste. Voilà de quoi perdre son sang-froid".

Et Hubert Coudurier, du Télégramme, de mettre en parallèle Manuel Valls et le modèle Sarkozy : "Valls a jugé l'anti-sarkozysme primaire improductif. Il a envisagé de rebaptiser le parti. Cela ne vous rappelle rien ? Quand Nicolas Sarkozy n'avait pas hésité à dévoiler sa candidature avant tout le monde, afin de polariser le débat autour de sa personne".

"Mais Manuel Valls s'est souvent trompé", reprend Paul Quinio. Le journaliste de Libé égrenne la liste des rendez-vous manqués de Valls : "Ca commence par les manifs étudiantes contre Devaquet en 1986. Autre ratage, qui pèse plus lourd sur le CV : le 21 avril 2002. A l'époque, il gérait la communication de Matignon. En 2005, après avoir milité pour le 'non' au référendum européen, il affirme qu'il va voter 'oui' pour éviter un nouveau 21 avril. Encore raté.

Manuel Valls est un quadra impatient. Sa plus grande frustration, il le disait en 1989 à Libération : faire déjà partie des vieux croutons. Il n'avait que 27 ans".

La nature humaine est décidément étonnante...

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La fin d'un certain monde libéral ?


Rien ne sera plus comme avant !

… Idées de droite ?

Ce n'est pas un pronostic, c'est une tautologie. Rien n'est jamais comme avant. Quand bien même il n'y aurait pas eu de crise économique en 2008-2009, il est évident que le monde, en 2010, eût été différent de ce qu'il était en 2007. C'est ce qu'on appelle le temps, l'histoire, l'irréversibilité du devenir…


Cela donne raison à Héraclite, davantage qu'à Sarkozy ! Tout coule (« panta rhei »), tout change : crise ou pas, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Cela dit, il y a des événements plus importants que d'autres, et c'est le cas de la crise économique que nous traversons. Encore faut-il ne pas exagérer sa nouveauté. Ses principales leçons sont des confirmations, plutôt que des innovations.

D'abord l'amoralité du capitalisme. Certains se sont enrichis scandaleusement, y compris en laissant leur entreprise au bord de la faillite, quand d'autres, qui ont fait leur travail correctement, se retrouvent au chômage ou dans la misère.

La crise confirme aussi que le capitalisme est incapable de se réguler lui-même d'une façon socialement et moralement acceptable. Il y a certes une autorégulation du marché, mais qui produit des effets moralement choquants et socialement destructeurs.

Bref, les ultralibéraux avaient tort. Le marché ne suffit pas à tout. Troisième confirmation : la morale est incapable de réguler l'économie. Ce n'est pas nouveau. Si on avait compté sur la conscience morale des chefs d'entreprise pour améliorer le sort de la classe ouvrière, nous serions toujours au XIXe siècle ou chez Zola.

Et si on avait compté sur la conscience morale des banquiers pour éviter les crises financières, nous serions… dans la crise que nous connaissons !
D'où une quatrième et dernière confirmation. Si le marché est incapable de se réguler, il ne reste que le droit et la politique !

C'est ce qu'on appelle aujourd'hui « le retour des États », et c'est une bonne nouvelle. Il s'agit de fixer des limites non marchandes au marché. Ce n'est pas la fin du libéralisme, mais la fin d'un certain nombre d'illusions ultralibérales.

Elles portent moins sur la crise que sur la mondialisation. C'est surtout vrai à gauche, me semble-t-il. Certains, au PS, font mine de croire que la crise leur donne rétrospectivement raison. Je crains qu'ils n'aient tort.

Dans une économie mondialisée, l'État ne saurait être un rempart. C'est où le « volontarisme », comme on dit aujourd'hui, atteint sa limite. Cela vaut aussi pour la droite. « J'irai chercher la croissance avec les dents », disait M. Sarkozy. Et nous voilà en pleine récession… On ne commande au marché qu'en lui obéissant.

La volonté est bien sûr nécessaire. Mais si on lui demande des choses qui ne relèvent pas de son pouvoir, c'est du volontarisme, au sens péjoratif et vrai du terme. De nouvelles valeurs vont-elles s'imposer ? Allez-vous, à chaque crise économique, tourner votre veste, trahir vos idéaux, changer de morale ? Drôle de conception ! Quelles sont vos valeurs ? Celles que vous avez reçues, et que vous devez transmettre à vos enfants : la liberté, la justice, la générosité, la sincérité, le courage, l'amour…

Or ce ne sont pas de nouvelles valeurs !

Faut-il, parce que le CAC 40 a perdu 50 %, considérer que les Évangiles sont dépassés, qu'Aristote est obsolète, que Spinoza ou Kant sont ringards, que Gandhi ou Martin Luther King n'ont rien compris ?

Libre à vous. Quant à moi, je sais que l'« Éthique à Nicomaque », d'Aristote, les Évangiles ou l'« Éthique », de Spinoza, ont moins vieilli qu'un numéro de « La Tribune » datant d'une quinzaine de jours…

Il ne s'agit pas d'inventer de nouvelles valeurs. Il s'agit d'inventer une nouvelle fidélité aux valeurs que nous avons reçues.

Deux risques principaux nous menacent. D'abord le risque écologique, qui met en cause l'équilibre de la planète, donc la survie même de l'humanité. Ensuite un risque idéologique ou culturel : l'affrontement entre le fanatisme des uns (notamment, mais pas seulement, musulmans) et le nihilisme des autres (surtout occidentaux), fut-il rebaptisé consumérisme, individualisme ou hédonisme.

Contre ces deux risques, il n'y a qu'un seul remède : construire une politique à l'échelle du monde. Il ne s'agit pas, là encore, d'inventer de nouvelles valeurs, mais d'inventer, collectivement, de nouvelles façons de les mettre en œuvre.

La seule façon d'éviter le « choc des civilisations », c'est de bâtir une civilisation mondiale, autour des valeurs laïques, démocratiques, respectueuses des droits de l'homme qui sont celles aujourd'hui (voyez ce qui se passe en Iran) de la jeunesse du monde, du moins quand elle ne sombre ni dans le fanatisme ni dans le nihilisme.

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Les questions de société sans tabous pour la droite ?


Le rapport du groupe de travail UMP sur les questions de société invite les députés de droite à en finir avec les complexes

Comment décomplexer la droite sur les questions de société ? Et l’aider à trouver son nouveau « logiciel » ? Fin 2008, le chef de file des députés UMP Jean-François Copé chargeait Hervé Mariton (UMP, Drôme) d’animer un groupe de travail sur ce thème. Depuis fin 2008, celui-ci a réuni 32 parlementaires, qui ont auditionné autant d’experts et de personnalités. Le fruit de ces réflexions est rendu public aujourd’hui, dans un rapport intitulé Reprendre la main sur les questions de société.

« Il s’agit de promouvoir la famille durable, meilleur rempart contre la crise. »

Partant du constat que « la droite est souvent mal à l’aise avec ces questions » – en raison notamment d’une « tendance au doute » et de son rapport complexe à la morale et à la religion –, le rapport lui propose de « donner un nouveau contenu à la modernité ».

Comment ?

Plutôt que de reprendre « les idées avancées par la gauche, en plus tièdes », et de se laisser imposer un débat tournant autour de l’opposition « modernité conservatisme », le rapport estime qu’il vaudrait mieux « mettre en avant des valeurs simples, fortes et mobilisatrices », comme la liberté – « plutôt que de critiquer le blocage des facultés, promouvoir la liberté d’enseigner » –, l’intérêt de l’enfant : plutôt que de critiquer la gestation pour autrui, mettre en avant la protection du plus vulnérable, etc.

« En clair, il ne faut pas se poser en défenseur du statu quo (…), il ne faut pas paraître dépassé (…). La vraie modernité, c’est de concevoir le changement comme un choix politique assumé en toute conscience. »

Pour ce faire, « fixons nous-mêmes l’agenda » sur ces questions « en partant des problèmes que vivent la majorité des Français au quotidien », propose le rapport.

Au premier rang de ces problèmes, il cite « les difficultés dans l’éducation des enfants » et « l’instabilité des couples ».

Pour y répondre, « il s’agit de promouvoir la famille durable, meilleur rempart contre la crise », estiment les députés. Et de citer un autre champ de réflexion que l’UMP pourrait préempter : « le combat pour les libertés individuelles face aux intrusions non maîtrisées des nouvelles technologies ».

Une fois ces thèmes définis, la droite devra « assumer un projet collectif ambitieux et fédérateur porté par la loi », conclut le rapport, « sans stigmatiser ceux qui font d’autres choix », et « dans un état d’esprit positif ».

Au cœur de ce projet, « l’exigence de la transmission » et « l’éducation ».
Au travail !

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La guerre du pétrole au Nigeria


Trêve fragile

Les rebelles du delta du Niger ont suspendu leurs sabotages contre les installations pétrolières, mais la situation écologique continue de peser gravement sur les populations

Pendant soixante jours, les explosions d’oléoducs dans le sud du Niger, devenues quotidiennes ces derniers mois, pourraient cesser. Le Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (Mend) a en effet annoncé hier une trêve temporaire, en réponse à la libération lundi d’un de ses chefs, Henry Okah, incarcéré depuis 2007.

Le gouvernement a salué cette décision et s’est dit « prêt au dialogue pour la paix et le développement ». Mais avant toute négociation, les rebelles exigent le retrait de la Joint Task Force, une force mixte police-armée engagée depuis le mois de mai dans une opération de répression dans le delta.

Le Mend avait répliqué en décrétant une « guerre totale du pétrole », qui a culminé lundi lors de l’attaque d’un terminal pétrolier à Lagos, faisant cinq morts. C’était la première fois en trois ans que les rebelles frappaient loin du delta du Niger, où se concentre l’extraction de l’or noir. Depuis 2006, ils y multiplient les sabotages d’oléoducs, attaques de navires et enlèvements d’employés, au nom de la défense de la population. Résultat : le Nigeria, qui fut le premier producteur pétrolier d’Afrique, a vu sa production reculer d’un tiers en trois ans.

Le conflit traîne depuis 1990, bien avant la naissance du Mend. L’écrivain nigérian Ken Saro-Wiwa avait alors pris la tête du Mosop, mouvement non violent pour la survie du peuple Ogoni, une des principales ethnies du delta. Dans une Déclaration des droits des Ogonis, le Mosop constatait qu’ «une législation sur la pollution insuffisante et les méthodes d’inspection médiocres des autorités fédérales ont eu pour résultat la dégradation complète de l’environnement en (pays) Ogoni, menant (leur) région au désastre économique ».

Presque 20 ans plus tard, en juin dernier, un rapport de l’organisation Amnesty International a dressé le même constat : « Des décennies de pollution et de dégradation de l’environnement causée par l’industrie pétrolière ont privé la population du droit à un niveau de vie décent. » Alors que le pétrole a engendré 430 milliards d’euros de revenus depuis 1958, la population du delta (31 millions de personnes) est maintenue en situation de pauvreté et continue de subir « un Exxon Valdez par an ».

Entre-temps, la contestation a changé de nature. Le Mosop s’est éteint avec la mort de son martyr, Ken Saro-Wiwa, pendu le 10 novembre 1995 par le gouvernement avec huit de ses compagnons de lutte. Aujourd’hui, le Mend a pris les armes au nom des Ijaw, une autre ethnie du delta.

« En pointant du doigt le Mend, les compagnies pétrolières font d’une conséquence une cause. »

La compagnie pétrolière Shell, mise en cause comme principal opérateur étranger dans le pays, pointe du doigt les violences pour expliquer la situation dans le delta. « La majorité des fuites de pétrole résultent d’actes de vandalisme ou d’actes criminels », affirme un porte-parole de la compagnie. Une réelle confusion règne dans le sud du Nigeria : dans un contexte de grande pauvreté, les sabotages mêlent motivations politiques et crapuleuses.

« Le gouvernement et les compagnies pétrolières se retranchent derrière les sabotages pour ne pas être considérés comme responsables et ne pas avoir de compensation à payer, accuse Francis Perrin, porte-parole d’Amnesty International. Et puis il faut se poser la question : si la situation est si conflictuelle, n’est-ce pas pour une part la conséquence de l’abandon subi par les populations depuis tant d’années ? » Le brûlage à la torche du gaz en est un exemple. Malgré une interdiction par le gouvernement depuis décembre 2008, cette pratique n’a pourtant jamais cessé, causant de multiples affections respiratoires parmi les habitants.

« En pointant du doigt le Mend, les compagnies pétrolières font d’une conséquence une cause », analyse Benoît Paraut, spécialiste du Nigeria à l’université de Bourgogne, qui parle d’un « écocide » en cours dans le delta. « La situation n’a cessé d’empirer depuis les années 1990, à cause des effets cumulés de la pollution », témoigne Celestine Akpobari, du Forum de solidarité Ogoni, qui travaille dans le delta. « Les habitants du delta vivent traditionnellement de la pêche, mais cela leur est devenu impossible. Avec la répression du gouvernement, ils ont aussi peur d’être tués. »

Sans recours face à la pollution et aux violences, des dizaines de milliers de « réfugiés écologiques » en sont réduits à fuir le delta. Comme un écho aux vers de Ken Saro-Wiwa, composés en 1968 : « Les torchères de Shell sont les flammes de l’enfer/Nous nous consumons dans leur braise/Et aucun autre espoir ne nous est laissé/Que l’abandon de ces maudites torchères. »

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La victoire du rien


par Marie-Jean Sauret, psychanaliste, professeur à l’université de Toulouse-Le Mirail

L’abstention électorale : espoir ou désespoir ?

Les lendemains d’élection, les experts viennent nous expliquer pourquoi nous avons voté ainsi et ce que signifient nos votes : nous apprenons ainsi que « nous » soutenons majoritairement le président de la République, tout en ayant une sensibilité écologique, voire que « nous » sommes divisés… Le « nous » dont il s’agit est supposé représenter chaque Français. Je le dit tout net, je ne suis pas divisé quand il s’agit de choisir entre le libéralisme et l’antilibéralisme. D’ailleurs, ceux qui se sont abstenus aux dernières élections européennes savent pourquoi, et ce qu’ils savent ne coïncide pas avec l’avis des experts. Certains, autour de moi, assument en toute conscience un « geste » politique (pas de même sens, certes, chez tel étudiant que chez un tel que je suppose très « à droite ») - même si les politiques préfèrent y lire une marque d’indifférence. Cette ambiguïté de l’abstention pose une question que je souhaite partager.

Depuis des mois, la réaction tant à la crise financière qu’à ses conséquences économico-sociales, la mobilisation sociale dont témoignent les manifestations et les grèves, les convergences des luttes et l’Appel des Appels, pouvaient et peuvent laisser croire à un courant fort de protestation contre le capitalisme. Pour certains, du coup, les élections européennes devaient refléter cette situation. Et, en écho, nous arrive les presque 60% d’abstention : faut-il seulement entendre que les luttes et la réflexion anticapitaliste n’ont pas de traduction politique, ou bien que, justement, cette abstention, quelque part, est un juste reflet de la situation qui suscite les mêmes luttes ? Bref, et si l’abstention masquait également une résistance à ce qui tend à nous détruire ? Loin d’y lire (pour ceux qui ont choisi la voix de l’expression politique) une raison de désespérer, il faudrait alors y déceler, quoique nous en pensions, une raison d’espérer ! Evidemment, à condition d’extraire « l’effet révolutionnaire » de ce symptôme…

D’abord un bilan. Après la lutte vaine (si l’on excepte la sortie de Rachida Dati) des magistrats pourtant jamais autant mobilisés, l’université s’est battue presque quatre mois pour rien apparemment, sinon déjà des représailles (…et l’exit de la ministre). Une des caractéristiques de cette dernière lutte me paraît résider dans l’absence de discussion finalement entre les étudiants (mais aussi les personnels grévistes) et l’Etat, voire certaines directions locales qui ont joué l’épreuve de force chaque fois qu’elles l’ont pu. Je mets en regard le fait que les mêmes « autorités » relayée par les médias ont contribué au mythe de la poignée d’étudiants bloqueurs (et minorité de personnels) qui manipulerait l’ensemble de leurs camarades (et collègues). Première remarque, pourquoi ne pas appliquer à cette situation le raisonnement qui prévaut pour l’analyse du résultat des européennes : 28% en faveur de la liste arrivée en tête sur 40% des inscrits équivalent à moins de 12% des électeurs qui figurent sur les listes ; si ce résultat est démocratiquement acceptable et constitue un succès, alors on appréciera le fait que, dans mon université, ce soit souvent près de 90% des votants - parfois jusqu’à près de 1000 étudiants (pour m’en tenir à eux) sur 20 000 - qui ont décidé du mouvement !

Pourtant, l’essentiel est ailleurs. Malgré la présence des personnels et des enseignants en grève, la lutte a alimenté la pente à considérer qu’il existe une guerre entre ceux qui occupent les postes de responsabilités et les étudiants, voire entre les vieux et les jeunes. Rajoutez à cela l’ensemble des lois qui désignent les enfants et les adolescents comme des ennemis qu’il convient de punir à l’instar des adultes ou dont il convient de se prémunir, ainsi que la précarisation accrue de l’emploi pour eux, et je me demande si nous ne tenons pas l’une des explications au fait que 70% des 18-24 ans et 72% des 25-34 ans se sont abstenus - plus que la moyenne nationale. Lorsque, dans mon université, les étudiants ont été invités à voter contre le blocage de l’université, afin de ne pas compromettre leur année en interdisant les examens, ils ont adopté une position politique significativement et émotionnellement forte : ils n’ont pas pris part au vote - ils se sont abstenus. Au-delà du factuel, de l’antagonisme des âges ne constitue-t-il pas un signe grave du fait que la génération à venir ne reconnaît pas la légitimité de la génération qui la précède - quand c’est toujours (il y a plus qu’une analogie) de leurs enfants que les parents tiennent leur autorité et d’aucun pouvoir ? Première raison d’une abstention. Il convient de mentionner une seconde remarque au moment où nous apprenons que l’administration européenne a décidé de faire revoter les Irlandais concernant le traité de Lisbonne : sans doute devront-ils voter et revoter jusqu’à ce que leurs « non » s’équivalent enfin à un « oui ».

C’est déjà ce qui est arrivé aux Français : le « non » à la constitution s’est transformé en « oui » au même traité, et ce avec l’appui du parti socialiste. La question n’est pas de savoir immédiatement si ici nous sommes pour ou contre un tel traité, mais de s’interroger sur une politique qui bafoue l’expression populaire au point que si un « non » équivaut » à un « oui », c’est toute la politique qui devient inconsistante : est-ce que alors s’abstenir n’interprète pas de fait, et quelle que soit l’intention de chaque électeur, ladite inconsistance ? S’abstenir devient pour certains la seule façon de conserver la possibilité d’un oui qui soit un oui, et d’un non qui soit un non. Deuxième raison.

A cela j’ajoute une note, plus ambiguë. Si l’on se penche sur les capacités d’analyse des uns et des autres, on ne peut qu’être frappé par la justesse, la nouveauté, la férocité des critiques que l’on peut lire - et notamment, j’y ai souvent fait allusion, ces jours-ci, dans les textes des RAP et SLAM. Jacques Broda a relevé combien les plus jeunes connaissent même ces textes par cœur, alors qu’ils sont parfois jugés inaptes à la chose scolaire. Mais entre l’analyse politique d’un côté, et, de l’autre, l’acte politique et la gestion de la cité, il y a un saut que les mêmes jeunes ne font pas et où s’inscrit l’abstention. Et l