jeudi 24 avril 2008

Avenir en marche

Non, la jeunesse n’est pas individualiste !
Les lieux communs que l’on entend ici ou là pour entretenir le fatalisme et cultiver le renoncement à l’action collective sont démentis de façon éclatante.

Si la lutte contre le CPE a été le plus gros conflit – qui plus est gagnant – de la fin de l’ère Chirac, le mouvement lycéen actuel contre les suppressions de postes dans l’Education nationale s’impose désormais comme l’une des mobilisations les plus notables depuis l’avènement de Sarkozy.

Parti de quelques lycées il y a plus d’un mois, le mouvement ne cesse de gagner en force parce qu’il est légitime et profond. S’y ajoute un autre mouvement, celui des jeunes travailleurs sociaux en formation pour obtenir le financement par l’État des gratifications de leurs stages obligatoires dans les associations et dans le public. Jamais de telles mobilisations, entraînant dans la lutte des milliers de stagiaires, ne se sont produites.

Ces mouvements démontrent une nouvelle fois le rejet par les jeunes du déclassement qu’on leur promet en dépit des efforts qu’ils déploient pour se qualifier et accéder à des métiers qui font sens pour eux.

«Nous voulons des stages!» «Même gratification pour tous dans le privé comme dans le public!» «Nous ne voulons pas être condamnés à la mal-vie et à l’ignorance.» «Nous voulons nos profs!»

Les étudiants se mobilisent pour obtenir des stages, et décemment payés. Les lycéens se battent pour avoir les moyens d’une éducation correcte.

La réforme de l’Etat, fondée sur un désengagement généralisé du public de ses missions, à travers des suppressions de moyens humains et matériels drastiques, est percutée par les mouvements d’une jeunesse positive et responsable qui a décidé de résister et de prendre son avenir à bras-le-corps.

Le pouvoir ne peut répondre, sauf à changer de politique. Désorienté, empêtré dans des propos classiques sur «les problèmes de communication», il en est réduit, une fois de plus, à manier la répression et cherche à faire traîner les choses jusqu’aux congés en espérant une hypothétique extinction des revendications et le retour à l’ordre.

Ces mobilisations pragmatiques, ciblant des demandes précises, sont significatives des aspirations qui traversent toute la jeunesse qualifiée qui entre ou frappe à la porte du monde du travail.

Les offres politique et syndicale sont-elles à la hauteur de leurs attentes et de leurs aspirations, de leurs pratiques novatrices, notamment dans le domaine des techniques de la communication, où priment la discussion démocratique et l’absence de leaders, la créativité et la solidarité ?