Le 27 janvier 2011, Nicolas Sarkozy ouvrait en grande pompe le sommet économique de Davos, réunissant pendant cinq jours en Suisse plus de 2500 capitaines d'industrie, économistes, journalistes et experts de tous bords libéraux. Et ce avec un discours volontariste: "Jamais nous ne laisserons tomber l’euro, jamais !
Les
conséquences d’une disparition de l’euro pour nous seraient si cataclysmiques
que nous ne pouvions même pas jouer avec cette idée…".
La
France venait alors de prendre la présidence du G20 et du G8. Un an plus tard,
ce mercredi 25 janvier, la donne a bien changé. C'est Angela Merkel, toujours
auréolée de son triple A, qui ouvrira le bal du "World Economic
Forum" version 2012.
La délégation française ? Si quelques poids lourds de l'industrie française
sont partenaires (Alcatel, Arcelor Mittal et Renault), le gouvernement boude
cette année. Pas de Nicolas Sarkozy, ni, aux dernières nouvelles, de François
Fillon ou d'Alain Juppé. Seuls le numéro un de l'UMP Jean-François Copé et le
ministre de l'Economie François Baroin sont annoncés. Virage à 180°
Pourquoi un tel revirement, alors que
Davos ressemble un peu plus chaque année à un festival de Cannes de l'économie
libérale ? Question d'image,
d'après Bernard Sananès, président de l'institut d'études et de sondages CSA :
"Davos est le symbole de la mondialisation, très largement rejetée par
l'opinion. Et, à quelques mois des échéances présidentielles, Nicolas Sarkozy
ne veut pas donner le signe qu'il est loin de la France, des préoccupations des
Français". Mais ce n'est pas la seule raison.
Aujourd'hui,
l'idée prédominante dans l'opinion publique est que les chefs d'État sont
dépassés par la mondialisation. "Pour les Français, les politiques ont
perdu la main. Se rendre à Davos pourrait accréditer cette thèse selon laquelle
les hommes politiques subissent la mondialisation", détaille Bernard
Sananès. Les récents événements autour du triple A, une note attribuée par une
entreprise privée, ne faisant que renforcer cette impression...
Si
le président de la République en personne s'était déplacé l'an passé, c'est que
la situation était légèrement différente. Les analystes et économistes
entrevoyaient alors un début de sortie de crise, et quelques signes précurseurs
d'un retour de la croissance pointaient le bout de leur nez.
Drôle de prise de conscience !
Pourtant,
cette année, l'ambiance pourrait être quelque peu différente. Les organisateurs
de Davos eux-mêmes admettent que le capitalisme et le libéralisme à tout crin
ont montré leurs limites. Pour preuve, le thème de ce Davos millésime 2012 sera
: "La grande transformation", trouver de nouveaux modèles de
leadership et de capitalisme.
Klaus
Schwab, fondateur du World Economic Forum, a lui-même reconnu que le
capitalisme ne pouvait plus continuer ainsi. Cette année devrait être celle du
changement, d'une économie dans laquelle l'humain à la sauce capitaliste
débridé trouvera une place dans le plan com'. Donc dans les discours du
moins...
Pour
les grands patrons, en revanche, Davos reste l'endroit où l'on se doit d'être.
Et, au-delà de cet aspect "paillettes", venir à ce sommet économique
est très "rentable" pour eux. "Davos, c'est l'occasion d'avoir
un échange direct avec 150 ou 200 de ses pairs en quelques jours",
complète Bernard Sananès.
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