Le Président candidat Nicolas Sarkozy a manifestement lu les programmes du Front de Gauche « L’Humain d’abord », du PCF, d'ATTAC. Car le voilà qui non seulement parle d’une taxe sur les revenus financiers mais dit ne pas vouloir attendre « que tous les autres soient d'accord pour la mettre en œuvre ». Et de compter sur « l'émergence d'une opinion publique mondiale qui se tournera vers tous les gouvernements du monde et qui leur dira: pourquoi vous ne faites pas ce que eux ont fait ? ». Nicolas Sarkozy nous on vous dit : chiche, c'est tout de suite sinon vous êtes un menteur !
Le lecteur averti reconnaitra là notre concept de
désobéissance européenne : « La France (…) a les capacités de transformer
l’Union Européenne si elle conjugue action souveraine et bataille d’opinion
européenne » écrivons-nous. Seulement, depuis 2007 nous connaissons bien le
bonimenteur Nicolas Sarkozy, capable de citer Jaurès pour camoufler son
programme libéral.
Là l’heure est trop grave pour de tels subterfuges.
On lui dit « chiche, c’est tout de suite, sinon
t’es un menteur »…
Mais on tirera aussi de ce nouvel épisode de campagne que sur bien des sujets, de l’indépendance de la BCE à la taxation des revenus financiers, que la France devra tôt ou tard passer par les solutions du PCF, du Front de gauche et d'ATTAC.
Pour être plus sérieux, dès la loi de finances pour
2012, cette taxe pourrait-être appliquée au taux maximum de 0,1%, sur
l’ensemble des transactions financières. Ce serait une avancée : contrairement
à tous ce que peuvent dire ses opposants, la taxe Tobin est tout à fait
faisable, y compris à une échelle nationale, sans provoquer de fuite massive
des capitaux.
Nous rappelons que seul un taux suffisamment élevé
peut en effet dissuader la spéculation, premier objectif de la taxe Tobin : une
taxe à 0,1% sur l’ensemble des transactions financières.
Nous rappelons aussi que selon le rapport des
sénateurs Christian Cambon et Jean-Claude Peyronnet, un taux de 0,05%
permettrait de dégager plus de dix milliards d'euros. A l'époque Bercy avait fait
pression pour que le produit de la taxe serve à réduire le déficit budgétaire
de la France. Mais cet argent est aujourd'hui indispensable pour honorer les
engagements français dans le cadre des « Objectifs du millénaire pour le
développement » des Nations unies. Environ 400 milliards d'euros par an sont
nécessaires pour combattre la pauvreté dans le monde, le réchauffement
climatique et ses conséquences. C'est ce que permettrait de dégager une taxe
sur les transactions financières de 0,1% au niveau mondial.
La Commission européenne a proposé cet été un
projet de directive pour une taxe sur les transactions financières. Mais le
Royaume-Uni ou d'autres pays récalcitrants risquent de faire capoter ce projet
qui doit être voté à l'unanimité. M. Schäuble, ministre allemand des finances,
a quant à lui annoncé que, quelles que soient les décisions au niveau du G20 ou
de l'Union européenne, l’Allemagne adopterait une taxe sur les transactions
financières en 2012.
Nicolas Sarkozy, avec son légendaire volontarisme
affiché, vient de s'engager publiquement dans une telle démarche: il est temps
qu'au-delà des discours, il passe à l'acte et ne joue pas du pipeau comme il le
fait depuis plus de quatre ans.
Longtemps considérée comme une idée utopique, infaisable voire dangereuse, la taxe sur les transactions financières pour réduire la spéculation et financer les biens publics mondiaux est à présent presque unanimement soutenue et c'est tant mieux. Mais des discours aux actes, il y a encore du chemin à parcourir. Les citoyen-ne-s français-e-s doivent maintenir donc la pression pour que cette idée se concrétise : il est temps de désarmer la finance et de la mettre à contribution.

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