Le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi a augmenté de 5,6 % en 2011. La récession européenne du début d'année va accroître les difficultés du travail.
Pôle emploi et les statistiques montrent que l'année 2012 démarre
sur de mauvaises bases pour le travail. L'an passé, 150 000 personnes
supplémentaires se sont inscrites sur ses listes. La France métropolitaine
comptait 2,87 millions de chômeurs de catégorie A (personne sans emploi et
disponibles immédiatement) à la fin décembre, soit 1 % de plus qu'en novembre
et 5,6 % de plus sur l'année. Si l'on ajoute celles qui exercent un petit
boulot (catégories B et C), 4,27 millions de personnes sont en quête d'une
activité permanente et à temps plein. Les seniors (50 ans et plus) sont les
plus touchés avec 83 800 demandeurs d'emploi supplémentaires en 2011 (+ 16 %).
Une situation d'autant plus épineuse que plus d'un chômeur de longue durée sur
deux est un senior.
À Pôle emploi, 1,61 million de personnes sont inscrites depuis plus
d'un an (+ 6,2 % en un an) et le nombre des demandeurs inscrits depuis au moins
trois ans a bondi de 22,5 %. Les jeunes subissent une progression moindre (+
2,8 % en un an) mais affichent toujours un taux de chômage deux fois supérieur
à la moyenne.
Avec la politique actuelle, le chômage devrait progresser au même
rythme. On peut anticiper 200 000 à 300 000 destructions de postes de travail
en 2012. Le gouvernement prévoit toujours, pour le moment, une croissance de 1
%, une estimation irréalisable. Le ministre du travail Xavier Bertrand a
annoncé que les mesures dévoilées au sommet social du 18 janvier feraient
l'objet d'une « mise en œuvre immédiate » : facilitation du chômage partiel,
renforcement des moyens de Pôle emploi, formation des chômeurs et exonération
des charges patronales pour l'embauche des jeunes dans les petites entreprises.
D'après l'Insee, le chômage concernait, au troisième trimestre
2011, 9,3 % de la population active en France métropolitaine et devrait
franchir la barre des 10 % en juin 2012. L'OFCE prévoit un taux à 10,7 % d'ici
à la fin de l'année, ce qui serait un niveau historiquement haut depuis 1997.
Impact de la
crise 2008/2009 sur l'emploi et les salaires en France (selon
le ministère de l’économie et des finances)
Alors que tous les
indicateurs annoncent l’entrée en récession pour ce dernier trimestre 2011 et
le premier trimestre 2012 (2 trimestres d’affilées avec une croissance nulle ou
négative définissent une récession) et que la croissance pour 2012 s’annonce d’ores
et déjà très faible, il est intéressant de faire un bilan des conséquences de
la crise 2008/2009 sur l’emploi et les salaires.
· Le coût total du plan de relance 2008-2010 a été de 34 milliards d'euros sur 2009 et
2010 (Didier Migaud, Cour des comptes, audition devant la commission des
finances de l'Assemblée nationale).
Le plan devait initialement se monter à 26
milliards d'euros, mais a été renforcé par d'autres mesures comme les prêts
consentis à des constructeurs automobiles ou les aides aux ménages les plus
touchés par la crise.
Impact sur la croissance. Selon la Cour des comptes, le plan de relance
français a donné priorité à l'investissement sur la consommation. Il a
contribué à limiter la baisse de l'investissement et les faillites d'entreprise
mais a coûté plus aux finances publiques qu'il n'a rapporté en termes de
croissance.
En effet, le coût du plan s'est élevé pour
2009-2010 à 1,4 % du produit intérieur brut (PIB). La Cour évalue son impact
sur la croissance à environ 0,5 % en 2009. Selon elle, cet écart s'explique
"par le fait qu'une grande partie des dispositions du plan auront servi à
soutenir la trésorerie des entreprises sans incidence immédiate sur
l'activité".
Impact sur l'emploi. Le plan devait contribuer à créer ou sauvegarder
400 000 emplois en 2009 et 2010. La Cour des comptes retient l'hypothèse de 18
000 à 72 000 emplois créés.
Impact sur l'investissement. Les entreprises publiques devaient réaliser un
effort d'investissement de 4 milliards et n'ont finalement investi qu'environ 1
milliard en 2009. La somme versée par l'Etat dans le cadre du Fonds de Compensation
pour la TVA (FCTVA) aux collectivités locales a surtout servi à améliorer leur
situation financière et non à relancer l'investissement.
Période
2008/2010
__ La récession
s'est traduite par d'importantes pertes d'emplois dans les branches
principalement
marchandes
non agricoles :331 000 en 2009 après 183 000 en 2008. En 2010, l'économie a de
nouveau créé des emplois et le chômage a reflué (74 000 créations).
Mais sur 3
ans (2008-2010) la perte s’élève à 440.000 !
__ En début de
récession, l'essentiel de l'ajustement s'est porté sur l'intérim ; mais ce
secteur a recommencé à créer des emplois dès le 2e trimestre de 2009. Après correction
des évolutions tendancielles passées, l'industrie et les services sont les
secteurs qui ont le plus fortement contribué aux destructions d'emplois en
2009.
__ L'emploi des
seniors a bien résisté : le taux d'emploi des 55-64 ans, après correction de la
structure démographique, est en hausse continue même pendant l'épisode récessif.
__ En
parallèle, les salaires ont ralenti en lien avec la baisse de l'activité et la
montée du chômage. Le ralentissement du salaire moyen par tête (+1,3 % en 2009
après +2,6 % en 2008) a été plus prononcé que celui du salaire mensuel de base
(respectivement +2,2 % après +3,0 %).
Au total, la masse salariale dans les branches principalement marchandes
non agricoles a reculé en 2009 (–1,2 %), la baisse de l'emploi salarié (–2,4 %)
ayant été plus forte que la hausse du salaire horaire (+1,3 %) tandis que le
nombre d'heures par tête aurait lui été à peu près stable.
1.1 De nombreuses destructions d'emplois en 2008-2009 ...
En 2008 et en 2009, les destructions d'emplois salariés marchands ont
été très importantes (respectivement 183 000 puis 331 0002). L'emploi salarié
non marchand a toutefois permis de limiter les destructions d'emplois totales
en raison notamment de la hausse du nombre de contrats aidés (les entrées ont
augmenté de 276 000 en 2008 à 359 000 en 2009). Dans une moindre mesure,
l'emploi non salarié non agricole a également augmenté (+61 000 en cumulé sur
2008-2009).
et portant sur les contrats intérimaires …
Le secteur de l'industrie est celui qui a le plus fortement contribué
aux destructions d'emplois Les autres secteurs d'activité ont également détruit
des emplois mais dans des proportions moindres.
Cette description sectorielle est toutefois entachée d'un biais
correspondant aux évolutions structurelles de l'emploi propres à chaque
secteur. Corrigée des évolutions tendancielles estimées sur la période
2002-2007, l'industrie et les services sont les secteurs qui ont le plus
fortement contribué aux destructions totales.
Rapportées aux niveaux d'avant crise, les destructions sont
particulièrement importantes dans les secteurs de la construction et de
l'industrie.
▶ Entre
2002 et 2007 le secteur industriel a donc perdu 73.000 emplois par an avec une
montée des emplois dans d’autres secteurs comme les services (emplois très
souvent moins qualifiés, moins rémunérés).
En 2008/2009, le secteur industriel a
perdu 179.000 emplois par an, les autres secteurs étant également en
chute Les jeunes, les ouvriers et les bas salaires
ont été les plus touchés par la crise
▶ Entre le
1er trimestre de 2008 et le 4e trimestre de 2009, le taux de chômage au sens du
BIT en France métropolitaine est passé de 7,1 % de la population active à 9,6
%, avant de refluer dès le 1er semestre de 2010, s'établissant à 9,3 % au 3e
trimestre.
▶ Toujours
entre 2008 et 2009, le taux de chômage des hommes a augmenté sensiblement plus
vite que celui des femmes (+2,9 % contre +2 % respectivement, ce qui s'est
traduit par une convergence des taux de chômage des hommes et des femmes (taux
identiques à 9,6 % au 4e trimestre de 2009). Cette convergence peut s'expliquer
par le fait que le secteur industriel, qui emploie majoritairement une
main-d'œuvre masculine, a été fortement affecté par la crise.
▶ Le taux
de chômage au sens du BIT des jeunes de 15 à 24 ans a augmenté de 6,4 % entre
2008 et 2009. Sur les 3 premiers trimestres de 2010, il s’est stabilisé.
▶ Enfin,
les ouvriers sont ceux qui ont vu leur taux de chômage augmenter le plus
fortement : il a progressé de près de 4% entre 2008 et 2009. Pour les employés
et les professions intermédiaires, la hausse est d’environ 2%. Le taux de
chômage des cadres a également crû pendant ces deux années mais dans une
moindre proportion (1,5%). Sur les trois premiers trimestres de 2010, le reflux
du taux de chômage est surtout perceptible pour les professions intermédiaires.
En 2009, les sorties de l'emploi
ont augmenté plus fortement pour certaines catégories ...
Le suivi des parcours individuels durant
une année dans l'enquête emploi de l'Insee permet de corroborer l'analyse
précédente.
La crise s'est ainsi matérialisée par
des sorties de l'emploi plus nombreuses, qui ont surtout concerné les
intérimaires.
▶ alors
que les sorties de l'emploi (vers le chômage ou l'inactivité) des salariés du
privé avaient diminué entre 2004 et 2008, passant de 8,1 % à 7,1 %, elles ont
brusquement progressé de 1,5 point en 2009 ;
▶ les
intérimaires sont ceux qui ont payé le plus fort tribu à la crise ; leur taux
de sortie de l'emploi est passé de 19 % en 2007 à 39 % en 2009. Dans une
moindre mesure, le taux de sortie des personnes en CDD a également progressé
(+5,5% en 2009 par rapport à 2008) tandis que celui des personnes en CDI est
resté presque inchangé (+1%) ;
▶ le taux
de sortie de l'emploi des ouvriers et des employés est plus élevé que celui des
professions intermédiaires et des cadres. Les catégories socioprofessionnelles
les plus touchées sont les ouvriers et les professions intermédiaires (hausse
d’environ 2% entre 2008 et 2009) ; il faut noter que la hausse du taux de
sortie de l'emploi vers le chômage uniquement est nettement plus forte chez les
ouvriers que chez les professions intermédiaires (respectivement 2,2% contre
1,5%).
▶ . en
moyenne sur la période 2004-2008, le taux de sortie de l'emploi des personnes
dont le salaire horaire est proche du SMIC est près de trois fois supérieur à
celui des personnes dont le salaire horaire est d'au moins 2 SMIC.
▶ Les
entrées en emploi ont été moins nombreuses, notamment en CDI dans le secteur
privé
Parmi les chômeurs en 2008, 35,4 % sont
en emploi un an après, soit une baisse de près de 6 points du taux d'entrée en
emploi par rapport à l'année précédente.

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